XXXII

Un vendredi chez madame de Sommery.

Robert présenta Charles Reynold, auquel on ne fit pas la moindre

attention, tant il était exactement pareil à une trentaine d'autres

jeunes gens, entre lesquels on n'établissait aucune distinction, et que

l'on désignait sous le nom générique de danseurs.

Alida arriva tard, et son entrée produisit une sorte d'effet dans le

salon. Elle était très-parée et mise fort à son avantage. Sa robe

montrait beaucoup ses épaules, qui étaient assez belles, et cachait ses

pieds, qui étaient médiocres. Elle attira surtout l'attention d'un

personnage avec lequel causait Clotilde, à un tel point que Clotilde

s'en impatienta. Elle se leva, alla au-devant de madame Meunier, et la

fit asseoir auprès du feu, lui soutenant qu'elle devait avoir froid

aux pieds, à cause de ce terrible escalier de pierre. Alida avait, en

effet, les pieds glacés, et tout lui donnait à craindre que cela ne lui

rougît le nez; mais elle se tenait en garde contre Clotilde, et ses

pieds restèrent cachés sous sa longue robe. Clotilde, alors, prit un

tabouret et invita madame Meunier à mettre ses pieds dessus, tout en

ayant soin de placer le tabouret à une assez grande distance. Alida

tint bon, et remercia avec un sourire de reconnaissance pour les

touchantes attentions de sa belle-soeur.

A cette époque, on valsait peu, et, dans beaucoup de maisons, on ne

valsait pas du tout. Clotilde fit jouer une valse; on vint inviter

Alida, qui refusa. L'homme qui l'invitait était assez de connaissance

pour pouvoir insister. Alida répondit qu'elle ne savait pas valser.

«Ah!... dit Clotilde, vous valsez à ravir.» Il fallut alors qu'Alida

supposât un violent mal de tête. «J'en étais sûre, dit Clotilde, vous

avez eu froid aux pieds; chauffez donc vos pauvres pieds.» Alida dansa,

mais en marchant et les pieds sous sa jupe.

Il y avait à la mode une romance dont l'air était tellement joli, que

tout le monde y produisait de l'effet. Alida l'avait chantée cet

hiver-là deux ou trois fois avec succès; il était parfaitement dans sa

voix. Madame de Sommery alla _supplier_ Zoé de chanter _quelque chose_.

«Tiens, dit-elle, chante-nous cet air que tu chantes si bien.» Et elle

désigna l'air d'Alida. Zoé se fit prier juste ce qu'il fallait, et

chanta.

Clotilde · 第 79 / 169 题