Pour la solidité et la profondeur du raisonnement, pour les spéculations
abstraites et les recherches laborieuses, pour la découverte et la
démonstration des plus hautes vérités, pour la pensée philosophique,
pour la construction et l'enrichissement de la science, il faut des
mâles,--sauf exception, bien entendu! Car, nous le répétons, s'il est
des hommes qui sont femmes, il y a des femmes qui sont hommes. Mais ici
où nous n'avons d'autre but que d'indiquer les directions générales de
l'esprit féminin, il nous est impossible de ne point remarquer que, dans
l'ensemble, l'intelligence masculine est plus pleine et plus puissante,
c'est-à-dire qu'elle pense, raisonne, généralise et invente avec plus
d'ampleur et de maîtrise. En deux mots que j'emprunte à Fourier,
l'intellectualité de l'homme appartient au «mode majeur», tandis que
celle de la femme relève du «mode mineur».
De grâce, n'en triomphons point contre la femme! Il y a mille façons
d'être intelligent. C'est ce qui fait qu'un classement hiérarchique des
esprits est chose artificielle et vaine. A la vérité, hommes et femmes
sont intelligents à leur manière. Parlons moins entre eux de supériorité
ou d'infériorité que de simples différences. La femme est aussi
intelligente que l'homme, mais elle l'est autrement. Et la solidité
foncière qui lui manque est heureusement compensée par une souplesse de
ton, par un charme de conversation, par une puissance de persuasion,
auxquels il est donné à très peu d'hommes de prétendre. Pour le
sentiment de l'élégance, pour une simplicité relevée de finesse
piquante, pour une certaine fleur de délicatesse polie, la femme est
reine. Elle a de l'esprit, dans le meilleur sens du mot. Et par là je
n'entends pas l'ironie qui la déconcerte, l'effarouche et la blesse,
mais cet esprit alerte et subtil qui est tout aisance, grâce, vivacité,
diplomatie, qui saisit et reflète les moindres nuances, qui se fait
comprendre à demi-mot, et que Bersot a défini «l'art de pénétrer les
choses sans s'y empêtrer.»
Et puis, la femme a sur nous le précieux avantage de posséder un sens
admirable des convenances et des disconvenances. Combien d'hommes,
faussement réputés spirituels, jettent la plaisanterie à tort et à
travers, sans tact, sans goût, avec la grimace goguenarde du singe ou la
lourdeur du sanglier? La femme d'esprit montre plus de mesure et de
légèreté. Elle évite les mots blessants, les ripostes aiguës, les
allusions malséantes. Elle aime la plaisanterie délicate, joyeuse et
voilée; elle affectionne les idées roses, au lieu que nous avons souvent
l'âme sombre et le verbe amer.
Et à cette grâce spirituelle, le sexe féminin joint très généralement un
sens merveilleux des conditions de la vie. Entre ces dons, point de
contradiction. Peu soucieuse de s'envoler vers la haute spéculation,
sensible au fait, à ce qui est immédiat et tangible, il est simple que
la femme manifeste (à moins qu'une imagination dévergondée ne lui
trouble la tête) un esprit pratique, juste et sûr. Au vrai, elle est
souvent l'incarnation du bon sens. Sa timidité la met en garde contre
les paradoxes, les utopies et les sophismes; sa modestie l'indispose
contre les nouveautés hardies ou subversives. Pour ne point voir si haut
ni si loin que l'oeil masculin, son regard saisit mieux peut-être les
réalités qui l'entourent. Que de femmes d'intelligence moyenne sont
d'utiles conseillères! C'est pour rendre hommage à ces précieuses
qualités de tact et de conduite que les anciens avaient déifié la
prudence sous les traits de Minerve.
Finalement, si la femme l'emporte sur l'homme par le sentiment affectif,
l'homme prime la femme par l'intelligence créatrice. Et cette diversité
d'aptitudes est providentielle. Destinée à porter dans ses flancs, à
nourrir de son lait, à enfanter, à élever, à éduquer les petits des
hommes, la femme doit être susceptible d'une vie intellectuelle moins
intense et d'un effort cérébral moins prolongé. Et cette
présomption,--que l'expérience a vérifiée,--n'a rien de désobligeant
pour la femme, puisque la nature l'a faite plus riche de coeur et de
grâce, afin de la rendre plus apte à la propagation et à
l'embellissement de l'espèce. C'est une force physique et morale en
disponibilité, moins destinée à s'épanouir pour elle-même que réservée
pour l'oeuvre incessante du renouvellement de l'humanité.
Et cela même nous rappelle que le christianisme, qui honore la femme en
la personne de Marie, subordonne toutefois la Vierge Mère à
l'Homme-Dieu. En revanche, l'Église convie tous les fidèles sans
distinction de sexe, à une instruction religieuse absolument égalitaire.
Aux petits garçons et aux petites filles, elle distribue les mêmes
leçons et enseigne le même catéchisme; aux hommes et aux femmes, elle
prêche les mêmes commandements, le même Décalogue, le même Évangile. A
tous, elle promet même destinée, elle assigne mêmes fins et réserve
mêmes châtiments ou mêmes récompenses. Il n'est qu'un sacrement dont le
catholicisme exclut les femmes,--le sacrement de l'Ordre,--signifiant
par là que, si toute âme est appelée à recueillir et à goûter la lumière
de la vérité, c'est le privilège de l'homme de la répandre sur le monde.
Au prêtre seul sont confiés expressément le ministère du Verbe, et la
garde des Tables de la Loi, et le droit de parler au nom de Dieu.
Pourquoi ne verrions-nous pas dans cette primauté suprême un symbole de
la vocation intellectuelle de l'homme?