LE PRINCE DE TALLEYRAND A MADAME ADÉLAÏDE[432].

[432] Voir page 357.

Londres, 2 octobre 1830.

Mademoiselle m'a ordonné de lui écrire, j'obéis.

Ma traversée a été mauvaise, mais deux heures après, je n'y pensais

plus.

Londres, au premier aspect, m'a paru beaucoup plus beau que je ne

l'avais laissé; il y a des quartiers absolument neufs. Mademoiselle ne

le reconnaîtrait pas. La population en est fort augmentée; il y a

aujourd'hui quinze cent mille âmes, si l'on peut désigner par âmes les

égoïstes qui l'habitent. J'y ai trouvé à mon grand étonnement le 24

septembre un assez beau soleil; les ministres en avaient profité pour

aller à la campagne; je voudrais bien que les nôtres et surtout le roi

pussent quelquefois en faire autant.

Charles X doit quitter le bord de la mer: il accepte la superbe maison

de lord Arundel, qui est à cinquante milles environ dans les terres:

le gouvernement anglais lui avait fait insinuer qu'en résidant si près

de la mer, il donnerait prétexte à beaucoup d'intrigants de s'établir,

par des passages souvent répétés, comme chargés de commissions qu'ils

n'auraient jamais reçues. C'est du duc de Wellington que je tiens ce

petit détail. Le gouvernement anglais est sur cette question très

loyal.

Charles X a écrit à Vienne pour demander à résider dans les États

héréditaires; on ne connaît pas encore la réponse qui lui a été faite.

Je crois aujourd'hui le duc très convaincu que le mouvement français

de la fin de juillet n'a été conduit par personne, que l'indignation a

été le lien général, qu'il n'y a pas eu une seule intrigue; que M. le

duc d'Orléans a été forcé d'accepter la lieutenance générale du

royaume, et plus tard la couronne; qu'en l'acceptant, il a rempli un

devoir, et qu'en remplissant ce devoir il a rendu un service essentiel

à toute l'Europe.

Le roi a ici beaucoup d'admirateurs et beaucoup de personnes qui

l'aiment; son éloge est dans toutes les bouches...

Le vœu de tous nos partisans à têtes politiques est que le ministère

reste et que la Chambre ne soit pas dissoute. Ce que je dis là, je

l'ai recueilli chez nos amis les plus chauds...

... On ne me tient pas assez informé des nouvelles de Belgique. Ce que

j'apprends à cet égard me vient toujours par le cabinet anglais.

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Mémoires du prince de Talleyrand, Volume 3 · 第 109 / 145 题