16 _janvier._--Sur Charlet.

En voyant un _Empereur à cheval_, de lui, _pataugeant dans un marais_,

d'un fini malheureux, en comparaison du sublime _Menuet_, et autres

ouvrages de son premier temps, qui est incomparablement le plus beau,

je note qu'un talent n'est jamais stationnaire. S'il se transforme

forcément, il n'arrive guère que la naïveté persiste. Racine en est un

exemple.

Ce même jour, je mets à côté des plus beaux croquis de Raphaël ce même

_Menuet._ Il ne perd rien. Cela me rappelle la pensée de Montesquieu:

«Deux beautés médiocres se défont; deux grandes beautés se font valoir

et brillent à l'envi l'une de l'autre.» (Vérifier ces termes.)

[547] Voir t. II, p. 125.

* * * * *

4 _avril._--J'ai été voir le vieux Forster[548] en sortant de

Saint-Philippe à trois heures. Le pauvre homme a le bras cassé et mille

accidents qui ont compliqué son accident. Il me dit qu'il s'est retiré

de bonne heure de la lice, et il blâme les artistes qui s'exposent trop

longtemps à la critique.

Il a raison, si véritablement la décadence est un effet constant de

l'âge avancé. Il avait, du reste, une raison excellente de s'abstenir

de bonne heure du travail de sa profession, qu'il m'a dit tout

simplement lui avoir été antipathique toute sa vie, et qu'il n'avait

embrassée que sur la volonté expresse de ses parents auxquels il ne se

sentit pas le courage de résister.

*

Journal de Eugène Delacroix, Tome 3 (de 3) 1855-1863 · 第 94 / 104 题