Vers six heures et demie du soir, environ, le Père Réginald m’emmena
dans la salle du chapitre, et là, agenouillé auprès du siège du prieur,
je récitai ma confession, ainsi que les actes de foi, d’espérance, de
charité, et de contrition, après quoi le prieur me donna l’absolution.
L’on ne crut pas devoir m’administrer le baptême conditionnel--encore
que, naturellement, je fusse tout disposé à le recevoir--attendu que
deux témoins de mon baptême précédent attestaient que la cérémonie avait
été, sans aucun doute, accomplie conformément aux exigences catholiques.
L’absolution donnée, le prieur m’embrassa, comme un père embrasse son
fils; et je me rendis à la chapelle pour remercier Dieu.
Le lendemain matin, je reçus la sainte communion des mains du prieur,
dans la belle petite chapelle. Je prolongeai mon séjour jusqu’au lundi,
et assistai aux offices du dimanche avec une singulière espèce de
contentement tranquille, qui croissait dans mon cœur presque d’instant
en instant. Le lundi, je me mis en route vers le nord, pour aller
demeurer chez l’ami dont j’ai parlé déjà, qui était alors chapelain dans
une grande maison catholique.
Là, une étrange surprise m’attendait. Quelques semaines auparavant,
j’avais eu un de ces rêves très intenses qui laissent, durant la journée
suivante, une impression à la fois profonde et inexplicable. J’avais
rêvé que je marchais sur des hauteurs, au bord de la mer, avec une
impression d’isolement assez pénible. Le terrain était nu, tout à
l’entour de moi: mais, en m’avançant, j’avais commencé à voir un bois à
l’horizon, et puis, tout à coup, je m’étais trouvé sur une éminence d’où
m’était apparue une grande forêt, avec la mer au delà. Tout juste au
milieu de la forêt s’étalait le toit d’une vaste maison; et, dès le
moment où j’avais aperçu cette maison, j’avais eu soudain conscience
d’un plaisir merveilleux, comme celui d’un enfant qui rentre dans sa
maison. C’est là-dessus que je m’étais éveillé, toujours encore rempli
d’un bonheur extraordinaire.
Or, je n’étais jamais venu voir mon ami dans sa nouvelle demeure, et
jamais lui-même ne m’avait fait la moindre description de l’endroit où
il vivait. Je ne savais pas même que cet endroit fût voisin de la mer,
si bien que, lorsque j’arrivai dans la maison, le soir, et que j’appris
que la mer était tout proche, je racontai mon rêve à mon ami, en
ajoutant que, d’ailleurs, je ne voyais aucune autre ressemblance entre
la vision de mon rêve et cet endroit. Mais voici que, le lendemain
matin, il me fit monter sur une éminence qui s’élevait derrière la
maison; et là, chose étonnante, je dus reconnaître que les deux
spectacles coïncidaient dans tous les contours généraux! Je voyais à mes
pieds le toit de la grande maison catholique, l’épaisse forêt, et, au
delà, le long horizon de la mer. Dans le détail, cependant, il y avait
deux ou trois petites choses qui m’apparaissaient différentes; et
surtout je n’éprouvais en aucune façon l’immense joie dont m’avait
imprégné la vision de mon rêve.