I.--LES ARTS DE LA FEMME: MUSIQUE, PEINTURE, SCULPTURE,
DÉCORATION.--L'IMITATION L'EMPORTE SUR L'INVENTION.
II.--LES SCIENCES NATURELLES ET LES SCIENCES
EXACTES.--HEUREUSES DISPOSITIONS DE LA FEMME POUR LES UNES
ET POUR LES AUTRES.--L'ESPRIT FÉMININ SEMBLE PLUS
RÉFRACTAIRE AUX SCIENCES MORALES.
III.--ET LA LITTÉRATURE?--SUPÉRIORITÉ DE LA FEMME DANS LA
CAUSERIE ET L'ÉPITRE.--LE STYLE FÉMININ.--A QUOI TIENT
L'INFÉRIORITÉ DES FEMMES POÈTES?
IV.--HOSTILITÉ CROISSANTE DES FEMMES DE LETTRES CONTRE
L'HOMME.--ACTION SOUVERAINE DU PUBLIC FÉMININ SUR LA
PRODUCTION ARTISTIQUE ET LITTÉRAIRE.
V.--IL N'Y A PAS, D'HOMME A FEMME, IDENTITÉ NI MÊME ÉGALITÉ
DE PUISSANCE MENTALE, MAIS SEULEMENT ÉQUIVALENCE
SOCIALE.--POURQUOI LEURS DIVERSITÉS INTELLECTUELLES SONT
HARMONIQUES.
On connaît le fort et le faible de l'intellectualité féminine. Ses
penchants naturels la portent moins vers l'invention que vers
l'imitation. Où la réceptivité domine, l'originalité est faible. Les
qualités mentales de la femme sont de celles qui font les bons disciples
plutôt que les grands maîtres. On s'en convaincra mieux en la voyant à
l'oeuvre dans les divers travaux de l'esprit. Ce chapitre sera donc le
complément du précédent, son illustration par l'exemple, sa confirmation
par le fait. De ce que les femmes ne réussissent qu'à demi dans les
arts, les sciences et les lettres, en conclurons-nous qu'une sorte de
fatalité naturelle les voue à la médiocrité des résultats, quelque
culture qu'elles reçoivent, quelque application qu'elles y mettent? Loin
de nous cette pensée décourageante. Encore qu'il paraisse très
improbable que le sexe féminin détrône la production virile de sa
primauté séculaire, nous n'aurons point l'outrecuidance de lui dire: «Tu
iras jusqu'ici, et pas plus loin.» A défaut de justice, la prudence nous
ferait un devoir de laisser «la porte entr'ouverte sur l'avenir[64].»
Quand le progrès humain est en marche, il faut que tous le suivent. Peu
importent ceux qui tiennent la tête, l'essentiel est de faire effort
pour les rejoindre.
[Note 64: Henri MARION, _La Psychologie de la femme_, p. 287.]
I
Bien que les femmes aient le sentiment et l'amour du beau, dès qu'elles
prennent en main le pinceau, le crayon ou l'ébauchoir, elles n'arrivent
guère qu'à réaliser le gracieux et le joli. Cherchez dans les musées les
chefs-d'oeuvre signés d'un nom féminin: la liste en est brève. Par
contre, le sexe féminin possède un remarquable talent d'assimilation,
d'adaptation, d'interprétation. C'est pourquoi, dans les arts, la femme
devient une excellente élève. Mais combien rarement elle se hausse à la
maîtrise! C'est une observation souvent faite que, même dans les
domaines de la parure et de la mode, l'homme l'emporte par ses créations
et ses nouveautés. Voyez les femmes artistes et les femmes auteurs: il
en est peu qui soient douées d'une réelle originalité de conception, de
couleur, de facture. Elles adoptent un maître et pastichent adroitement
son genre et son style.
De même, avec toute leur musique, les femmes pianistes ne comptent dans
leurs rangs que des compositeurs de second ordre. Aux femmes peintres ne
demandez point les larges effets, les touches hardies et vigoureuses:
leurs préférences vont communément à l'aquarelle et à la miniature, aux
natures mortes et aux fleurs, à tout ce qui exige la grâce et le fini du
détail. En général, la main féminine n'excelle que dans les genres
secondaires, parce qu'elle a plus de souplesse que de force. Malgré
toute leur imagination, les femmes ont mille peines à s'élever jusqu'à
la puissance créatrice. Le souffle leur manque. Elles ne sont pas de
force. Et au lieu d'affirmer avec éclat un tempérament personnel, la
plupart n'arrivent qu'à manifester avec grâce un talent d'emprunt.
Mais si, dans l'ordre esthétique, les femmes créent difficilement, par
contre, elles copient en perfection. Combien sont admirables dans
l'exécution d'un morceau de chant ou de piano? Nulle tâche ne leur
convient mieux qu'un tableau à reproduire, un rôle à apprendre, une
scène à jouer. Plus peut-être que le sexe masculin, elles fournissent au
théâtre d'admirables artistes dramatiques, danseuses et cantatrices. Je
n'aurai pas l'impertinence d'en conclure que les femmes sont
naturellement plus comédiennes que nous, mais seulement, avec leur
sympathique historien M. Ernest Legouvé, qu'elles sont douées d'«une
facilité d'imitation qui se prête à merveille aux arts de
l'interprétation.»
Et parmi ceux-ci, nous devons faire une place à part aux arts
décoratifs, qui ne sont que la vulgarisation de l'esthétique, son
adaptation à l'ameublement, à la céramique, à l'ornementation de nos
intérieurs domestiques. En ce genre délicat où le sens et le goût de la
parure sont de rigueur, beaucoup de jeunes filles font preuve d'un
talent exquis.