4 _septembre._--Écrire à M. Voignée d'Arnault, à Sainte-Menehould;

--À Thiers, pour son livre.

--Voir M. Lefebvre, jeune peintre, rue du Regard[398].

--Chabrier.

--Chapelle de Riesener.

--Répondre à Bornot.

Le matin, aujourd'hui, à l'appartement, et fatigue extrême. Je me suis

trouvé mourant de faim au café des Marcs, qui m'a rappelé ma jeunesse

et une jeunesse bien éloignée.

--Au milieu de la journée, Berryer est venu me voir. J'ai été bien

heureux de sa visite et confus de ne pas avoir répondu à la bonne

lettre de lui que j'avais trouvée ici.

Il me dit, en confirmation de ce que je lui disais de mon régime, qu'il

était convaincu que, lorsqu'un organe était affaibli ou souffrant chez

un sujet d'un âge déjà avancé, c'était quelquefois le meilleur moyen de

le guérir que de s'occuper de la santé de tout le reste, et dans mon

cas, et d'après la doctrine du docteur Laguerre à mon égard, donner de

la force au sang, c'est en donner à la gorge et à la poitrine.

Dans ma promenade dans les rues du faubourg Saint-Germain, j'ai été

frappé de leur contraste avec celles de mon quartier d'aujourd'hui,

qui, j'espère, ne le sera plus dans quelques mois...

J'ai rencontré le bon Gaubert[399], vieilli et souffrant.

Bornot m'écrit pour m'engager à aller à Valmont.

*

_Dimanche_ 13 _septembre._--J'ai été voir Guillemardet vers onze

heures, et suis resté jusque deux heures et demie.

J'ai été ensuite au Musée. Deux ou trois jours auparavant j'y

avais fait une séance. Je prise beaucoup la salle de l'École

française moderne. Elle paraît bien supérieure à ce qui l'a précédée

immédiatement. Tout ce qui a suivi Lebrun et surtout le dix-huitième

siècle tout entier n'est que banalité et pratique. Chez nos modernes,

la profondeur de l'intention et la sincérité éclatent jusque dans

leurs fautes. Malheureusement, les procédés matériels ne sont pas

à la hauteur de ceux des devanciers. Tous ces tableaux périront

prochainement.

*

15 _septembre._--Je vais à pied voir Périn[400] vers trois heures, et

je reviens de même sans trop de fatigue. J'ai été bien heureux de le

revoir. Il était venu souvent en mon absence. Je l'aime beaucoup, et je

crois qu'il éprouve pour moi le même sentiment. Cela est rare à notre

âge. Le bon Guillemardet de même.

*

Journal de Eugène Delacroix, Tome 3 (de 3) 1855-1863 · 第 67 / 104 题