LE PRINCE DE TALLEYRAND A MADAME ADÉLAÏDE[434].

[434] Voir pages 329, 340, 343.

Londres, 7 octobre 1830.

Mademoiselle doit, je pense, être frappée de l'amélioration de notre

position, car les nouvelles de France me paraissent telles que nous

pouvons le souhaiter pour l'intérieur et l'état du dehors que je puis

juger ici me semble dans la route qui doit convenir au roi: il

s'améliore chaque jour. Son ambassadeur jouit ici d'une considération

que n'avaient pas ceux de Charles X. Les prévenances pour notre

ambassade arrivent de partout. Les dires qui circulent si abondamment

à Londres sur les plus petites comme sur les plus grandes choses,

depuis les clubs jusqu'aux salons, sont de nature à nous prouver que

nous avons pris la vraie route des affaires et de la société. La

question de la Belgique est dans la voie où elle doit être pour éviter

la guerre. Chaque jour amène un progrès en ce sens, mais si l'on

voulait forcer par une hâte importune la marche du cabinet anglais, si

on ne laissait pas le temps émousser ce qui est un peu anguleux, on

ferait, je crois, de la moins bonne besogne. Je trouve à cet égard les

affaires étrangères un peu trop pressées.

Voilà toutes les reconnaissances que le temps et la réflexion ont fait

arriver. La Prusse et l'Autriche se placent sous l'influence et

l'impulsion anglaises dans toutes les complications belges, et cette

influence-là sera favorable à la conservation de la paix. Je regarde

cela comme un bienfait du temps: il fallait lui laisser faire tout son

effet, permettre aux esprits de revenir de leur première surprise; il

fallait que quelques préventions s'effaçassent, et, surtout, il

fallait laisser à notre gouvernement le temps de rassurer par ses

actes le dehors qui était si disposé à nous croire voisins de

l'anarchie. Il n'y a pas de démarche qui n'eût été fâcheuse si elle

avait été faite à travers de l'effervescence des clubs. Maintenant les

choses sont placées où elles doivent l'être et je crois qu'ici nous

avons fait ce qu'il y avait de plus commode pour le gouvernement

français en faisant arriver de Londres des ouvertures d'intelligence.

L'initiative de notre part me paraissait devoir nous mettre moins à

l'aise, et je regrette que l'on en ait jugé autrement à Paris. J'ai

trouvé un peu de jeunesse dans la démarche qui a été faite directement

par M. Molé au duc de Wellington, et que je n'ai connue que par lui:

il s'est par là exposé à trouver prise depuis deux jours la

détermination qui en était l'objet. Du reste, c'est fait et il ne faut

jamais revenir sur ce qui est fait.

Ma présentation a eu lieu hier: j'ai eu tout sujet d'en être satisfait

et le discours que Mademoiselle connaissait a été fort approuvé, même

dans l'intérieur du roi. Je crois que l'impression en plaira à Paris.

Parlant au nom de notre roi et de la France, je me suis retrouvé avec

ma voix de l'Assemblée constituante.

Mademoiselle me permettra de la quitter pour le soleil qui est si rare

ici, et dont je vais jouir quelques moments.

_P.-S._--J'envoie pour Mademoiselle toute seule la copie d'une lettre

que j'écris aujourd'hui à M. Molé. C'est une lettre toute particulière

qui tient à ce que j'ai cru utile de faire finir quelques dispositions

à aigreur que je veux toujours éviter[435].

[435] Voir cette lettre page 344.

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Mémoires du prince de Talleyrand, Volume 3 · 第 112 / 145 题