Ce pauvre Tony Vatinel nous fait réellement grande pitié avec son
mépris pour l'_or_, ce _vil métal_, comme il l'appelle. Nous ne pouvons
nous souvenir sans tressaillement de la première fois qu'on ouvrit
devant nous une _caisse_, une vraie _caisse_ en fer, avec de gros clous
et une serrure à secret; une de ces caisses qui coûtent si cher, qu'une
fois que nous l'aurions payée, nous n'aurions plus rien à mettre
dedans. Il y avait dans cette caisse des billets de banque, de l'or et
de l'argent de toute sorte. Nous nous rappelons encore parfaitement les
paroles qui retentirent à nos oreilles pendant que le caissier y
fourrait la main et agitait l'or et les billets de banque. Par moments,
c'était un bruit confus de voix claires et aiguës ou fêlées et un
frôlement de papiers; d'autres fois, une seule voix prenait la parole,
puis toutes reprenaient ensemble, et, quand la caisse fut fermée, nous
entendions encore un sourd murmure. Mais voici ce que nous nous
rappelons:
UNE PIÈCE DE DIX SOUS, d'une petite voix flûtée.
Un bon vieux petit livre relié en parchemin,--un Horace chez les
bouquinistes,--une contre-marque au théâtre de la Gaieté.
PLUSIEURS PIÈCES DE DEUX SOUS, d'une voix de cuivre.
Des aumônes aux pauvres aveugles, des petits cierges à faire brûler
devant la chapelle de la Vierge à l'église.