I.--LA COÉDUCATION INTÉGRALE PRÉCONISÉE PAR LA GAUCHE
FÉMINISTE.--COÉDUCATION FAMILIALE.--COÉDUCATION PRIMAIRE.
II.--COÉDUCATION SECONDAIRE.--LE «COLLÈGE MIXTE» DES
ÉTATS-UNIS.--CE QUE VAUT LE MOT, CE QUE VAUT LA CHOSE.
III.--CÔTÉ MORAL.--TÉMOIGNAGES CONTRADICTOIRES.--CE QUI EST
POSSIBLE EN AMÉRIQUE EST-IL DÉSIRABLE EN
FRANCE?--INCONVÉNIENTS PROBABLES.--L'ÂGE INGRAT.--CONTACT
PÉRILLEUX.--POUR ET CONTRE LA SÉPARATION DES SEXES.
IV.--COTÉ MENTAL.--DÉVELOPPEMENT INÉGAL DE LA FILLE ET DU
GARÇON.--PSYCHOLOGIE DU JEUNE AGE.--LA CRISE DE PUBERTÉ.
V.--LES PROGRAMMES RESPECTIFS DE L'ENSEIGNEMENT MASCULIN ET
DE L'ENSEIGNEMENT FÉMININ.--CONVIENT-IL DE LES UNIFIER?--LA
COÉDUCATION INTÉGRALE EST UN SYMBOLE
FÉMINISTE.--DÉCLARATIONS SIGNIFICATIVES.
VI.--COÉDUCATION SUPÉRIEURE ET PROFESSIONNELLE.--EST-ELLE
UNE NÉCESSITÉ?--ACCESSION DES JEUNES FILLES AUX COURS DES
UNIVERSITÉS.--CE QU'IL FAUT EN PENSER.
I
Au système de l'«instruction intégrale» selon le mode révolutionnaire,
devons-nous préférer le régime de la «coéducation des sexes» selon la
mode américaine? La Gauche féministe semble aussi passionnément éprise
de l'une que de l'autre. Témoin cette déclaration de Mme Pognon à la
séance de clôture du Congrès de 1900; «Vous avez voté à l'unanimité la
coéducation, et ceci est un immense pas fait en avant. J'affirme que
c'est la première fois qu'un congrès féministe vote, à Paris, la
coéducation, et cela même sans contestation. Voyez comme nous avons
marché depuis quatre ans[103]!»
[Note 103: Compte rendu sténographique de la _Fronde_ du 12 septembre
1900.]
La coéducation est-elle donc une si étonnante nouveauté? Pas
précisément. La coéducation est même une très vieille chose. Si nous
remontons aux premiers temps de l'humanité, nous voyons partout les
garçons et les filles élevés en commun dans les tribus et les villages;
mais personne n'osera, je l'espère, nous présenter cette coéducation
barbare comme un parfait modèle d'éducation. Mieux vaut la coéducation
familiale, dont les nécessités de la vie font une loi à tous les hommes.
Aujourd'hui comme hier, fils et filles grandissent côte à côte, sous
l'oeil plus ou moins vigilant des père et mère. Mais, ici, l'affection
fraternelle est, tout à la fois, un lien qui rapproche les enfants et un
frein qui les maintient à distance respectueuse les uns des autres.
Encore est-il que, dans les familles d'où la moralité est absente, le
contact journalier des frères et des soeurs ne va point sans de graves
dangers. Depuis l'origine du monde, l'humanité fait donc de la
coéducation sans le savoir.
Bien plus, afin de ménager la bourse des parents et d'alléger le budget
des communes, l'école enfantine, l'école maternelle, l'école primaire,
réunissent souvent les garçons et les filles sous la férule d'un même
maître. En France, depuis la loi sur l'instruction obligatoire, un très
grand nombre d'écoles sont mixtes, les communes au-dessous de 500
habitants ayant la faculté de n'en ouvrir qu'une seule pour les deux
sexes. La coéducation de la première enfance n'est donc, chez nous,
qu'une sorte de pis aller, auquel on se résigne à regret pour des
raisons d'économie. C'est le régime des pauvres.
Faut-il s'en affliger? Cette vue serait vraiment trop pessimiste.
J'admets la coéducation du jeune âge,--sans enthousiasme, il est vrai.
La nécessité l'impose, surtout dans les campagnes. Je sais bien que le
voisinage des garçons est souvent une cause de dissipation pour les
filles. Par leur turbulence naturelle, ces petits démons risquent
d'induire leurs compagnes de classe, plus douces et plus dociles, en
tentation de paresse ou d'indiscipline: beaucoup d'instituteurs s'en
plaignent. En séparant les sexes, l'ordre y gagnerait peut-être, et
l'instruction aussi. Du moins, toute cette enfance peut impunément
s'asseoir sur les mêmes bancs et jouer dans la même cour sans que la
morale en souffre. A cet âge innocent, comme nous le disait un vieux
maître d'école, on songe plus à se battre qu'à s'embrasser.
Mais convient-il d'étendre la coéducation à l'enseignement secondaire et
à l'enseignement supérieur? C'est une autre affaire. Disons tout de
suite que, distinguant entre ces deux enseignements, la coéducation nous
paraît acceptable dans les universités et inadmissible dans les
collèges.