issoit de messe, retournèrent li chevauceour et les archiers,
liquel avoient parfurni la desconfiture. Si recordèrent au roi, les
capitainnes mesires Richars de Stanfort et mesires Renauls de Gobehen,
tout ce que il avoient veu et trouvé, et dissent enssi en oultre que
nuls apparans n’estoit de nulle requelloite. Adonc eut consel li rois
que il envoieroit cercier les mors à sçavoir quel signeur estoient là
demoret. Et en furent ordonné de l’aler, et fu dit de la bouce dou roi,
mesires Thomas de Hollandes, mesires Renauls de Gobehem, li sires de
Persi, mesires Guis de Briane et mesires Oulfars de Ghistelle, et lor
furent delivret tout li hiraut de l’oost, et quatre clers pour escrire
les noms des nobles. Si se departirent li desus nonmé et plus de quatre
cens honmes en lor compagnie, pour aidier à tourner et à retourner les
mors. Qant il furent venu sus la campagne où la bataille avoit esté,
li hiraut dou roi d’Engleterre trouvèrent biau cop des hiraus les
signeurs de France, qui là estoient venu pour cerchier lors mestres et
lors signeurs mors. De qoi li signeur d’Engleterre furent moult resjoi
et lor fissent bonne chière. Et cercièrent chil hiraut englois et
françois tous les camps, et trouvèrent les signeurs mors en pluisseurs
places, et estoient recongneu le plus par lors armoieries; et tantos
que il estoient avisé et recongneu, les clers dou roi les metoient
en escript. Si y furent trouvet onse chiés de hauls signeurs, quatre
vins et trois banerés et douse cens et douse chevaliers d’un esqut,
sans le menu peuple, dont il i eut plus de trente mille. Sus l’eure de
vespres retournèrent deviers le roi d’Engleterre li baron qui envoiiet
avoient esté cerchier les mors, et amenèrent avoecques euls les hiraus
françois, pour mieuls certefiier la besongne, et estoient cinq. Je les
vous nonmerai: premierement Valois, Alençon, Harcourt, Donpierre et
Biaujeu. Li rois d’Engleterre les vei volontiers, et aussi fissent tout
li signeur. Et là furent nonmé tout li signeur qui mort estoient: le
roi de Boesme premierement, le conte d’Alençon, le conte de Blois, le
conte de Flandres, le duch de Lorrainne, le conte d’Auçoirre, le conte
de Harcourt, le conte de Saint Pol, le conte d’Aumale, l’arcevesque
de Roem et le grant prieus de France. Des barons et des chevaliers,
la detriance seroit trop grande à nonmer; mais dalés le conte de
Namur, qui fu à la besongne et s’en parti, qant il vei l’eure, morut
mesires Phelippes de Jupeleu. De la relation faite par les barons et
chevaliers desus nonmés et les hiraus avoecques euls appellés, furent
moult esmervilliet li rois d’Engleterre et li signeur de son costé,
et plaindirent par especial moult grandement la mort dou bon roi de
Boesme, et tinrent son fait à grant vaillance. Et s’en vestirent li
rois et ses fils, li princes de Galles, de noir, pour l’amour de li, et
aussi pour les aultres qui li estoient de linage, et mesires Godefrois
de Harcourt, pour la mort de son frère et de son neveu le conte
d’Aumale.
Che soir donna à souper li rois en son logeis tous les barons et
chevaliers d’Engleterre qui là estoient, et qui aler i vorrent; et
menèrent grant joie et grant reviel toute la nuit, et fissent bon gait
et gardèrent les mors. Et à l’endemain on se ordonna au departir de
là, et de traire plus avant viers Monstruel sus la Mer. Mais avant
le departement dou roi, il fu ordonné et prononchiet par les hiraus
françois, que li rois donnoit trieuwes quatre jours à tous ceuls qui
vodroient travillier à aidier ensepvelir les mors. Et furent les corps
des hauls signeurs presentement levés et portés en une abbeie, seans
assés priès de là, qu’on nonme Mentenai. Et furent là, à un obsèque que
on fist pour les signeurs, li rois d’Engleterre presens et ses fils,
et vesti de noir, et la grignour partie des barons d’Engleterre qui en
la compagnie dou roi estoient. Et devés sçavoir que li hiraut françois
furent très larguement bien paiiet tant dou roi, de son fil et des
barons d’Engleterre, et emportèrent avoecques euls, sans les jeuiauls,
en deniers apparilliés, plus de deus mil livres. Nous laisserons un
petit à parler dou roi d’Engleterre et des Englois, et parlerons dou
roi de France.
Vous avés ichi desus oï recorder conment, le lundi, li rois fist
faire une ordenance sus le pais et donna trieuwes quatre jours pour
ensepvelir les mors, qant il et ses gens se departirent de Creci en
Pontieu, apriès ce que il ot fait faire en l’eglise dou monastère de
Mentenai un moult biel service pour l’amour de son cousin le roi de
Boesme, qui là i fu aportés, et de tous les aultres hauls et grans
signeurs. Li Englois cevauchièrent et s’aroutèrent, et prissent le
cemin de Monstruel sus Mer. Le dimence au soir, estoient venu en la
ville de Monstruel, li contes de Savoie, et mesires Lois de Savoie son
frère, et li contes de Genève, et bien cinq cens lances de Savoiiens,
et n’avoient peut venir à temps à la bataille; mais, pour tant que il
avoient entendu que la desconfiture estoit sus les François, et que la
ville de Monstruel seoit ou voiage des Englois, il se boutèrent dedens.
Les Englois coururent devant Monstruel, et ardirent Wauben et Estaples
et Saint Josse, et passèrent la rivière de Cance, et ardirent tout le
pais autour de Boulongne; et ne cessèrent de ceminer, si furent venu
devant Calais et le asegièrent. Fₒₛ 123 et 124.
P. 190, l. 10: troi.--_Ms. B 6_: deulx. Fº 337.
P. 190, l. 23: onze.--_Mss. A 11 à 14_: dix. Fº 144.
P. 190, l. 24: banerés.--_Mss. A 11 à 33_: banières, bannières. Fº 144.
P. 190, l. 25: d’un escut.--_Mss. A 1 à 6, 11 à 14_: d’un escri. Fº 151.
P. 190, l. 25: trente mil.--_Ms. B 6_: seize mille. Fº 337.
P. 190, l. 26: d’autres gens.--_Ms. B 6_: Encores n’alèrent il mie
savoir la verité de ceulx qui ochis avoient esté le dimanche au matin.
Et prumierement y fu mort le roy de Behaigne, le conte d’Allenchon,
le conte de Blois, le conte de Flandres, le duc de Loraine, le conte
de Sanssoire, le conte de Harcourt, le conte d’Ausoire, le conte de
Saint Pol, le conte d’Aumerle, l’archevesque de Sens, le grant prieur
de Franche. Et toutes les armes de ches prinches furent aportéez en
l’armoierie du roy d’Engleterre. Et tout les corps des prinches furent
emporté en une abeie de moisnes qui siet près de là, que on apelle
Mentenay. Ceste bataille de Cressy en Pontieu fu l’an de grasce Nostre
Seigneur mil trois cens quarante six, le vingt sixiesme jour d’auoust.
Fₒₛ 337 et 338.
P. 191, l. 8 et 9: en un.... Montenai.--_Mss. A 1 à 6, 11 à 14, 18,
19_: en un moustier, près de la chapelle de Montenay. Fº 151 vº.--_Mss.
A 20 à 22_: au moustier de la chapelle de Montenay. Fº 217.--_Mss. A 23
à 33_: au moustier de Montenay. Fº 169.
P. 191, l. 12: et puis chevança.--_Ms. B 6_: Le lundy au matin, après
messe et boire, se deslogèrent les Englès de Crechy où celle belle et
eureuse aventure leur estoit avenue, et prindrent le chemin de Hesdin
et de Boulongne. Et chevauchèrent les marisalx devers la ville de Rue
et ardirent les faubours, mais à fortresse ne peurent il advenir. Et
puis chevauchèrent devers la ville de Monstreul, et ardirent tout le
plat pais d’environ jusques à Blangy et jusques à Hesdin et Maurain
ossy, mais au chastiel ne peurent il aprochier, car il estoit trop
fort. Le mardy il passèrent oultre et vinrent bouter les feus à Saint
Josse, et ardirent le Neuf Castiel de Waubain et Estaples et les
fourbours de Boullongne, et se logèrent asés priès de là. Le merquedy,
il passèrent oultre et vinrent devers Wissan; sy ardirent le lieu et le
village oultre les bois de Hardelo et tout le plat pais de le conté de
Boulongne, et s’en vinrent devant la forte ville de Calais.
Or considerés entre vous se, depuis cinq cents ans, il fu nulz
rois qui fesist sy puissant voiage ne sy grant que le roy Edouart
d’Engleterre fist adonc, et les belles aventures qui luy avinrent sur
son chemin depuis qu’il ariva en Constentin en le Hoghe Saint Vast, les
pons, les pasaiges qu’il trouva et toudis aparilliés pour combatre ses
ennemis. Et fu sy près de Paris que jusques as portes, car en grant
tamps en atendant, sy comme j’ai oit recorder en Engleterre, les sors
de Merlin disoient que ly saingler de Windesore venroient ferir des
dens ens ès portes de Paris. Par che saingler on doit entendre le roy
Edouwart d’Engleterre, car il fu nés ens ou chastiel de Windesore, et
avery chelui sors en che tamps: il passa et repassa la rivière de Saine
et puis la rivière de Somme et se combaty ses annemis tels que toute la
fleur de Franche et de bonne chevallerie sans nombre et les desconfy;
et y furent mors deus tans de gens que il estoient, Et après il vint
mettre le siège devant Calais, qui est une des fortes villes du monde,
et dist que jamais ne s’en partiroit sy l’aroit; et de che ne faly mie
à son entente, sy comme vous orés chi avant recorder en ces chroniques.
Fₒₛ 338 à 340.
P. 191, l. 14: Hedin.--_Mss. A 1 à 6, 11 à 14, 20 à 29_: Hesdin. Fº 151
vº.
P. 191, l. 14: Waubain.--_Mss. A 1 à 6, 11 à 14, 18 à 22_: Waudain. Fº
151 vº.
P. 191, l. 14: Serain.--_Mss. A 1 à 6, 11 à 14, 18 à 22_: Seran. Fº 151
vº.
P. 191, l. 17: au lés devers Blangis.--_Mss. A 15 à 17_: du costé
devers Boulongne et Blangis. Fº 151.
P. 191, l. 17: Blangis.--_Mss. A 18, 19_: Blanges. Fº 155.--_Mss. A 23
à 29_: Blangy. Fº 169 vº.
P. 191, l. 20: Estaples le Delue.--_Mss. A 1 à 6, 8 à 19_: Estapes et
Delue. Fº 151 vº.--_Mss. A 20 à 22_: Estaples, Delue. Fº 216 vº.
P. 191, l. 22: les bos.--_Mss. A 15 à 17, 20 à 29_: le bois. Fº
151.--_Mss. A 30 à 33_: le pays. Fº 190.
P. 191, l. 22: Hardelo.--_Mss. A 20 à 22_: Hadrelo. Fº 217.
§ =287=. P. 191, l. 29: Quant li rois.--_Ms. de Rome_: Qant li rois
Phelippes fu partis dou chastiel de la Broie, ensi que chi desus est
dit, à moult seule gent, ils et sa route qui n’estoit pas grans,
cevaucièrent celle nuit tant et le dimence au matin, que il vinrent
en la chité d’Amiens. Et fu li rois logiés en l’abeie dou Gart, qui
sciet au dehors d’Amiens. Petit à petit gens venoient, qui escapé de
la bataille estoient, apriès lors signeurs et lors mestres. Encores
ne savoit point li rois la verité de la perte des nobles de son sanc
que il avoit perdus, et qui demoret estoient derrière. Le dimence au
soir, il en fu enfourmés de une gran partie, et encores mieuls le
mardi au matin, qant li hiraut françois retournèrent, liquel avoient
esté presens à cerchier tous les mors. Li rois les plaindi et regreta
grandement et longement l’un apriès l’autre, et lor fist faire en
l’eglise d’Amiens, avant que il s’en partesist, un moult solempnel
office et service. Il n’est doels qui ne se passe et ne se mète en
oubli: li rois de France passa cel anoi au plus biel que il pot, et
entendi à ses besongnes. Toutesfois, mesires Jehans de Hainnau fu là
uns très bons moiiens pour mesire Godemar dou Fai, car li rois le
voloit faire prendre et pendre; mais li gentils chevaliers dessus
nonmés rafrena le roi et li brisa son aïr, et l’escusa par tant de
raisons et si bonnes, que li rois, pour celle fois, s’apaisa et
entendi à toutes ses besongnes, et donna toutes gens d’armes congiet.
Messires Jehans de Hainnau prist congiet au roi, et puis s’en retourna
arrière en Hainnau, ensi que chils qui grosement avoit perdu en ceste
cevauchie, et aussi avoient fuisson d’autres. Nuls n’en retournoit
contens.
Les nouvelles s’espardirent en moult de lieus et volèrent moult lonc,
conment [par] le roi d’Engleterre, de une puignie de gens que il avoit,
estoit ruée jus la poissance dou roi de France, et avoient esté li
François bien diis contre un. Si acquist li rois d’Engleterre grant
grasce, et li rois de France et li François grant blame, et moult
fu eslevés li noms le roi d’Engleterre, douquel nous parlerons et
compterons conment il persevera. Fₒₛ 123 vº et 124.
P. 191, l. 30: à moult seule gent.--_Mss. A 1 à 6, 11 à 14, 18, 19_:
à moult pou de gens. Fº 151 vº.--_Mss. A 20 à 22_: à moult petit de
gens. Fº 217.--_Mss. A 15 à 17_: à moult petite compaingnie. Fº 151 vº.
SUPPLÉMENT AUX VARIANTES.
Dans le cours d’un voyage que nous avons fait à Breslau en 1868,
nous avons pu étudier à loisir le célèbre manuscrit des _Chroniques_
de Froissart conservé dans la bibliothèque de cette ville. Quoique
ce manuscrit (coté A 29 dans notre classement des mss. du premier
livre) appartienne à une famille représentée par 7 exemplaires dont 4
sont à Paris[363], cependant il offre à partir de 1340, et surtout de
1342, certains développements qui manquent dans les autres manuscrits
de la même famille. Le Froissart de Breslau, dont la valeur réside
principalement dans les belles miniatures de l’école de Louvain
qui illustrent les deux derniers volumes[364], a été exécuté ou
grossé par David Aubert pour Antoine, bâtard de Bourgogne, en[365]
1468 et 1469; par conséquent, jusqu’à ce qu’on ait retrouvé les
développements dont nous parlons dans un manuscrit plus ancien, il
y a lieu de les considérer plutôt comme l’œuvre de David Aubert et
des scribes aux gages de la maison de Bourgogne que comme celle de
Froissart. Cependant, à notre retour en France, nous nous proposions
de solliciter le prêt du ms. de Breslau auprès de la municipalité de
cette ville par l’entremise du gouvernement prussien; malheureusement,
les cruels événements de 1870 et de 1871 ne nous ont pas permis de
donner suite à ce projet. Ayant appris, d’un autre côté, à la fin
de 1868, que les variantes du ms. de Breslau avaient été copiées au
seizième siècle en marge d’un exemplaire de l’édition de Sauvage qui
fait partie de la _collection plantinienne_ d’Anvers, nous avions prié
M. Moretus, propriétaire de cette collection et héritier des Plantin,
de vouloir bien nous autoriser à prendre communication sur place
de cet exemplaire; malgré l’obligeante entremise de M. le baron de
Witte, cette autorisation nous a été refusée. Plus heureux que nous,
M. le baron Kervyn de Lettenhove a pu donner les variantes du ms. de
Breslau, sinon d’après l’original lui-même, au moins d’après la copie
du seizième siècle inscrite en marge du Froissart de la collection
Plantin. Force nous est donc de reproduire aujourd’hui ces variantes
d’après l’édition du savant éditeur belge (voy. t. IV, p. 479 à 508,
et t. V, p. 545 à 548). Seulement, nous avons pensé qu’il importait de
ne pas confondre avec les résultats de notre propre travail des textes
qui ne nous arrivent ainsi que de troisième main; voilà pourquoi nous
avons pris le parti de les publier à part et en supplément à la fin du
présent volume de notre édition.
[363] Voy. l’introduction au premier livre, placée en tête
du tome premier de notre édition, p. XXXV et XXXVII.
[364] Voy. sur ces miniatures l’intéressante brochure du docteur
Alwin Schultz, _Beschreibung der Breslauer Bilderhandschrift des
Froissart_, Breslau, 1869, in-4º de 19 pages avec la reproduction
photographique d’une miniature et 6 dessins. Cf. J. E. Scheibel,
_Nadendilen von den Merkeowrdigkeilen der Rheingerschen
Bibliotheck_, Breslau, 1794.
[365] A la suite des dernières lignes du quatrième volume, on
lit ces mots: «Cy fine le quart et dernier volume des Croniques
messire Jehan Froissart touchant les histoires et advenues de
France et d’Angleterre, _grossé par David Aubert l’an de grace
Nostre Seigneur 1468_. _Nul ne s’y frote. B. de Bourgogne._»
(_Nul ne s’y frote_ est la devise et _B. de Bourgogne_ la
signature autographe d’Antoine, bâtard de Bourgogne).
P. 56, l. 20: Montagrée.--_Ms. A 29_: qu’il assaillit si longement et
par telle manière qu’il le prist d’assault, et le chevalier qui dedens
estoit lui fut amené: si l’envoya tenir prison à Bourdeaux.
P. 61, l. 21: consideret.--_Ms. A 29_: comment à grans assaux ils
ne pourroyent resister, aussi qu’ils estoyent petitement pourveus
d’artillerie et de vivres.
P. 66, l. 17: leur.--_Ms. A 29_: venoient de haut en bas descendant et
tout effondrant combles de tours et de manoirs, planchers et voutures,
portes et murs. Et tellement s’espouvantoyent tous, quant ils veoyent
la pierre venir, qu’en fin ne savoyent où se musser et sauver, fors ès
profons celiers du chastel qui tous croulloyent par le grand fais du
coup qu’ils recevoyent.
P. 74, l. 6: bataille.--_Ms. A 29_: Celle venue des deux chevaliers
rafraichit moult grandement l’ost du conte Derby, qui estoit jà fort
travillié pour le grand fais qu’il avoit eu à soutenir par le gros
nombre de très vaillants chevaliers et escuyers qu’iceux Françoys
et Gascons estoyent. Mais, comme dict est, il furent pris trop
depourveuement, ainsi que l’usage de guerre porte que l’on prent
toujours son ennemi à son avantage.
P. 73, l. 30: ennemis.--_Ms. A 29_: par son sens et par ses vertus dont
il estoit comblé.
P. 75, l. 8: cauch.--_Ms. A 29_: et tonneaux pleins de cailloux et
grosses pièces de boys.
P. 76, l. 1: fronth.--_Ms. A 29_: Incontinent que ceux du chastel
virent leurs murailles ainsi pertruiser, ils furent moult esbais et
non sans cause. Adonc les plusieurs en abandonnèrent les deffenses et
se retirèrent dedens l’eglise qui estoit assez forte; et entandis les
autres assaillants escheloyent le fort d’autre part.
P. 82, l. 8: instrumens.--_Ms. A 29_: comme pieds de chèvre et
longues pièces de boys pour effondrer les murs. Et tantost en eurent
elevé grand foison de pierres et tiré à part, car nul ne les povoit
empescher, ne destourner leur labeur pour le traict, comme dict est. Et
tant besognèrent iceux brigans, qu’en moins de deux heures ils firent
un trou si grand en celui mur, que bien y povoyent entrer deux hommes
de front.
P. 91, l. 18 et 19: Stanfort.--_Ms. A 29_: pour la mort duquel et
des archiers, iceux bons hommes furent trop durement traictés et
la pluspart occis, et leurs biens meubles et leurs vivres furent
abandonnés aux compagnons qui s’en tindrent tous aises. Quant le comte
Derby volut partir de Monpesas, il defendi de piller autrement la place
et d’y boutter le feu, car il la donna, le chastel et la chastellennie,
à un sien escuyer, qui s’appeloit Thomas Lencestre, et laissa avec luy
en garnison, pour garder le pais, soixante compagnons, la pluspart
archiers. Et ainsi fut prins le chastel de Monpesas et preservé de
larcin et destruction par le don que le conte en avoit fait au gentil
escuyer qui s’en tenoit bien joyeux, car il siet en belle contrée
et bon pais. Tant chevaucha le conte Derby, quant il fut parti de
Monpesas, qu’il vint et ses routtes devant la ville de Mauron, laquelle
estoit forte et pourveue de vaillans compagnons. Il s’arresta et logea,
puis commanda que l’assaut fust douné de toutes parts; et quant il
perceut que par assaut ils n’i gangnoyent rien, il ordonna que tout
homme se retraist et se logeast pour celle nuit.
P. 92, l. 17: oultre.--_Ms. A 29_: Quant cil de Mauron veirent les
bagages de l’ost charger, puis mettre à la voye, et le conte Derbi et
sa grande routte partir, ils dirent entre eux: «Ces Angloys voyent bien
que leur proufict n’est pas de eux [tenir] longuement ici, et qu’ils
n’i peuvent rien conquester; ils y furent hier trop bien gallés, mais
ceux là qui sont demourés derrière, pensent ils nous tenir ici enclos?
La grosse routte est jà bien loin; si conseille que tantost nous yssons
dehors et les allons combattre; ils ne sont pas gens pour nous, nous
les aurons incontinent deconfits et mis à mercy: si sera honneur et
proufit à nous grandement.»
P. 93, l. 30: Miremont.--_Ms. A 29_: qui est bon chastel et en bonne
marche.
P. 94, l. 1: Sainte Marie.--_Ms. A 29_: Quant il vint devant
Miremont, il y fit arrester et loger ses gens à l’entour, car le soir
approchoit, et là se passèrent celle nuit de ce qu’ils peurent avoir.
Et quant vint l’endemain, entour soleil levant, le conte commanda
d’assaillir le forteresse. Et dura l’assaut si jusques à haute none que
les Angloys se retirèrent en leur logis à petit de conquest; mais ils
furent très bien battus, et en y eut des morts et des bleciés. Quant
le conte Derbi veit la manière, il jura que de là ne partiroit qu’il
n’eust le chastel conquis. Mais leans n’avoit nul gentilhomme, fors
aucuns routtiers, qui s’y estoyent boutés avecque les bons hommes.
Quant ils sceurent que le conte Derbi chevauchoit là entour, si furent
avertis du serment que le conte avoit fait: ils n’en furent pas moins
pensifs. Et si povoient veoir comme tous ces Angloys se logeoyent comme
pour y demourer tout l’yver, et si ne leur estoit apparant d’avoir
secours de nul sens. Et quant le conte eut là esté quatre jours, il fit
dire à ceux de dedens que, s’ils se vouloyent rendre courtoisement,
ils auroyent pitié d’eulx, et que si plus se faisoyent assaillir,
qu’ils n’en prendroient jamais homme qui là dedens seroit trouvé, à
merci. Tant fut parlementé que les routtiers s’en povoyent aller comme
ils estoyent venus, et les bons hommes demouroyent en leurs biens et
moyennant ce firent serment au conte Derby, qui les receut: si que, au
quatriesme jour, la place lui fut rendue. Et la donna le conte à un
sien escuyer appellé Jehan de Bristo, qui en fut moult joyeux, car le
don estoit bel et riche, et fit depuis très bien reparer le chastel.
Quant le conte Derbi fut à son dessus de Miremont, il chevaucha vers
une petite ville fermée sur la Garonne, appelée Thorine, que ses gens
prindrent d’assaut, et la robèrent, puis brullèrent. De là le conte
et ses gens chevauchièrent vers le fort chastel de Damassen, et y
voulut arriver la nuit, et y envoya devant ses escheleurs, qui tant
esploitèrent que à l’aube du jour les Anglois en furent saisis, et le
guet qu’ils trouvèrent dormant jettèrent du haut de la grosse tour au
fond des fossés. Et le chastellain mesme, qui estoit de Limosin et
vaillant escuyer, fut occis à l’huis de sa chambre, la hache au poin,
et tous ses compaignons morts; car jamais le conte ne autre ne povoit
le chastel de Damassen reconquerir que d’emblée. Il trouva la place
garnie pour deux ans de vins, de bleds, de farine, de chairs et autres
provisions, et d’artillerie et armures à planté. Et quant le conte
Derbi veit que si bien lui estoit prins de celle forteresse, il conclut
qu’il en feroit sa retraicte; si la garnit de bons gens d’armes et
d’archiers, puis partit de là et chevaucha tant avec sa routte qu’il
vint devant la cité d’Angoulesme, qu’il assiegea de toutes parts, et
dist que jà n’en partiroit s’il ne l’avoit à sa volenté. Adonc ceux
de la cité se composèrent à lui, à condition qu’ils envoyeroient
à Bourdeaux, en ostage, jusques à vingt et quatre hommes des plus
riches de la ville, et demoureroient en souffrance de paix un moys;
et si dedens le terme dudit moys le roy de France envoyoit homme au
pays si puissant de gens qu’il peust tenir les champs à l’encontre du
conte Derby, iceux ostages seroient renvoyées quictes et delivres à
Angoulesme, et absous de leur traicté; et, se ainsi n’en avenoit, se
mettroyent en l’obeissance du roy d’Engleterre. Atant chevaucha outre
le conte Derbi et vint à tout son ost devant Blaives, qu’il assiegea
de tout point. Si en estoyent capitaines et gardiens deux vaillans
chevaliers de Poictou, monseigneur Guichart d’Angle et monseigneur
Guillaume de Rochechouart. Ceux dirent bien, quant le conte Derbi fit
parlementer à eux par messire Gautier de Mauni, qui en telles affaires
se savoit moult hautement conduire, car il estoit gracieux parleur et
courtoys, qu’ils ne se rendroient à homme nul. Endementires le conte
Derbi seoit devant Blaives, chevauchèrent les Angloys jusques devant
Montaigne en Poictou dont monseigneur Boucicaut estoit capitaine;
si eut là moult grant assaut, mais rien n’i conquirent les Angloys,
fors horions, dont ils reçeurent mains, et y laissèrent de leurs gens
morts et blecés en grant nombre. Si s’en retournèrent, mais ainçoys
furent devant deux bonnes forteresses, Mirabel et Auni, où ils ne
firent que quelques assaux, puis revindrent au siège de Blaves où
presque tous les jours estoit faict aucune apertise d’armes. Le siège
durant devant Blaves, le terme du moys vint que ceulx d’Angoulesme se
devoyent rendre; si envoya le conte Derbi ses deux marechaux auquels
ceux de la cité firent homage au nom du roy d’Angleterre par vertu
de la procuration qu’il avoit. Ainsi eurent paix ceux de la cité
d’Angoulesme; et revindrent leurs ostages. Si renvoya le dict conte
à leur requeste Jehan de Nortwich, escuyer, et l’establit capitaine
d’icelle cité. Et toujours se tenoit le siège devant Blaves, tellement
que les Anglois s’en lassèrent, et par special pour ce que l’yvers
aprochoit fort, car c’estoit après la Sainct Michel, que les nuits sont
longues et froides, et si ne conqueroyent riens sur ceux de Blaves.
Si eurent conseil ensamble le conte Derbi, monseigneur Gautier de
Mauni et les autres barons et chevaliers de l’ost, qu’ils delogeroyent
de là et qu’ils se retryroayent vers la cité de Bourdeaux et là
s’entretiendroyent, si autre incidance ne survenoit, jusques au nouveau
temps. Ainsy se deslogea le conte Derbi et ses routtes de devant
Blaves; si passèrent la rivière de Gironde et vindrent à Boudeaux, où
ils furent receus à grand honneur de toute la cité. Assés tost après,
le conte Derbi departit toutes gens et renvoya chacun en sa garnison
pour mieux entendre aux besognes dessus la frontière, et aussi pour
estre plus au large.
P. 97, l. 10: malmeus.--_Ms. A 29_: Quant il sceut qu’il n’i avoit
point de remède.
P. 97, l. 15: Braibant.--_Ms. A 29_: car, de ses terres qu’il avoit en
France ou en Normandie, n’en recevoit rien.
P. 98, l. 18: d’Engleterre.--_Ms. A 29_: ce que jamais le pais et les
bonnes villes n’eussent voulu consentir, comme bien fut veu.
P. 99, l. 18: esté.--_Ms. A 29_: envoyet de Gand.
P. 100, l. 2: venus.--_Ms. A 29_: ceste conclusion prise.
P. 100, l. 17: souffrir.--_Ms. A 29_: à tout preud’hommes.
P. 101, l. 7: assaillis.--_Ms. A 29_: par telle force que merveille
estoit à veoir le grand peuple qui là survenoit.
P. 102, l. 3 et 4: sans nostre sceu.--_Ms. A 29_: contre nostre gré.
P. 103, l. 6: Flandres.--_Ms. A 29_: Premierement toutes petites gens
le mirent en amont, et pouvres et mechantes gens l’occirent en la
parfin.
P. 103, l. 11: Tenremonde.--_Ms. A 29_: si n’en demena mies trop grant
duel.
P. 103, l. 13: moult.--_Ms. A 29_: rebelles et.
P. 103, l. 18: l’Escluse.--_Ms. A 29_: à grand estat.
P. 103, l. 24: dist.--_Ms. A 29_: à son departement.
P. 104, l. 2: excuser.--_Ms. A 29_: de la mort de Jacquemart
d’Artevelle et d’autres choses dont on les chargeoit.
P. 104, l. 15: de lui.--_Ms. A 29_: moult troublés, courroucés et tant
desolés que plus ne povoient.