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Londres, 19 octobre 1830.
J'arrive de la campagne; j'ai profité du beau soleil que nous avons
ici pour aller chez lady Jersey: le duc y était, et quand il n'est pas
à Londres la présence des ambassadeurs n'est pas de rigueur. Aussi
Matusiewicz y était-il.
Vous avez enfin la reconnaissance de Pétersbourg: je crois que Pozzo
aurait autant aimé qu'elle nous arrivât la première, mais le retard ne
nous aura pas été préjudiciable...
Je suppose que dans le cabinet de M. Molé l'Angleterre n'est pas très
à la mode: c'est Pozzo qui l'a fait ministre. Je crois du reste qu'il
se servira utilement de son influence pour l'établissement de notre
gouvernement. Pozzo est homme d'esprit, et aimerait bien à conserver à
Paris les conférences d'où sortira le sort de la Belgique. Le duc de
Wellington désire vivement qu'elles se passent ici, et il a raison:
les ministres qui sont ici sont sous son influence, et le duc a un
autre nom en Europe que Pozzo et Molé. Aussi finirons-nous en quinze
jours, peut-être en moins de temps, toute cette grande affaire qui, si
elle tourne mal, embraserait l'Europe: car il ne faut pas se
dissimuler que c'est l'Angleterre qui a déterminé la reconnaissance de
Pétersbourg. Du reste, je ne me mêle pas de cela, parce que j'aurais
l'air d'y être intéressé, mais Stuart est placé pour dire de grosses
et fortes vérités à cet égard: vous pouvez lui en parler.
En réduisant les choses au plus simple, si les conférences ont lieu à
Paris, c'est Pozzo qui aura la grande main; si elles sont ici, c'est
le duc de Wellington qui est plus intéressé à ce qu'il s'établisse un
bon ordre de choses en Belgique qu'aucun autre.
Adieu: je vous prie de bien lire cette lettre et de la brûler.--Mon
opinion fixe est que l'intérêt de la France (et c'est là ce qui fixe
mon opinion) est que cette grande affaire se décide ici.
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