NEUF JOURS PRÈS D'UN MOURANT.

Le 16 décembre, vers midi, j'arrive chez lui, je le vois. Nous

nous embrassons, mais à son premier mouvement tout affectueux

succède une impression chagrine. Sa figure s'attriste, et il

murmure, en élevant les mains: «Est-il possible que vous ayez

fait un si long voyage? Quelle folie!»

Pendant cette première entrevue je le trouvai, à ma grande

surprise, impatient, irritable... Comme je voulais lui éviter la

peine de monter un étage, à l'aide d'une précaution que j'aurais

prise, il me dit: «Je ne puis pas souffrir qu'on s'occupe de

moi.» Il lui répugne d'être vu pendant qu'il boit et mange, à

cause des efforts pénibles qu'exige de lui l'inglutition.

Toutefois cette répugnance ne paraît pas exister vis-à-vis des

étrangers. Ainsi à 2 heures 1/2 il entre au café prendre un verre

de sirop et ne veut pas que je l'accompagne.

Œuvres Complètes de Frédéric Bastiat, tome 1 mises en ordre, revues et annotées d'après les manuscrits de l'auteur · 第 23 / 148 题