LE PRINCE DE TALLEYRAND A MADAME ADÉLAÏDE[458].

[458] Voir page 420.

Mardi, 14 décembre 1830.

Je viens d'avoir une conversation intéressante avec lord Palmerston:

«Voilà, lui ai-je dit, l'armistice près d'être conclu; il me semble

qu'il est temps d'aborder la grande question du souverain de la

Belgique.» Il s'y est montré fort disposé et même assez préparé.

Beaucoup de noms ont été proposés; plusieurs, comme celui du prince

Paul de Wurtemberg, n'ont pas même été discutés.--«Vous ne voulez pas

de l'archiduc Charles?» Je lui ai dit qu'il était dans mes exclusions

ainsi que le duc de Leuchtenberg, et que s'il me pressait un peu,

j'excluerais même M. de Mérode. J'ai dû alors lui dire: «Les Belges

pensent beaucoup à M. le duc de Nemours, mais le roi veut détourner

cette proposition. Je ne sais pas s'il y réussira, mais je l'espère.

En tout, il est dans une situation singulière: il est obligé

d'employer, pour refuser, toute la volonté et tout l'art que d'autres

mettent pour obtenir.--Il serait difficile de faire adopter par les

puissances M. le duc de Nemours, m'a dit lord Palmerston, mais

cherchons quelqu'autre qui pourrait par un mariage rassurer tout le

monde.--Ce que j'appelle tout le monde, lui ai-je dit, c'est vous et

nous.» Tout cela nous rapprochait beaucoup du prince Léopold qui

épouserait une de nos princesses, et dont le nom a été prononcé par

lord Palmerston. J'ai montré un peu d'étonnement, comme si cette idée

ne m'était jamais venue; mais mon étonnement avait un peu l'air d'une

découverte heureuse. J'ai dû dire que j'écrirais aujourd'hui à Paris

toute cette conversation et que nous la reprendrions bientôt.

Voilà où en sont les choses. Il est clair que la Belgique, donnée au

prince Léopold qui épouserait une princesse de France, paraîtrait aux

Anglais un arrangement qui pourrait se faire. Je crois, si cette idée

vous plaisait, qu'il faudrait que la proposition fût faite à la

conférence par lord Palmerston, et je me chargerais de la lui faire

faire. Si vous pensez autrement, ordonnez. Je crois que l'on fera ce

qui vous conviendra davantage...

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Mémoires du prince de Talleyrand, Volume 3 · 第 132 / 145 题