18 DÉCEMBRE.

En arrivant près de lui, je lui remets quelques exemplaires de la

réimpression des _Incompatibilités parlementaires_, et lui

explique que je viens de les retirer du ministère de l'Intérieur

des États Romains.

Voici ce qui m'était arrivé pour ces brochures. Les douaniers de

Civita-Vecchia les avaient extraites de mon sac de voyage et

envoyées à la police. Je les croyais perdues, quand, passant ce

matin devant le magasin du libraire Merle,... je vois exposés en

vente plusieurs pamphlets de Bastiat. J'entre et demande à Merle

s'il a les _Incompatibilités parlementaires_: «Pas encore,

répond-il, mais je ne tarderai sans doute pas; car cet écrit

vient d'être réimprimé! Je le sais, à telles enseignes que les

douaniers de Civita-Vecchia ont été assez stupides, ces jours-ci,

pour en saisir une demi-douzaine d'exemplaires à un voyageur

français.»--«Comment donc êtes-vous si bien informé? repris-je;

je suis le voyageur dont vous faites mention.» Alors Merle

m'apprend qu'il tenait la nouvelle de ma mésaventure du comte

Z..., attaché au ministère de l'Intérieur. Le comte Z... avait

blâmé le procédé des douaniers, et ajouté que, si le propriétaire

se présentait pour réclamer ces brochures, elles lui seraient

immédiatement rendues. Sur ces explications, je m'étais empressé

d'aller à Monte-Cavallo, où un employé fort poli, après m'avoir

adressé beaucoup d'excuses sur ce qui s'était passé, m'avait

remis toutes mes brochures, moins une. Cette dernière ne pouvait

m'être rendue qu'un peu plus tard, parce que Monseigneur, qui

était alors absent, en avait commencé la lecture, curieux de

connaître cette production d'un auteur qu'il avait en grande

estime. Le même employé, me montrant sur la couverture d'un

pamphlet la liste imprimée des divers écrits de Bastiat, posa

l'index sur les mots _Harmonies économiques_, et dit: «Voilà un

bien bel ouvrage.»

J'informai de cette particularité mon cher malade, en ajoutant

que très-certainement en France, au ministère de l'Intérieur, ses

oeuvres étaient moins connues que dans les bureaux de

Monte-Cavallo.

Par un fort beau temps, nous prenons une voiture.... Il veut me

servir de cicerone, et m'expliquer les monuments antiques; mais

j'obtiens qu'il se taise jusqu'à ce que nous descendions de

voiture... Il m'entretient beaucoup de son projet de rentrer en

France, d'un domestique, nommé Dargeau, qu'il fait venir de son

pays, pour s'assurer ses soins éprouvés, et m'interroge sur la

durée probable de mon séjour à Rome. Je me garde bien de lui dire

que je m'en irai probablement le lendemain de son départ.

... Quand nous sommes rentrés chez lui, il me parle de mettre en

ordre ses ébauches. Il voudrait bien me dicter quelques

indications importantes et notamment sur le sujet de la

population... L'article qu'il a publié, il y a quatre ans

environ, dans le _Journal des Économistes_, lui paraît incomplet

et à refaire. La principale objection contre la théorie de

Malthus n'y est pas exposée.

Les impatiences ont disparu.

Œuvres Complètes de Frédéric Bastiat, tome 1 mises en ordre, revues et annotées d'après les manuscrits de l'auteur · 第 25 / 148 题