XXI

Quoique M. Arthur de Sommery ne se fît pas à lui-même l'injure de

redouter Tony Vatinel, sans s'en apercevoir, il commença à rester un

peu plus chez lui. Il ne perdait pas une occasion de faire paraître

Tony ridicule aux yeux de Clotilde.

«Ma chère Clotilde, lui disait-il, tu ne t'aperçois pas des plaisantes

figures que fait le fils de M. le maire. Ses yeux ne te quittent pas un

moment, et il rougit ou pâlit d'un mot que tu prononces.» Ou: «J'ai vu

peu d'habits aussi mal faits que celui de l'héritier présomptif de la

mairie de Trouville.» Ou: «Certes, je ne suis pas jaloux (il y a des

maris qui croient faire beaucoup de plaisir à leurs femmes en leur

disant: _Je ne suis pas jaloux_; comme si _Je ne suis pas jaloux_ ne

signifiait pas: _Je ne suis pas amoureux_; comme si _Je ne suis pas

amoureux_ n'était pas la chose la plus injurieuse qu'on pût dire à une

femme); je ne suis pas jaloux, disait Arthur de Sommery; mais

réellement, ma chère amie, d'_autres_ ne sauraient que penser de te

voir souffrir ainsi les assiduités et les airs de ce monsieur, etc.

etc.»

Un des meilleurs procédés pour faire les affaires d'un amant est celui

que tout mari se hâte d'employer avec le plus grand soin: à savoir, de

parler dudit amant avec injures et mépris. Les femmes se croient

obligées à réparer l'_injustice_ des maris, et cela les place vis-à-vis

de l'amant dans une situation de miséricorde et de protection qui leur

plaît infiniment, et qu'elles payent quelquefois un peu cher aux dépens

des maris.

Clotilde avait la prétention, à ses propres yeux, d'être une femme

forte et maîtresse d'elle-même. Aussi, quand elle se sentait dans le

coeur quelque chose de tendre pour Tony Vatinel, s'en donnait-elle à

elle-même quelque excuse. D'autres fois, il s'établissait en elle des

discussions et des conflits assez semblables à des séances

parlementaires.

Clotilde · 第 117 / 169 题