I.--LE POUR ET LE CONTRE.--DOUBLE CONCEPTION DU RÔLE DE LA
FEMME.
II.--UTILITÉ D'UNE MEILLEURE INSTRUCTION DE LA FEMME POUR
ELLE-MÊME, POUR LE MARI ET POUR LES ENFANTS.
III.--QU'EST-CE QU'UNE JEUNE FILLE INSTRUITE?--QUELQUES
OPINIONS DE FEMMES.--L'ÉDUCATION FÉMININE EST TROP SOUVENT
FRIVOLE ET SUPERFICIELLE.
IV.--IL FAUT INCULQUER A LA JEUNE FILLE DES GOÛTS PLUS
SÉRIEUX ET LA MIEUX PRÉPARER AUX DEVOIRS DE LA VIE ET DU
MARIAGE.--AVIS D'ÉDUCATEURS CÉLÈBRES.
I
Cette question a le privilège de provoquer des adhésions enthousiastes
et d'amères récriminations.
Semez, disent les idéalistes, semez l'instruction à pleines mains dans
les intelligences féminines, et vous verrez bientôt lever la semence et
grandir la moisson. C'est le fonds qui manque le moins. Pourquoi les
hommes auraient-ils peur des savantes et des doctoresses? Comment le
foyer conjugal pourrait-il en souffrir? La femme en est déjà la grâce et
la joie: faites de plus qu'elle en soit la lumière et le bon conseil, et
elle vivra en communion plus étroite avec son mari. Que de fois celui-ci
s'est plaint de l'indifférence de sa compagne pour les connaissances
qu'il possède, pour les études qu'il entreprend! Élevez-la donc à son
niveau; et l'époux, enfin compris, encouragé dans ses ambitions, soutenu
dans ses projets, assisté même en ses travaux, sera moins tenté de
chercher au dehors l'appui ou la distraction qu'il trouvera chez lui.
Sans compter que, peu à peu, par une infiltration lente et mystérieuse,
les mères pourront transmettre à leurs enfants des dispositions
cérébrales plus actives et plus puissantes; et le milieu social s'en
trouvera surélevé, l'esprit français élargi et fortifié. S'il faut en
croire le verbe sonore de M. Izoulet, on ne saurait s'imaginer de
quelles délices l'épanouissement intellectuel de la femme enivrera la
«spiritualité» de l'homme. «Supposez-les tous deux également, quoique
diversement, développés au dedans: alors se consomme la communion des
consciences; alors se multiplient, innombrablement, dans le jeu des
affinités secrètes, les invisibles rencontres et les subtiles élections;
alors, vraiment, le couple humain féconde par l'esprit la misère des
heures et éternise la vie brève en y faisant sourdre l'infini[69].»
Point de doute: ce sera le paradis des anges.
[Note 69: Lettre publiée par M. Joseph RENAUD dans la _Faillite du
mariage_, p. 31-32.]
Erreur! protestent les misogynes. Gardez-vous bien d'ouvrir aux femmes
les réservoirs de la science: elles s'y noieraient. L'appétit de savoir
et l'orgueil de connaître leur feront tourner la tête. De quelle vanité
dominatrice vos bachelières et vos doctoresses écraseront les redingotes
environnantes! Nietzsche a mille fois raison de tenir l'émancipation
intellectuelle de la femme pour «le déshonneur du genre mâle.» D'après
lui, «le bonheur de l'homme s'appelle: je veux! tandis que le bonheur de
la femme s'appelle: il veut!» Comparant l'âme de celle-ci à «une
pellicule mouvante sur une eau peu profonde,» il tient l'obéissance pour
le meilleur moyen de donner «une profondeur à sa surface.» Au reste, cet
être superficiel et léger ne se relève que par l'enfantement. «La femme
est une énigme dont la solution s'appelle maternité.» Hors de là, elle
rapetisse à sa mesure tout ce qu'elle touche. C'est donc folie de
l'instruire, afin de l'élever jusqu'à nous et d'en faire la confidente
de notre idéal, l'âme de notre volonté, notre égale intellectuelle. Il
n'est que temps, au contraire, de la rappeler à son rôle et de la
remettre à sa place. Nietzsche a bien mérité de l'humanité lorsqu'il l'a
définie: «Un chat, un oiseau, au meilleur cas, une nourrice[70].»
[Note 70: _L'Individualisme et l'Anarchie_, par Édouard SCHURÉ. Revue
des Deux-Mondes du 15 août 1895, p. 795-796.]
Convient-il donc de monopoliser la lumière et la science au profit des
hommes, et de condamner les femmes à l'ignorance et à la frivolité? Loin
de nous cette injustice et cette cruauté. Il ne nous paraît pas
impossible que le sexe féminin croisse en hauteur et en largeur d'esprit
sans oublier sa tâche maternelle, sans rien perdre de sa grâce et de sa
douceur. «Vous êtes donc partisan, me dira-t-on, de l'instruction des
femmes?»--Parfaitement; et je vais dire comment je la conçois.
Il est du rôle des femmes deux conceptions qui ne suffisent plus ni à
leur âme, ni à notre raison. L'une est mondaine et futile: elle voit
dans la femme un enfant capricieux et exquis, un joujou précieux et
fragile, une créature délicieuse, mère de toutes les élégances, la joie
de nos yeux, le repos de nos nerfs, une fleur de salon, dont la fonction
est de distraire nos soirées, de décorer notre intérieur, d'embellir et
d'égayer notre vie. L'oisiveté est sa loi. Elle est née pour le luxe et
la coquetterie; et les jeux de l'amour sont ses péchés mignons. L'autre
conception, celle des gens pratiques et rudes, est réfractaire à ces
mignardises de boudoir. Rien de plus simple: la femme est, par
destination naturelle, la maîtresse du logis. Qu'elle ne sorte point de
son intérieur: les travaux d'aiguille et les soins du ménage doivent
absorber tous ses instants. Elle est faite pour garder le foyer, diriger
la maison, surveiller le pot-au-feu, raccommoder le linge et
débarbouiller les mioches.
De ces deux façons pour l'homme de comprendre le rôle de la femme, la
première dénote beaucoup d'orgueil et de fatuité, et la seconde,
beaucoup d'égoïsme et de vulgarité. Toutes deux sont inacceptables. La
femme ne doit être ni «bête de luxe», ni «bête de somme».