LE PRINCE DE TALLEYRAND A LA PRINCESSE DE VAUDÉMONT[443].

[443] Voir page 348.

Londres, 19 octobre 1830.

J'arrive de la campagne; j'ai profité du beau soleil que nous avons

ici pour aller chez lady Jersey: le duc y était, et quand il n'est pas

à Londres la présence des ambassadeurs n'est pas de rigueur. Aussi

Matusiewicz y était-il.

Vous avez enfin la reconnaissance de Pétersbourg: je crois que Pozzo

aurait autant aimé qu'elle nous arrivât la première, mais le retard ne

nous aura pas été préjudiciable...

Je suppose que dans le cabinet de M. Molé l'Angleterre n'est pas très

à la mode: c'est Pozzo qui l'a fait ministre. Je crois du reste qu'il

se servira utilement de son influence pour l'établissement de notre

gouvernement. Pozzo est homme d'esprit, et aimerait bien à conserver à

Paris les conférences d'où sortira le sort de la Belgique. Le duc de

Wellington désire vivement qu'elles se passent ici, et il a raison:

les ministres qui sont ici sont sous son influence, et le duc a un

autre nom en Europe que Pozzo et Molé. Aussi finirons-nous en quinze

jours, peut-être en moins de temps, toute cette grande affaire qui, si

elle tourne mal, embraserait l'Europe: car il ne faut pas se

dissimuler que c'est l'Angleterre qui a déterminé la reconnaissance de

Pétersbourg. Du reste, je ne me mêle pas de cela, parce que j'aurais

l'air d'y être intéressé, mais Stuart est placé pour dire de grosses

et fortes vérités à cet égard: vous pouvez lui en parler.

En réduisant les choses au plus simple, si les conférences ont lieu à

Paris, c'est Pozzo qui aura la grande main; si elles sont ici, c'est

le duc de Wellington qui est plus intéressé à ce qu'il s'établisse un

bon ordre de choses en Belgique qu'aucun autre.

Adieu: je vous prie de bien lire cette lettre et de la brûler.--Mon

opinion fixe est que l'intérêt de la France (et c'est là ce qui fixe

mon opinion) est que cette grande affaire se décide ici.

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Mémoires du prince de Talleyrand, Volume 3 · 第 117 / 145 题