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26 _juillet._--Voir _Mirrha_ avec le cousin. Cette Ristori est vraiment
pleine de talent; mais que ces pièces sont ennuyeuses!
Je souffre horriblement de la chaleur et de cet ennui. La fatigue de
mes journées employées à l'église[82] est un peu cause de ce malaise,
le soir. J'ai fait tout gratter et j'emplâtre, pour ainsi dire à la
truelle, non seulement les parties creusées, mais toutes les parties
des figures destinées à être lumineuses, telles que chairs, draperies.
Les tableaux y gagneront, mais j'ai failli y prendre la colique des
peintres.
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29 _juillet._--Journée insipide, faute de m'être mis à faire quelque
chose de bonne heure; je dîne au Palais-Royal avec le cousin, dans ce
même salon où je dînai un jour avec Rivet, Bonington[83] et compagnie.
Il fut beaucoup question de la D...
Le cousin me conte l'histoire des Vauréal; le père de celui que je
connais aurait été un comte de Vauréal; c'était un roturier, bossu
et assez disgracié, mais capable d'aimer, puisqu'il s'était épris
de la Menard, danseuse célèbre et que le comte d'Artois, je crois,
favorisait. Le comte était mal reçu de la dame; mais le prince lui
ayant conseillé de s'humaniser quelque peu, elle déclara à son
soupirant qu'elle ne pouvait lui appartenir que quand elle serait
comtesse de Vauréal. Le mariage se fait; le soir des noces, la mariée
disparaît. Elle ne revient sur l'eau qu'à la mort du comte de Vauréal
et pour entrer en usufruit des biens; le comte avait un fils qui
s'arrange tellement quellement avec sa belle-mère. Elle le maria à la
fille d'un colonel Bonneval, mais avec interdiction de coucher avec sa
femme, laquelle n'aurait eu la possession de son mari qu'à la mort de
la Menard. C'est du père ou du grand-père Vauréal que _mon_ grand-père,
qu'on appelait le _grand Claude_, aurait été régisseur; leurs biens
étaient considérables. Ils auraient, je crois, appartenu à l'évêque de
Reims.
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30 _juillet._--Je vais, à cinq heures, chez le cousin. Trouvé Mme
Dufays, et Mme Cavé qui survient. Je la retrouve le soir, en faisant
une promenade, assise près de la Madeleine et en société d'une petite
qu'elle a prise chez elle et à qui elle sert de mentor.
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31 _juillet._--Dîné chez Pastoret[84] avec Mercey[85], Viollet-le-Duc,
Damas-Hinard[86], etc., etc. Belle galerie pour les tableaux. Je
reviens avec Hittorf[87].
[76] C'est une des premières œuvres de Delacroix que le _Catalogue
Robaut_ date de 1823. (Voir n° 67.)
[77] _M. de Cadillan_, secrétaire de Berryer.
[78] _Pierre Huber_ (1777-1840), naturaliste suisse.
[79] La plupart des croquis de Malesherbes et d'Augerville, cités ici,
sont consignés dans un album de Delacroix, qui fit partie, sous le n°
664 _bis_, de la vente posthume, et fut adjugé au sculpteur Carpeaux
pour 120 francs. Ce petit album in-12 oblong démontre la suite d'idées
du maître, car, de 1854 à 1859, il emporta ce carnet chaque fois qu'il
se rendit en villégiature chez Berryer.
[80] La _Gazza ladra._
[81] Le commandant _Delacroix_ figure comme légataire dans le testament
d'Eugène Delacroix, qui laissa à son cousin divers souvenirs de famille.
[82] L'église _Saint-Sulpice_, dont il ne termina la décoration
(première chapelle à droite en entrant) qu'en 1857. (Voir _Catalogue
Robaut_, nos 1328 à 1345.)
[83] _Bonington_ était entré en 1819 dans l'atelier de Gros, où il
rencontra le baron Rivet, qui devint son ami. C'est de la même époque
que date aussi son intimité avec Delacroix.
Delacroix professait la plus grande estime pour le talent de Bonington.
Dans une lettre adressée à Soulier en 1831, il écrit: «J'ai eu
quelque temps Bonington dans mon atelier. J'ai bien regretté que tu n'y
sois pas. Il y a terriblement à gagner dans la société de ce luron-là,
et je te jure que je m'en suis bien trouvé.» (_Corresp._, t. I, p. 116.)
[84] Le marquis _de Pastoret_ (1791-1857), homme politique et
littérateur, fut successivement auditeur au Conseil d'État sous le
premier Empire, puis membre du Conseil général et du Conseil d'État
sous la Restauration. Il refusa de reconnaître le gouvernement de la
monarchie de Juillet, et resta jusqu'en 1852 un des représentants les
plus autorisés du parti légitimiste. Rallié à l'Empire, il devint
sénateur et fut appelé en 1855 à faire partie de la Commission
municipale.
[85] _Frédéric Bourgeois de Mercey_ était alors attaché au ministère
d'État comme directeur des Beaux-Arts et chargé de diriger avec le
comte _de Chennevières_ l'organisation de la section des Beaux-Arts à
l'Exposition universelle de 1855.
[86] _Damas-Hinard_ (1805-1891), littérateur, auteur de travaux
littéraires appréciés, notamment du _Dictionnaire Napoléon_, et de
traductions fort estimées des grands écrivains espagnols. En 1848 il
fut nommé bibliothécaire du Louvre, et devint en 1853 secrétaire des
commandements de l'Impératrice.
[87] _Jacques-Ignace Hittorf_ (1792-1867), né à Cologne, architecte,
élève de Percier. On lui doit, indépendamment de nombreux monuments,
qui témoignent de son réel mérite et de son érudition, les
embellissements des Champs-Élysées, de la place de la Concorde, de
l'avenue de l'Étoile. Ce fut lui qui traça, en qualité d'architecte de
la ville de Paris et du Gouvernement, les plans des immenses travaux
du bois de Boulogne et des deux lacs. Il faisait partie depuis 1853 de
l'Académie des Beaux-Arts.
* * * * *
2 _août._--Dîné chez Poinsot avec Chabrier, sa femme, l'amiral
Deloffre[88], d'Audiffret, etc.
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3 _août._--Au conseil, qui se tient dans l'anti-chambre, sur le quai:
aux tentures orange, avec les peintures de Court.
Je vais ensuite à l'Industrie; je remarque cette fontaine jaillissante
de fleurs gigantesques imitées.
La vue de toutes ces machines m'attriste profondément. Je n'aime
pas cette matière qui a l'air de faire, toute seule et abandonnée à
elle-même, des choses dignes d'admiration.
En sortant, je vais voir l'exposition de Courbet, qu'il a réduite à
dix sous. J'y reste seul pendant près d'une heure et j'y découvre un
chef-d'œuvre[89] dans son tableau refusé; je ne pouvais m'arracher
de cette vue. Il y a des progrès énormes, et cependant cela m'a fait
admirer son _Enterrement._ Dans celui-ci, les personnages sont les uns
sur les autres, la composition n'est pas bien entendue; il y a de l'air
et des parties d'une exécution considérable: les hanches, la cuisse
du modèle nu et sa gorge; la femme du devant qui a un châle; la seule
faute est que le tableau qu'il peint fait amphibologie: il a l'air
d'un _vrai ciel_ au milieu du tableau. On a refusé là un des ouvrages
les plus singuliers de ce temps; mais ce n'est pas un gaillard à se
décourager pour si peu.
J'ai dîné à l'Industrie entre Mercey et Mérimée; le premier pense comme
moi de Courbet; le second n'aime pas Michel-Ange!
Détestable musique moderne par les chœurs chantants qui sont à la
mode.
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11 _août._--À Montreuil, pour le mariage de la fille aînée de Rivet.
Ce bon ami a paru heureux de me voir; j'ai revu avec beaucoup de
plaisir sa mère, si aimable et de si bonne et ancienne manière; causé
de la couleur avec M. Pierre Rivet, mon ancien élève: il me recommande
l'orpin jaune[90].
Vu là Colin[91] et revenu avec Riesener.
Je dînais chez Chabrier; Vieillard y était, et Poinsot qui a été
aimable. J'étais fatigué de ma journée: ce sont trop d'allées et venues
pour une petite constitution.
Poinsot nous raconte que Charles[92], le physicien, se trouvant traqué
pendant la Révolution et n'ayant que cinq ou six sous à dépenser pour
sa nourriture, ne vécut pendant un mois que de pain et d'eau; au bout
d'un mois, il s'aperçut qu'il perdait sensiblement des forces; il y
joignit alors du fromage, et les forces lui revinrent.
--Penser à trouver une palette qu'on puisse mettre dans l'eau.
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12 _août._--Mon cher Guillemardet vient dîner avec moi. Causerie sans
fin à table et promenade sur le boulevard jusqu'à onze heures.
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15 _août._--Le matin, déjeuné à l'Hôtel de ville et au _Te Deum_
ensuite. Grande impression de cette foule en robe de toutes couleurs
et en habits brodés: la musique, l'évêque, tout cela est fait pour
émouvoir; l'église m'a paru, comme toujours, une des mieux faites pour
élever et frapper.
Réception chez l'Empereur.
Rentré fatigué; le soir, promenade solitaire faite avec beaucoup de
plaisir; je m'amuse des illuminations; je crois que c'est la première
fois que la foule ne me cause pas d'ennuis.
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18 _août._--Arrivée de la reine d'Angleterre. Je sors de l'église vers
trois heures pour rentrer chez moi. Point de voiture! Paris est fou
ce jour-là; on ne rencontre que corps de métiers, femmes de la halle,
filles vêtues de blanc, tout cela bannière en tête et se poussant pour
faire bonne réception.
Le fait a été que personne n'a rien vu, la Reine étant arrivée à la
nuit; je lai regretté pour toutes ces bonnes gens qui y allaient
de tout leur cœur; j'étais invité par Pastoret à aller voir le
cortège chez lui; j'ai trouvé là Feuillet[93], Beauchesne[94], qui m'a
recommandé son fils, candidat aux bourses de l'école de Saint-Cyr[95].
Revenu au milieu d'une cohue épouvantable.
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23 _août._--Bal à l'Hôtel de ville pour la reine d'Angleterre; chaleur
affreuse.
J'y trouve Alberthe et sa fille; j'ai fait le tour de l'Hôtel de ville
deux ou trois fois pour conquérir un verre de punch; j'étais glacé,
tant j'étais baigné de sueur. Quelles insipides réunions!
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