La sensibilité et la tendresse sont si véritablement fondamentales en la
femme que tout ce qui fait sa force et sa faiblesse sort de là: ses
vertus et ses fautes, ses élans de compassion et son appétit de
sacrifice, ses emportements et ses violences sont des suites de son
émotivité ardente. Elle représente le coeur avec ses qualités et ses
défauts, tandis que l'homme personnifie plutôt la pensée froide et le
raisonnement grave. C'est une passionnée qui ne fait rien à demi. Témoin
la vivacité de ses affections, l'impétuosité de ses désirs, ses
enthousiasmes et ses colères, l'ardeur qu'elle met dans la haine et dans
l'amour, dans la vengeance et dans la fidélité, tout ce qui l'abaisse,
tout ce qui l'élève. La mesure n'est pas son fait. Chez elle, toute
chose prend vite un tour passionnel et démesuré. Comme l'a écrit Octave
Feuillet, «elle rêve quelque chose de mieux que le bien et de pire que
le mal.» Elle s'enflamme subitement. Ses passions sont explosives, parce
qu'elle les chérit, les nourrit, parce qu'elle les «couve», pour
rappeler le mot de Diderot.
C'est pourquoi les femmes sont si rarement capables de justice
tranquille et impartiale. Exaltées, absolues, «elles sont toutes pleines
d'affections et d'aversions sans fondement (c'est Fénelon qui parle),
elles n'aperçoivent aucun défaut dans ce qu'elles estiment, ni aucune
bonne qualité dans ce qu'elles méprisent.» Et le doux prélat de
conclure: «Les femmes sont extrêmes en tout.» Eh oui! extrêmes dans le
mal comme dans le bien, suivant l'adage: _Optimi corruptio pessima_.
Elles poussent toute chose à outrance, la religion et l'irreligion, la
chasteté et le libertinage, le renoncement et la vengeance, la
compassion et la cruauté, l'amour et la haine surtout. Elles aiment et
haïssent avec la même vigueur, avec le même bonheur. Les sentiments
excessifs les attirent, les emportent et les roulent comme en un
tourbillon. Les plus douces y penchent; les violentes s'y ruent. Ce
sont, je le répète, des passionnées; et la passion ne se plaît guère aux
coteaux modérés où habitent la prudente réflexion et la tranquille
sagesse. C'est pourquoi il est à craindre que plus d'une ne se
précipite, tête baissée, dans le féminisme «intégral» et, poussant son
chemin jusqu'au bout, s'y enfonce, d'un trait, jusqu'en pleine
extravagance, jusqu'en pleine immoralité.
Échauffée par la tendresse et par la passion, la sensibilité des femmes
s'exalte ou s'exaspère, et se traduit conséquemment en bien ou en mal.
Poursuivant notre analyse psychologique, il nous sera facile de prouver
que toutes les qualités et tous les défauts de la femme viennent du
coeur et des nerfs. Se dévouer est sa première nature, comme aimer est
son premier mouvement. Généralement, sa volonté est plus désintéressée
que la nôtre. A chaque instant, la maternité, qui sommeille au fond de
ses entrailles, se réveille et se répand en sacrifices spontanés qui
feront toujours d'elle la meilleure éducatrice. Il faut savoir s'oublier
comme elle pour s'adonner utilement à la première formation
intellectuelle et morale de l'enfance. Si bon professeur que nous la
supposions, son coeur l'emportera toujours sur son esprit. Ne lui parlez
pas de principes absolus, ni de raison pure: elle ne comprendra qu'à
moitié. L'abstraction idéale la touche peu. Par contre, invoquez devant
elle la pitié, l'amour, le pardon; faites appel à la sainte bonté; et de
tout l'instinct maternel qui gonfle son âme, elle vous répondra en
répandant sans compter les trésors de générosité dont son coeur est
plein. Pour elle, toute justice sociale se ramène à un élan de
sensibilité affectueuse, au don de soi-même. Tandis que l'homme cherche
le règne du droit, la femme ne conçoit et ne poursuit que le règne de la
grâce et de la charité. Pour conclure d'un mot, si l'homme vaut plus, la
femme vaut mieux.
C'est pourquoi celles d'entre les femmes qui se laissent mordre au coeur
par le démon révolutionnaire, sont portées vers le prolétariat militant
moins par les formules et les systèmes d'école, que par un élan de vague
commisération et d'inconsciente protestation contre la misère. Chez ces
terribles femmes, l'esprit de révolte est un succédané de l'amour
aveugle qu'elles portent aux petits, aux humbles, aux deshérités, aux
victimes obscures de la vie et du monde. Lorsqu'elles se décident à la
violence, c'est par un sursaut de pitié, par un emportement, par une
explosion de toute leur sensibilité. Et nos discordes civiles nous ont
appris les excès de fureur et de destruction dont elles sont capables.
Mais, en général, la femme est plutôt pacifique, modérée, conservatrice.
Au fond, la violence et le désordre lui répugnent. On a remarqué cent
fois que ses goûts réguliers, son entente des affaires, son esprit
d'exactitude et d'économie, la rendent éminemment propre à la gestion
d'un patrimoine et à l'administration du foyer. A l'inverse de l'homme
qui est travaillé par un incessant besoin d'acquérir, par une ambition
inquiète d'arriver, de monter, de grandir, la femme se plaît à défendre
et à garder la richesse amassée. Plus faible, plus fragile, plus sujette
aux incapacités de travail, ayant la surveillance des enfants, le
gouvernement du ménage, le soin de la table et le souci des
approvisionnements, elle doit être plus accessible que l'homme à la peur
de manquer, et elle fait bonne garde autour de l'actif familial.
C'est pourquoi, encore, elle est naturellement religieuse. «Élevez-nous
des croyantes et non des raisonneuses, écrivait Napoléon à propos de
l'établissement d'Écouen: la religion est, quoi qu'on en puisse dire, le
plus sûr garant pour les mères et pour les maris.» Rien de plus facile,
la femme inclinant d'elle-même aux choses de la foi. La critique, qui
est un acte de méfiance et de destruction, l'offense et la trouble. Elle
a besoin de paix, d'ordre, de confiance, de sécurité; et la religion,
qu'elle se fait un peu à son image et qu'elle accommode doucement à ses
goûts et à ses préférences, est toute de mansuétude et de miséricorde.
Ses croyances, plus émues que raisonnées, se transforment aisément en
dévotion sentimentale. Le coeur y a plus de part que l'esprit. Son Dieu
est amour.
C'est pourquoi, enfin, la femme, étant plus tendre, plus retenue, plus
pacifique et plus religieuse, est moins criminelle que l'homme. La
maternité, d'ailleurs, est une école de douceur, de patience et de
résignation, qui, en vouant la femme à la vie enfermée du foyer, la
soustrait aux émotions, aux tentations, aux déviations de l'activité
extérieure qui est la loi de l'homme.
Il est vrai que M. Lombroso tire prétexte de cette moindre criminalité
pour rabaisser la femme. Comme le génie et la guerre, le crime est
masculin. Les violences les plus désordonnées et les plus sanglantes
honorent, paraît-il, infiniment notre sexe. A ce compte, il faudrait
rendre grâce aux assassins du prestige dont ils entourent, à coups de
revolver et à coups de couteau, notre très chère masculinité. Est-ce
donc à cause du sang qu'il verse que l'homme a été proclamé le «roi de
la nature»? On raconte qu'en fait de cruauté savante, le tigre nous
surpasse: M. Lombroso s'en trouve-t-il humilié?
Pour revenir aux femmes, et bien que nous venions de leur faire honneur
de mille et mille qualités, nous n'ignorons point qu'il en est
d'insupportables. Les bonnes ne peuvent faire oublier les mauvaises et
les pires. Il y a, d'abord, les nerveuses et les exaltées. D'ordinaire,
leur faculté de pleurer est admirable. Certaines versent des larmes à
volonté. D'autres sont rancunières et vindicatives. Beaucoup ont un fond
de cruauté inconsciente qui éclate brusquement, soit pour défendre ceux
qu'elles aiment, soit pour nuire à ceux qu'elles haïssent. Cette
malignité féline,--comme l'impressionnabilité, d'ailleurs,--est un signe
et un effet de leur faiblesse et de leur nervosité.
La femme, au surplus, n'est pas exempte d'égoïsme. L'amour de soi
n'est-il pas notre fond naturel? Cette tendance inférieure est commune
aux deux sexes. Ainsi le veut la loi universelle de la vie. Ne soyons
pas surpris que Mme Guizot ait pu écrire que «les femmes ne
s'intéressent aux choses que par rapport à elles-mêmes.» Mais l'égoïsme
féminin procède surtout de la vanité. «Les filles, dit Fénelon, naissent
avec un violent désir de plaire.» Tandis que l'orgueil est le vice dès
forts, le péché des hommes, la vanité est le penchant des faibles, le
péché des femmes. Si bien que Mme Necker de Saussure a pu en conclure
que, chez les jeunes filles, «le désir de plaire l'emporte souvent sur
la faculté d'aimer.» D'un mot, la femme est coquette.
Et qui oserait lui en faire un crime? Ayant pour destinée d'être aimée,
plaire est un besoin de sa nature; ayant pour fonction d'adoucir et
d'embellir la vie, plaire est une nécessité de sa condition; ayant pour
partage de tempérer, de civiliser la brutalité masculine, plaire est son
arme de combat, son instrument de règne, plaire est la condition même de
sa souveraineté, plaire est le principe de toute sa force. Frapper et
fixer les regards des hommes, attirer et retenir leurs hommages,
émouvoir et enchaîner leur coeur, et, pour cela, cultiver, soigner,
orner sa beauté, telle est l'ardente et incessante préoccupation du sexe
féminin. C'est une vérité de fait, un lieu commun que les moralistes ont
maintes fois mis à profit. Citons seulement ces deux pensées de La
Rochefoucault: «La coquetterie est le fond de l'humeur des
femmes.»--«Les femmes peuvent moins surmonter leur coquetterie que leur
passion.» Ainsi, l'égoïsme féminin est fait surtout de vanité, et cette
vanité se tourne naturellement en coquetterie, et cette coquetterie a
pour but avoué ou inconscient de préparer les voies à l'amour; et nous
voilà ramenés, par un détour, à cette sensibilité émotive qui est le
commencement et la fin de la nature et de la vocation des femmes.
Seulement, il est permis de trouver que les femmes d'aujourd'hui
sacrifient un peu trop au démon de la toilette. Dans toutes les
conditions, le luxe fait rage. Petites et grandes dames veulent être
mises à la dernière mode. Poussée à l'excès, la coquetterie démoralise
la femme. De là, surtout dans les milieux mondains, ces natures sèches,
froides, égoïstes, avides de plaisir et de jouissance. A toute époque,
du reste, les femmes déplaisantes, acariâtres, hargneuses, n'ont pas été
d'une extrême rareté. Malgré les influences attendrissantes de la
maternité, il y a même, hélas! de méchantes mères. Les tribunaux ont
trop souvent à s'occuper d'horribles mégères qui, non contentes de
persécuter leur mari, martyrisent leurs enfants. Quand les nerfs
l'emportent sur le coeur, il est fréquent que les femmes surpassent les
hommes en férocité. Mais, dans une étude qui n'a en vue que le fort et
le faible de la généralité des femmes, il convient de négliger les
monstres.