SIRE,

Je sors de la conférence où vient d'être signée la déclaration dont

j'avais l'honneur de parler à Votre Majesté dans ma lettre d'hier.

Elle a été rédigée ce matin dans notre conférence des cinq puissances.

Nous l'avons portée ce soir à celle des huit où elle a été adoptée. Je

m'empresse de l'envoyer à Votre Majesté. J'en adresse en même temps

des exemplaires aux préfets de Strasbourg, Besançon, Lyon, Nancy, Metz

et Châlons-sur-Marne, avec invitation de la faire imprimer et

connaître dans leurs départements respectifs et aux préfets voisins.

Je me persuade que Votre Majesté jugera convenable d'en ordonner la

publication dans tous les points du royaume. M. de Saint-Marsan, à qui

j'en ai remis une copie, l'envoie à Gênes et à Nice.

Rien ne me paraît manquer à la force que cette pièce devait avoir, et

j'espère que rien ne manquera à l'effet qu'elle est destinée à

produire, tant en France que dans le reste de l'Europe, où elle sera

répandue par toutes les voies.

L'une des sœurs de Bonaparte (Pauline Borghèse), qui de l'île d'Elbe

avait passé sur le continent de l'Italie, a été arrêtée à Lucques, et

Jérôme qui était à Trieste va être amené à Grätz[140] ainsi que

Joseph, dès que le canton de Vaud aura obtempéré à la demande que j'ai

chargé M. de Talleyrand de lui faire, conjointement avec le ministre

de Russie et celui d'Autriche qui feront la même demande. Des

officiers autrichiens et russes sont porteurs de la demande faite au

pays de Vaud, et sont chargés de conduire Joseph Bonaparte jusqu'à

Grätz.

[140] Nous n'avons trouvé confirmée nulle part cette arrestation

de la princesse Pauline, qui n'aurait d'ailleurs été qu'une

inutile violation du droit des gens. Il est au contraire avéré

qu'elle passa la durée des Cent-jours à Naples, puis à

Rome.--Quant au roi Jérôme, il se trouvait en effet à Trieste avec

la reine, lorsque, au moment d'être arrêté par la police

autrichienne, il put s'embarquer secrètement sur une frégate

napolitaine que Murat lui avait envoyée et gagner ainsi la France.

Des ordres ont été donnés pour que l'île d'Elbe soit occupée au nom

des alliés.

Ainsi, tout tend au même but, avec un concert et une unanimité dont je

ne sais s'il y a jamais eu d'exemple entre toutes les puissances.

J'ai pris des informations sur les généraux nommés au commandement du

corps placé entre Chambéry et Lyon. Les généraux Sémélé[141],

Digeon[142] et surtout le général Marchand[143] m'ont été représentés

comme dignes de toute confiance. Je n'ai vu personne qui connût le

général Roussel d'Urbal[144].

Je suis[145]...

[141] Le baron de Sémélé, né en 1773, engagé volontaire en 1792,

général de division en 1811; il accepta du service pendant les

Cent-jours, et fut pour ce fait mis en non-activité sous la

deuxième Restauration.

[142] Le vicomte Digeon né en 1771, fils d'un fermier-général,

était sous-lieutenant en 1792. Il devint général de division en

1813. En 1815, il accompagna le comte d'Artois à Lyon. Il devint

pair de France sous la deuxième Restauration, et en 1823, ministre

de la guerre. Il mourut en 1828.

[143] Jean-Gabriel comte Marchand, né en 1765, fut d'abord avocat,

puis s'engagea, devint général en 1805, et fit toutes les

campagnes de l'empire. Il commandait à Grenoble en 1815, voulut

résister à Napoléon, mais dut se retirer. Il fut traduit en 1816

devant un conseil de guerre, qui du reste l'acquitta. Toutefois,

il fut mis à la retraite. Il fut nommé pair de France par

Louis-Philippe et mourut en 1851.

[144] Nicolas-François Roussel d'Urbal, né en 1763, servit d'abord

dans l'armée autrichienne et était général-major en 1809. Admis au

service de la France en 1811, il devint général de division en

1812 et était en 1815 inspecteur général de cavalerie. Il mourut

en 1849.

[145] Variante: _P.-S.--Je crois qu'après la déclaration, il doit

y avoir un trait bien marqué qui la sépare du protocole, à la fin

duquel doivent être toutes les signatures comme elles se trouvent

dans la copie ci-jointe._

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Mémoires du prince de Talleyrand, Volume 3 · 第 44 / 145 题