Alida Meunier, lorsque Robert Dimeux avait recommencé à s'occuper
d'elle, l'avait traité comme le premier venu. Elle avait fait avec lui
tout ce petit manége de coquetterie que les femmes varient si peu.
Robert s'était soumis à toutes ses exigences, à tous ses caprices, et
sa soumission avait fort encouragé sa belle inhumaine, qui avait mis sa
patience a l'épreuve des plus cruelles férocités féminines. Jamais
peut-être il n'y eut d'amoureux aussi maltraité que Robert, et Robert
attendait sans se plaindre; mais, chaque soir, en rentrant chez lui, il
écrivait une ou deux lignes sur un petit cahier richement relié.
Enfin sa constance fut couronnée. L'heureux Robert envoya le lendemain
matin le petit cahier relié. Voici ce qu'il contenait:
_Compte de madame_ ALIDA MEUNIER, _née de Sommery_.
_7 février._ Avoir pris, pendant que je lui parlais, un air distrait et
impertinent.
8. Avoir chanté avec M. M***, et m'avoir fait de ce ridicule personnage
un éloge emphatique.
9. Avoir jeté négligemment sur la cheminée un bouquet que je lui avais
envoyé, et avoir mis dans l'eau celui du même M***.