LOUIS.

* * * * *

No 24 _bis_.--LES AMBASSADEURS DU ROI AU CONGRÈS, AU MINISTRE DES

AFFAIRES ÉTRANGÈRES, A PARIS.

Vienne, le 10 janvier 1815.

Monsieur le comte,

Les choses sont à peu près au même point que nous avons eu l'honneur

de vous l'indiquer dans notre dernière dépêche. Comme nous l'avons

annoncé, une première proposition a été faite de la part de la Russie.

Elle a demandé un contre-projet, et la Prusse s'occupe de rédiger un

plan sur lequel elle établit sa reconstruction. Les sacrifices que

l'on exige de la Saxe paraissent ne pas coûter à l'Angleterre, et

moins encore à l'Autriche, quoiqu'elle soit intéressée à ne pas s'y

prêter.

Les affaires d'Italie n'ont pas été avancées depuis la remise du

mémoire de l'Autriche sur les questions de la Toscane, de Parme...

Le rapport sur les affaires de la Suisse est fait. Il sera discuté

dans une séance de la commission qui aura lieu après-demain 12. Dès

qu'il aura été définitivement adopté, nous nous empresserons d'en

donner communication au ministère.

Agréez...

* * * * *

No 21.--LE PRINCE DE TALLEYRAND AU ROI LOUIS XVIII.

Vienne, le 10 janvier 1815.

Sire,

Je n'aurais point aujourd'hui l'honneur d'écrire à Votre Majesté, si

je n'avais à faire une réponse qui m'a été demandée en son nom par M.

le comte de Jaucourt. C'est au sujet de la satisfaction demandée par

la cour de Madrid pour le renvoi de M. de Casa Florez. Mon opinion,

puisque Votre Majesté a daigné désirer la connaître, est qu'aucune

sorte de satisfaction n'est due, parce qu'une satisfaction suppose un

tort, et que le cabinet de Votre Majesté n'en a point eu, et que, s'il

y avait une satisfaction à donner, ce ne pourrait être celle que la

cour de Madrid s'est permis de demander. Je n'importunerai point Votre

Majesté de la répétition des motifs sur lesquels je fonde cette

opinion, les ayant développés dans la lettre que M. de Jaucourt aura

l'honneur de mettre sous ses yeux. La théorie de l'extradition que M.

de Cevallos prétend établir, d'après le droit public des Hébreux et

les pratiques de quelques peuples anciens, est tout à fait

extravagante. M. de Labrador, à qui j'ai fait voir sa lettre, en a

gémi. Je serais porté à croire que la cour de Madrid a quelque sujet

d'humeur que je ne devine point, mais indépendant du renvoi de M. de

Casa Florez, qui ne lui sert que de prétexte. J'en juge par les

plaintes qu'elle fait de n'être point soutenue ici par la France, dans

les affaires de Naples et de la reine d'Étrurie. Il n'y a, je crois,

qu'en Espagne, qu'il ne soit pas parvenu que l'ambassade de Votre

Majesté a débuté par demander la restitution de Naples à son légitime

souverain, et qu'elle a renouvelé en toute occasion, de vive voix et

par écrit, confidentiellement et officiellement, cette même demande.

M. de Labrador m'a protesté que, dans aucune de ses dépêches, il

n'avait donné lieu de penser que nous ne le secondassions pas de notre

mieux. La cour de Madrid élève donc des plaintes qu'elle devrait

savoir parfaitement bien n'être pas fondées.

Les affaires n'ont fait ici, depuis ma dernière lettre, aucune sorte

de progrès. Nous aurons, je crois, demain une conférence, retardée

depuis plusieurs jours par les Prussiens, qui n'étaient pas prêts.

Elle aura pour objet les affaires de Pologne et de Saxe.

Des deux principes compromis dans la question de la Saxe, l'un, celui

de la légitimité, sera complètement sauvé[6]. L'autre, celui de

l'équilibre, le sera moins complètement. Lord Castlereagh n'a pas

renoncé entièrement à ses anciennes idées. Il lui reste un grand fonds

d'inclination pour les Prussiens. Il se persuade qu'en voulant trop

restreindre les sacrifices du roi de Saxe, on porterait la Prusse à un

mécontentement incalculable. Il est naturellement irrésolu et faible.

Sa note du 10 octobre le gêne. Il ne voudrait pas, m'a-t-il dit, se

mettre trop en contradiction avec lui-même, comme le fait M. de

Metternich, qui, selon lui, n'a point de _caractère_ à soutenir. Pour

celui-ci, il n'est nullement embarrassé de changer d'opinion. Le 10 du

mois dernier, il trouvait que c'était assez que de donner à la Prusse

quatre cent mille âmes sur la Saxe; aujourd'hui, il en donnera le

double sans scrupule: le 22 octobre, il en voulait la destruction

totale. La question de la Saxe est, sous le rapport de l'équilibre,

celle de l'Autriche plus que d'aucune autre puissance. Mais M. de

Metternich la traite avec une légèreté et une insouciance dont je suis

toujours émerveillé, quelque habitude que j'aie de les lui voir.

[6] Variante: .... _et c'est celui qui nous importait le plus_.

Quant à nous, Sire, pour ne nous point contredire, et ne pas changer

d'un jour à l'autre de langage, nous n'avons qu'à faire exactement ce

que Votre Majesté nous a ordonné. C'est l'avantage que l'on a en

suivant des principes qui ne changent point, et non des fantaisies qui

changent sans cesse.

Ce sera décidément dans l'église cathédrale que sera fait le service

du 21 janvier. L'archevêque, qui a été malade ces jours-ci, va mieux,

et il faudrait une rechute violente pour qu'il n'officiât pas.

Je suis...

* * * * *

No 17 _ter_.--LE ROI LOUIS XVIII AU PRINCE DE TALLEYRAND.

Paris, ce 11 janvier 1815.

Mon cousin,

J'ai reçu votre numéro 19. Celui-ci sera court. Pleine satisfaction de

votre conduite; entière approbation du traité dont le courrier vous

porte la ratification, en voilà toute la matière. Je m'en vais

expédier le général Ricard avec toute la célérité possible et tout le

mystère dont je sens la nécessité.

Je suis vivement touché du service qui sera célébré le 21. Vous

apprendrez avec un pareil sentiment que, ce jour-là même les précieux

restes du roi et de la reine seront transportés à Saint-Denis. Sur

quoi, je prie Dieu qu'il vous ait, mon cousin, en sa sainte et digne

garde.

Mémoires du prince de Talleyrand, Volume 3 · 第 16 / 145 题