SIRE,

Un ancien chambellan de Bonaparte, qui, ayant accompagné ici

l'archiduchesse Marie-Louise, était devenu chambellan de l'empereur

François, et était depuis quelque temps retourné à Paris[228], en a

été dernièrement expédié avec une lettre de Bonaparte, pour

l'empereur, et une de M. de Caulaincourt pour M. de Metternich. A la

faveur de son titre de chambellan autrichien, il est arrivé jusqu'à

Munich, mais il y a été arrêté, et les lettres dont il était porteur

ont été envoyées ici. Ces lettres réclament l'une et l'autre, pour des

motifs différents, le retour de l'impératrice et de son fils. Le ton

que prennent Bonaparte et son ministre est celui de la modération et

de la sensibilité. Les lettres sont restées cachetées jusqu'au moment

de la conférence, et elles ont été ouvertes en présence des ministres

des puissances alliées; on est convenu de n'y point répondre;

l'opinion a été unanime. Ainsi Votre Majesté voit que toutes les

tentatives de Bonaparte pour établir[229] des relations de quelque

nature qu'elles soient avec les puissances étrangères sont repoussées

et restent sans fruit.

[228] C'est le baron de Stassart. Né en 1780 à Malines, il avait

été sous l'empire auditeur au conseil d'État, puis intendant du

Tyrol (1805) et de la Prusse occidentale (1807). En 1810, il fut

nommé préfet de Vaucluse et en 1811, des Bouches de la Meuse.

Après la chute de Napoléon, il fut reçu par l'empereur d'Autriche,

dont il était né le sujet et qui le nomma chambellan. De retour à

Paris pendant les Cent-jours, il en repartit le 17 avril pour

Vienne avec des dépêches de Napoléon. Il fut arrêté à Lintz, et se

retira à Weltz d'où il envoya ses dépêches à Vienne. Il rentra

dans sa patrie après Waterloo, et fut plusieurs fois élu aux états

généraux. Sous le règne du roi Léopold, il devint président du

Sénat.--C'est par erreur que M. de Talleyrand le qualifie d'ancien

chambellan de Napoléon. M. de Stassart ne fut jamais revêtu de

cette charge.

[229] Variante: _obtenir_.

Les ministres anglais auxquels je m'étais adressé pour subvenir aux

besoins pécuniaires de l'ambassade de Votre Majesté au congrès, et qui

s'étaient montrés faciles à cet égard, ont reçu des lettres de leur

gouvernement qui ne les autorisent qu'à avancer une somme de cent

mille francs dans un cours de six mois.

Les crédits que nous avions sur France, et qui étaient loin d'être

épuisés, ont été suspendus à la date du 21 mars. Cette disposition

porte à notre charge des dépenses faites et qui devaient être

acquittées au 1er avril. Les personnes attachées à l'ambassade n'ont

d'ailleurs point été payées à Paris depuis le mois de janvier.

La dépense la plus réduite, pour les mois d'avril et de mai, sans

pouvoir satisfaire à tout ce qui est arriéré, exigera cependant une

partie considérable de la somme qui m'est promise[230] par le

ministère britannique; et le reste, ne pourra nous conduire qu'au

commencement d'août. A cette époque, Votre Majesté jugera quelles

dispositions il lui sera possible de prendre à cet égard.

Je suis...

[230] Variante: ... une _partie considérable_ qui _nous a été_

promise.

* * * * *

No 30_ter_.--LE ROI LOUIS XVIII AU PRINCE DE TALLEYRAND.

Gand, ce 5 mai 1815.

Mon cousin,

J'ai reçu par M. de Noailles votre numéro 52. Je joins à cette

dépêche, la proclamation que je vais publier et dont je me flatte que

les souverains seront aussi satisfaits que l'ont été les ministres

résidents auprès de moi. Mais cet objet quoique important, n'est pas

celui qui l'est le plus. Il est un autre point dans votre dépêche qui

a été depuis que je l'ai reçue et qui ne cesse pas d'être le sujet de

mes plus sérieuses réflexions[231]; pour achever de le résoudre, j'ai

besoin de sages avis et ce n'est pas par écrit qu'on peut les donner.

Je vous ai mandé de venir me joindre aussitôt que vous aurez signé, en

mon nom, l'acte final du congrès; mais je me sens aujourd'hui plus

pressé de vous revoir. Ainsi donc, à moins que cette signature ne dût

vous retarder que de deux ou trois jours au plus, partez sans

l'attendre. Il est assez indifférent que ce soit tel ou tel de mes

plénipotentiaires qui signe le traité; mais il m'importe fort de vous

avoir auprès de moi. Sur quoi, je prie Dieu, qu'il vous ait, mon

cousin, en sa sainte et digne garde.

Mémoires du prince de Talleyrand, Volume 3 · 第 74 / 145 题