Après le dîner, Mlle Euterpe fut se camper auprès de sa chère

mère; moi j'allai roucouler d'amoureux hochets qui furent

reçus avec humanité et condescendance: somme toute, au bout de

quinze jours, on nous maria, en m'avantageant de vingt mille

livres de rente par contrat. Me voilà donc époux d'Euterpe. La

mère donna à sa bien-aimée sa bénédiction et le baiser de

paix; ma chaste épouse fut se mettre entre deux draps, les

talons dans le cul, comme cela se pratique par modestie. Une

partie de la noce était dans les chambres voisines; les jeunes

gens surtout, pour qui c'est une aubaine, me firent compliment

sur mon bonheur futur, me souhaitèrent bonne chance et se

mirent en embuscade.

Je me campai à côté de ma charmante, qui versait de grosses

larmes. -- Madame, lui dis-je, le mariage où nous nous sommes

engagés est un état _pénible_, une voie _étroite_, mais qui mène

au bonheur; il n'est point de roses sans épines, et c'est moi,

votre époux, qui doit les arracher. Le créateur nous a réunis

pour que nos deux moitiés ne fissent qu'un tout. Afin de mieux

consolider son ouvrage, il a fait présent à l'homme, chef de

son épouse, d'une cheville... Tâtez plutôt (je lui porte la

main là, et la masque retire la patte comme si elle avait bien

peur). Or, cet instrument doit trouver son trou: ce trou est

en vous; permettez que je le cherche et que je le bouche...

Alors, d'un bras vigoureux je prends ma chrétienne; elle serre

les cuisses; j'y mets un genou comme un coin, elle me fout des

coups de poing par manière de résistance; enfin, elle fait

semblant de se trouver mal; elle allonge les jambes, lève le

cul; je frappe à la porte... Ah! foutre! Ah! sacredieu! Mort

de ma vie! -- Quoi donc? Comment, bourreau! Deux pieds de

cornes... je suis étranglé... elle est ouverte, à deux

battants encore! Ah! chienne! Ah! carogne! Et tu défendais la

brèche... Foutue garce!... Je la cogne; elle m'égratigne, elle

hurle, je jure en frappant toujours; la mère arrive, écumant

de rage; je saute à bas du lit, et je me sauve. Mes amis,

rangés en haie, me demandent, avec une maligne inquiétude, si

je me trouve mal, si je veux un verre d'eau... Je veux le

diable qui m'emporte loin d'ici!... Un instant après, ma

belle-mère rentre, et d'un ton de sénateur: mon gendre, je

sais ce que c'est. -- Comment, ventredieu! je le sais bien

aussi, moi, et que trop.

-- Non, ce n'est rien; le premier jour de mes noces il m'en

arriva autant. -- Ah! la foutue famille! -- Rassurez-vous, c'est

une enfant qui ne sait pas ce que c'est, elle s'y fera; allez

vous remettre auprès d'elle, et prenez-la par la douceur. -- La

rage qui m'étouffait m'avait empêché de l'interrompre, mais à

cette douce invitation, je m'écrie: moi y retourner! Que le

jeanfoutre qui l'a commencée la rachève... Ah! foutre! c'est

une ânesse ou une jument, tant elle est large. -- (Mme de

L'Hermitage fronce le sourcil). Mon gendre, je comprends,

c'est que vous ne pouvez pas. -- Comment! foutre! madame, je ne

peux pas! Eh! sacredieu! la besogne n'est pas dure, on y

passerait en carrosse...

La vieille fée se fâcha; je manquai la foutre par la fenêtre,

et je sortis pour jamais de ce maudit lieu.

O rage! ô désespoir! moi la terreur des maris, moi la perle

des fouteurs, me voilà coiffé d'un panache à la mode... Coa,

coa! en herbe!... Coa, coa! en herbe, ventre et dos, et par

une guenon, une maritorne!... Où fuir? où me cacher?... Les

épigrammes vont m'assassiner.

Ce n'est pas tout. Le lendemain, un homme en noir demande à me

parler. Au milieu de beaucoup de révérences, il me signifie un

petit papier... -- Monsieur, vous vous trompez. -- Non,

monsieur, me dit le normand. -- Mais de qui cela vient-il?

De haute et puissante Demoiselle Euterpe de L'Hermitage, votre

légitime épouse. -- Comment, ce coquin! foutre! si tu ne

sors... Il était déjà parti, et court encore... Eh bien! la

bougresse me faisait sommation de la traiter maritalement,

sans quoi l'on m'annonçait bénignement que l'on demanderait

séparation. Je cours chez mon procureur; je consulte, nous

plaidons pendant trois mois: on me tympanise; enfin je suis

contraint d'abandonner dix mille livres de rentes de mes vingt

constituées, et l'on me déclare père d'un individu (quelque

sapajou sans doute) dont ma bougresse était grosse; encore

n'était-ce pas le premier.

Furieux, désespéré, je pars pour le pays étranger, et

j'abandonne à jamais cette terre maudite où je pourrais

rencontrer tant d'objets déplaisants.

Sort, foutu sort plein de rigueur! Quoi, moi, j'éprouverai tes

caprices, tes bizarreries! Voilà donc le fruit de mes belles

résolutions! Tous mes projets aboutiraient à la parure de

Moïse! Fuyez, foutez le camp, rêves atrabilaires, songes creux

de mon imagination bilieuse... Non, non, mesdames, vous ne

tiendrez point mon chef dans vos cuisses maudites; jamais un

con marital ne m'enverra de vapeurs cornifères. Au foutre la

_conversion!_ Mais, dans mon humeur de vengeance, je foutrai la

nature entière, j'immolerai à mon priape jusqu'à des pucelages

(si tant est qu'il en existe); par moi, légions de cocus

peupleront les palais, les champs et les cités; j'usurperai

jusqu'aux droits de notre bonne mère la sainte église. Point

de fouteuse de prélat, point de monture de curé que je

n'enfile sur tous les sens (pour leur conserver l'habitude)

jusqu'à ce que, rendant dans les bras paternels de M. Satan

mon âme célibataire, j'aille foutre les morts!

Ma conversion; ou le libertin de qualité · 第 9 / 9 段