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No 29 _bis_.--LES AMBASSADEURS DU ROI AU CONGRÈS,
AU MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES, A PARIS.
Vienne, le 12 février 1815.
Monsieur le comte,
Nous avons l'honneur de vous transmettre le protocole de la conférence
des huit puissances du 20 janvier, sur la question du rang et des
préséances. Dans une seconde conférence tenue depuis, cet objet a été
soumis à une nouvelle délibération et renvoyée à l'examen de la
commission qui en est spécialement chargée. Lord Castlereagh, qui est
parti ce matin pour Londres, y a annoncé que son gouvernement avait
envoyé des instructions concernant le salut en mer, et que les
plénipotentiaires anglais étaient prêts à le discuter. Nous pourrons
donc juger du degré de modération de leurs principes à ce sujet.
L'affaire de la Saxe est définitivement réglée. Les différents
articles qui en déterminent le partage ont été arrêtés, ainsi que les
arrangements qui résultent pour le nord de l'Allemagne de la
reconstruction de la Prusse.
Le roi de Saxe a été informé des résultats obtenus. Il a été invité à
se rapprocher de Vienne. Nous croyons qu'à l'égard de l'existence
politique de la Saxe et de son souverain, on a obtenu tout ce qu'il
était possible d'obtenir par de simples négociations.
La prétention des Prussiens de conserver Leipzig a été combattue avec
force; ils l'ont abandonnée pour Thorn, point militaire important, que
l'empereur de Russie consent à leur rendre. Nous citerons à cette
occasion un fait assez remarquable qui prouve l'esprit révolutionnaire
et la jactance d'un peuple qui trouble depuis soixante ans le repos de
l'Europe, et dont le gouvernement plus qu'aucun autre a secondé la
marche de la Révolution, pour en profiter.
Un de leurs principaux officiers, le général Grolmann[54] connu pour
être un des chefs de la Ligue de la Vertu (_Tugenbund_), et que le
cabinet prussien avait appelé à Vienne pour y tirer parti de ses
relations, a écrit à lord Wellington pour lui dire que l'armée ne
consentirait jamais à voir détacher de la monarchie prussienne, la
ville de Leipzig qui servait de monument à sa gloire.
[54] Charles-Guillaume de Grolmann, né à Berlin en 1777, s'engagea
en 1795, et fit les campagnes de 1806 et 1807 dans les grades
inférieurs. En 1809, il prit du service dans l'armée autrichienne
et fut attaché à l'état-major de l'archiduc Charles. Ennemi
acharné de la France, il quitta l'Autriche après la paix, et passa
en Espagne, où il obtint un commandement dans la légion étrangère
que venait d'organiser la junte de Cadix. Compris dans la
capitulation de Valence, il fut fait prisonnier et interné à
Beaune. Il parvint à s'échapper, revint en Prusse et rentra dans
l'état-major de l'armée prussienne. Après la paix, il devint
général et fut envoyé au congrès de Vienne. Il prit encore part à
la campagne de 1815. Il remplit plus tard des fonctions
importantes dans l'administration et obtint divers commandements.
Il mourut en 1843.
L'Ost-Frise est cédée par la Prusse au pays de Hanovre: l'Angleterre
obtient, par cette disposition, une communication par l'Ems, qui est
de quelque importance pour ses relations avec le continent.
On était à la veille de discuter les affaires de la Suisse. Mais une
nouvelle demande de la part de l'Autriche a fait ajourner l'examen du
rapport qui a été renvoyé à la commission.
D'après des propositions que M. le prince de Metternich a faites sur
les questions de Parme et d'Étrurie, nous avions conçu des espérances
d'emporter cette affaire dans le sens de nos instructions. Mais la
résistance, que l'archiduchesse Marie-Louise paraît vouloir mettre à
la cession de Parme, renouvelle les incertitudes à cet égard.
On va s'occuper du midi de l'Allemagne. Les intérêts de l'Autriche et
de la Bavière amèneront vraisemblablement quelques retards sur ce
point. Les difficultés tiennent à un traité particulier conclu à Paris
entre ces deux puissances et dont l'exécution deviendra impossible,
parce que la masse de territoires disponibles a été fort diminuée par
les cessions faites à la Russie, à la Prusse, à la Hollande et au
Hanovre.
Il nous reste, monsieur le comte, à vous entretenir d'un objet sur
lequel il serait convenable d'appeler l'attention de Sa Majesté.
L'_Almanach royal_ a placé au nombre des membres de la Légion
d'honneur tous les souverains étrangers et les autres individus non
Français qui avaient reçu cette décoration. Plusieurs fois déjà, on
nous a demandé si le roi avait conservé cet ordre, sous quelle forme,
et si les étrangers pouvaient et devaient continuer à la porter; que
dans cette dernière supposition, on désirait une communication
officielle, soit par le ministre des affaires étrangères à Paris, soit
par le chancelier de l'ordre. Elle pourrait être adressée aux
légations qui se trouvent à Paris, ou se faire par celles de France
dans les pays étrangers.
Nous croyons également qu'il serait d'un bon effet de conserver le
traitement aux militaires étrangers qui ont reçu la décoration avec
brevet de pension.
L'Angleterre, en tout temps, a eu dans l'étranger un grand nombre de
pensionnaires militaires. Elle s'en était formé de nombreux agents. La
France, en continuant aux Polonais, aux Allemands, aux Italiens, ces
pensions, quelque réduites qu'elles soient, s'attacherait des hommes
intéressants et se formerait des partisans dont elle est entièrement
privée par les événements du temps.
Cet exemple d'équité et de générosité influerait avantageusement sur
le succès des réclamations que beaucoup de militaires français ont
encore à faire au dehors.
Nous vous invitons, monsieur le comte, à prendre les ordres du roi à
ce sujet, et à nous les faire connaître, afin de nous mettre à portée
de répondre aux demandes qui nous sont faites.
Agréez...
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No 27.--LE PRINCE DE TALLEYRAND AU ROI LOUIS XVIII.
Vienne, le 15 février 1815.