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Mardi, 14 décembre 1830.
Je viens d'avoir une conversation intéressante avec lord Palmerston:
«Voilà, lui ai-je dit, l'armistice près d'être conclu; il me semble
qu'il est temps d'aborder la grande question du souverain de la
Belgique.» Il s'y est montré fort disposé et même assez préparé.
Beaucoup de noms ont été proposés; plusieurs, comme celui du prince
Paul de Wurtemberg, n'ont pas même été discutés.--«Vous ne voulez pas
de l'archiduc Charles?» Je lui ai dit qu'il était dans mes exclusions
ainsi que le duc de Leuchtenberg, et que s'il me pressait un peu,
j'excluerais même M. de Mérode. J'ai dû alors lui dire: «Les Belges
pensent beaucoup à M. le duc de Nemours, mais le roi veut détourner
cette proposition. Je ne sais pas s'il y réussira, mais je l'espère.
En tout, il est dans une situation singulière: il est obligé
d'employer, pour refuser, toute la volonté et tout l'art que d'autres
mettent pour obtenir.--Il serait difficile de faire adopter par les
puissances M. le duc de Nemours, m'a dit lord Palmerston, mais
cherchons quelqu'autre qui pourrait par un mariage rassurer tout le
monde.--Ce que j'appelle tout le monde, lui ai-je dit, c'est vous et
nous.» Tout cela nous rapprochait beaucoup du prince Léopold qui
épouserait une de nos princesses, et dont le nom a été prononcé par
lord Palmerston. J'ai montré un peu d'étonnement, comme si cette idée
ne m'était jamais venue; mais mon étonnement avait un peu l'air d'une
découverte heureuse. J'ai dû dire que j'écrirais aujourd'hui à Paris
toute cette conversation et que nous la reprendrions bientôt.
Voilà où en sont les choses. Il est clair que la Belgique, donnée au
prince Léopold qui épouserait une princesse de France, paraîtrait aux
Anglais un arrangement qui pourrait se faire. Je crois, si cette idée
vous plaisait, qu'il faudrait que la proposition fût faite à la
conférence par lord Palmerston, et je me chargerais de la lui faire
faire. Si vous pensez autrement, ordonnez. Je crois que l'on fera ce
qui vous conviendra davantage...
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