XLI

_Madame Alida Meunier, née de Sommery, à M. le colonel de Sommery._

«Par quelle fatalité, mon cher père, cette petite Clotilde, ce serpent

que vous avez réchauffé dans votre sein, s'est-il introduit dans notre

famille?

»Je viens de voir Arthur; il a passé par ici et est resté vingt-quatre

heures à Paris avant de se mettre en route pour l'Italie. Il n'est pas

heureux; il regrette amèrement l'étourderie qui lui a fait faire ce

ridicule mariage. Certes, mon pauvre frère, avec son nom, sa figure,

son esprit et sa fortune, pouvait prétendre aux plus brillants partis.

»Je ne pense qu'à ce pauvre Arthur; j'ai consulté ici des hommes

d'affaires habiles; ils m'ont dit qu'un mariage contracté en Angleterre

entre des Français sans publications en France était nul _et de toute

nullité_; que, si on pouvait obtenir d'Arthur un moment d'énergie, il

n'y aurait rien de si facile que de le faire casser. J'en ai parlé à

Arthur; il en a bien envie, mais il n'ose ni le faire ni l'avouer.

»Ne pourrait-on bien persuader à mademoiselle Belfast que jamais elle

ne sera admise dans la famille sérieusement, et l'amener par l'ennui et

de petits désagréments (elle qui ne nous en a épargné d'aucun genre) à

donner les mains à cette séparation?

»Nous pourrons bientôt, mon cher père, parler librement de tout cela.

»M. Meunier passera l'été à Paris pour ses affaires; moi, je partirai

dans trois jours pour aller vous demander l'hospitalité à Trouville.

»ALIDA MEUNIER, née DE SOMMERY.»

Clotilde · 第 138 / 169 题