SIRE,

J'ai l'honneur d'adresser à Votre Majesté les pièces annoncées par ma

dernière dépêche. Si elles ne forment pas une collection complète des

traités entre les puissances coalisées, elles en sont[81] du moins

les parties les plus importantes:

Ce sont:

Une convention échangée en forme de note, entre l'Autriche et la

Russie le 29 mars 1813, et appelée convention de Kalisch[82];

Le traité de paix et d'alliance entre la Russie et la Prusse. On l'a

souvent cité sous le nom de traité de Kalisch parce qu'il y avait été

négocié et, à ce qu'il paraît, minuté. Mais c'est à Breslau qu'il a

été signé, le 26 février 1813[83];

Le traité de Reichenbach du 27 juin même année, entre l'Autriche, la

Russie et la Prusse;

Le traité de Toeplitz du 9 septembre entre les mêmes puissances et les

articles secrets de ce traité;

Enfin, celui de Chaumont qui devait perpétuer l'alliance contre la

France pendant vingt ans après la guerre, que l'on s'était proposé de

renouveler avant l'expiration de ce terme, et qui tendait à rendre

éternelle la coalition que le traité du 3 janvier dernier a dissoute.

[81] Variante: _forment_.

[82] Convention secrète à l'effet de concerter les mouvements

militaires. Elle n'a pas été publiée.--Il est intéressant de

remarquer à propos des négociations de 1813, que l'Autriche liée à

la France par un traité d'alliance, et qui affecta jusqu'au

congrès de Prague (juillet-août 1813) une neutralité bienveillante

faisait en réalité secrètement partie de la coalition européenne

depuis le mois de mars.

[83] Le traité dit de Kalisch fut signé le 27 février et non le 26

par M. de Hardenberg, à Breslau, et le 28 à Kalisch par le prince

Koutousoff.

Il peut être agréable à Votre Majesté de parcourir ces diverses

pièces. Elle y trouvera l'explication d'une partie des difficultés

contre lesquelles nous avons eu à lutter; et la cause des embarras

que les alliés ont eux-mêmes éprouvés, particulièrement l'Autriche,

faute d'avoir fait, quand cela dépendait entièrement d'elle, des

stipulations que le sens le plus vulgaire devait lui faire considérer

comme indispensables.

Je prie Votre Majesté de vouloir bien, après avoir lu ces pièces, les

remettre à M. le comte de Jaucourt, pour être gardées au dépôt des

affaires étrangères.

J'ai déjà eu l'honneur d'annoncer à Votre Majesté que les rois de

Bavière et de Hanovre avaient accédé au traité d'alliance du 3

janvier. Je voulais ne lui envoyer leurs actes d'accession qu'en même

temps que celui de la Hollande; mais celui-ci n'étant pas encore

expédié, et le prince de Wrède me pressant pour l'échange des

ratifications de celui de la Bavière, j'ai l'honneur de les adresser

aujourd'hui à Votre Majesté. Je lui adresse pareillement les doubles

des actes d'acceptation que j'ai signés. Ce sont ces deux derniers

actes qui doivent être ratifiés par Votre Majesté. Je la supplie de

vouloir bien les remettre à M. le comte de Jaucourt, pour qu'il en

fasse, si elle le juge à propos, préparer les ratifications.

Un courrier qui arrive m'apporte la lettre dont Votre Majesté a daigné

m'honorer le 11 de ce mois. J'attendrai avec une vive impatience celle

par laquelle elle voudra bien me faire connaître le résultat de ses

entretiens avec lord Castlereagh. Je désirerais que l'article de

Naples fût de nature à être montré[84] à M. de Metternich. Il ne

saurait être trop positif.

Je suis...

[84] Variante: ... à _pouvoir_ être montré.

* * * * *

No 29.--LE PRINCE DE TALLEYRAND AU ROI LOUIS XVIII.

Vienne, le 24 février 1815.

Mémoires du prince de Talleyrand, Volume 3 · 第 33 / 145 题