M. BESSON AU PRINCE DE TALLEYRAND[459].

[459] Voir page 409.

[_Particulière._]

Bruxelles, le 25 décembre 1830, à minuit.

Mon prince,

M. Van de Weyer se trouvait à Paris lorsque le protocole du 20

décembre y est arrivé. M. le comte Sebastiani le lui a communiqué. La

peur lui a pris aussitôt, et il est revenu ici en toute hâte. Il

s'imaginait tout perdu. Si nous avions parlé de Luxembourg, et il l'a

dit à Paris, nous n'avions parlé de rien. Mais M. le comte Sebastiani

l'a autorisé a faire connaître au congrès que l'indépendance avait été

déclarée en principe par la conférence de Londres, et il doit

l'annoncer demain; puis, aussitôt après, il se mettra en route pour

aller vous trouver avec d'amples pouvoirs. Nous ne paraîtrons pas dans

tout cela. Il faut en finir avec ce pays, mon prince; d'un instant à

l'autre, par le plus léger accident, il peut nous échapper et

s'abandonnera quelque résolution désastreuse.

A Paris, M. Van de Weyer a abordé la question du prince. Il a demandé

le duc de Nemours. On ne lui a rien dit du prince Léopold. On a voulu

savoir si un prince de Naples ou un prince de Bavière pourrait

prendre. Il n'y a rien eu de convenu. Qui que ce soit, qu'on le leur

donne vite; il n'y a pas un moment à perdre. A chaque embarras qui se

présente, leur grand argument pour s'en tirer est de prendre la

cocarde tricolore. Le pays, sans le Luxembourg, serait trop incomplet.

Il faut lui faire un sort supportable si l'on veut qu'il y tienne et

qu'il ne reste pas disposé à se donner à son voisin.

M. Sebastiani m'écrit aujourd'hui en propres termes que si le roi de

Hollande ne lève pas le blocus de bonne grâce, la France se chargera

de le lui faire lever de force. Soit, mais si l'on en vient là, il

serait à désirer que l'Angleterre fût de moitié dans l'exécution de

ces mesures coercitives. Il y aurait danger à nous en charger seuls.

J'envoie ce soir par courrier à M. de La Rochefoucauld[460] une

dépêche du ministre, qui le charge de faire connaître au gouvernement

hollandais ces dispositions du gouvernement du roi. C'est à cette

extrémité peut-être que le roi Guillaume a voulu amener les choses.

[460] Le comte Polydore de la Rochefoucauld premier secrétaire à

La Haye.

J'ai reçu, mon prince, après vos deux lettres du 25, celle que vous

m'avez fait l'honneur de m'écrire le 16. Je me résigne à rester

puisque vous le désirez. Mais nous sommes loin du but encore, et je ne

vous reverrai de longtemps.....

... Daignez agréer, mon prince, l'assurance de mon plus respectueux

dévouement.

* * * * *

Mémoires du prince de Talleyrand, Volume 3 · 第 133 / 145 题