J'ai remis les trois lettres que Votre Majesté avait ordonné à M. de
Jaucourt de m'envoyer. J'ose lui dire qu'il m'a paru, par quelques
questions dont l'objet était de savoir si Votre Majesté était contente
de la déclaration, que les empereurs se seraient attendus à trouver
dans ces lettres, quelques expressions de satisfaction sur cet objet.
Néanmoins, il ne me revient et par ce qu'ils disent, et par ce qu'ils
font que des preuves du grand accord qui règne maintenant entre eux,
et que je ferai tous mes efforts pour entretenir jusqu'à la fin. M.
Pozzo aura dit à Votre Majesté combien dans des circonstances moins
difficiles, on avait eu de peine à faire marcher ensemble des
intérêts qui veulent se croire différents.
Les troupes russes sont arrivées en Bohême quatre jours plus tôt
qu'elles n'y étaient attendues. Il ne serait pas étonnant que,
quoiqu'elles viennent de la Vistule, elles fussent sur le Rhin avant
ou au moins en même temps que les troupes autrichiennes. On varie ici
tellement sur la force et sur la position de l'armée qui est sous les
ordres du duc de Wellington, que je désirerais beaucoup que Votre
Majesté voulût bien ordonner à M. de Jaucourt de m'envoyer à cet égard
des informations positives et particulièrement sur l'époque où elle
pourrait entrer en France.
Le maréchal de Wrède part d'ici dans deux jours[207]. Les troupes
qu'il commande, ainsi que les troupes prussiennes sont fort animées.
[207] Variante: _Il s'arrêtera quatre jours à Munich, et se rendra
de là à son corps d'armée._
Les Autrichiens ont reçu d'Italie, en date du 7 avril, des nouvelles
dont ils sont en général contents; mais ils sont contents de peu. Leur
motif pour en être satisfaits est que le corps d'armée de Murat, après
avoir essayé sans succès de forcer la tête de pont d'Occhiobello,
s'est retiré, et toute son armée est entre Modène, Ferrare et la mer.
Le général Frimont se croyait en mesure d'attaquer vers le 12.
J'ai l'honneur d'adresser à Votre Majesté la déclaration contre Murat,
qui m'a été officiellement communiquée par M. de Metternich.
Je suis...
* * * * *
No 29_ter_[208].--LE ROI LOUIS XVIII AU PRINCE DE TALLEYRAND.
[208] M. Pallain insère ici outre la lettre nº 29 une autre lettre
du roi à M. de Talleyrand, en date du 21 avril. D'après les
numéros des dépêches du prince auxquelles le roi déclare répondre,
il est probable que la lettre du 22, seule, a été expédiée. Le
contenu est d'ailleurs presque semblable; il y a même une phrase
identique. Au surplus, voici cette lettre:
«Gand, 21 avril 1825.
»Mon cousin,
»J'ai reçu votre numéro 49 et le 38 qui y était inclus. Peu après
l'avoir expédié, vous avez dû recevoir de nos nouvelles et n'en
pas manquer depuis, mais le défaut de moyens tels que je les avais
à Paris jette nécessairement de l'inexactitude dans la
correspondance.
»Je suis impatient de recevoir la déclaration dont vous me parlez
et à laquelle, d'après votre lettre, j'espère que vous aurez
coopéré. Le chevalier Stuart vient de me dire qu'elle avait été
signée le 11. De mon côté, je m'occupe de la proclamation que je
publierai en mettant le pied en France. Je vous l'enverrai dès
qu'elle sera rédigée, et aura été vue, avant d'être arrêtée, par
le duc de Wellington et le général Pozzo di Borgo. Si les
souverains sont encore à Vienne lorsqu'elle y parviendra, j'espère
que vous lui concilierez leurs suffrages. Je ne désire cependant
pas qu'elle les y trouve; la célérité dans les opérations est la
chose de toutes la plus nécessaire; tous les rapports de
l'intérieur sont excellents, mais il ne faut pas laisser de temps
à l'ennemi.
«LOUIS.»
Gand, ce 22 avril 1815.
Mon cousin,
J'allais répondre à votre numéro 49 renfermant le numéro 38, lorsque
j'ai reçu le numéro 50 renfermant aussi le numéro 44. Vous avez[209]
sans doute influé sur la déclaration des souverains; j'espère, s'il en
est temps encore, que vous influerez aussi sur celle des généraux qui
sera une pièce bien importante. Si l'on veut qu'elle produise tout
l'effet qu'on en doit désirer, il faut que conformément à la
déclaration du 13 mars, et à l'article III du traité du 25, l'Europe
s'y déclare l'alliée du roi et de la nation française, contre
l'invasion de Napoléon Bonaparte; l'amie de tout ce qui se déclarera
pour les premiers, et l'ennemie de tout ce qui s'armera en faveur du
second; ce qui exclut à la fois toute idée de conquête et tout parti
mitoyen dont on ne doit pas même supposer la possibilité.
[209] Variante: _auriez_.
De mon côté, je m'occupe de la déclaration ou proclamation que j'aurai
à publier en remettant le pied en France. Je vous l'enverrai dès
qu'elle sera rédigée, mais je désire fort qu'elle ne vous trouve plus
à Vienne. Votre numéro 50 m'annonce la fin prochaine du congrès; il
faut sans doute que vous signiez en mon nom le traité qui le
terminera, mais il me tarde beaucoup surtout, dans les conjonctures
présentes, de vous revoir auprès de moi.
Vous savez la malheureuse issue de la courageuse entreprise de mon
neveu; vous savez que ma nièce elle-même n'a pu sauver Bordeaux[210].
L'esprit public n'en est point altéré en France; tous les rapports
sont unanimes sur ce point; l'essentiel est d'agir promptement, et
c'est bien l'opinion et le vœu du duc de Wellington.
[210] Il s'agit de M. le duc et de madame la duchesse d'Angoulême.
Je ne dirai qu'un mot sur votre numéro 38. C'est que la lettre du duc
de Campo Chiaro est bonne à conserver comme un monument de l'insigne
perfidie de son maître. Sur quoi, je prie Dieu qu'il vous ait, mon
cousin, en sa sainte et digne garde.