Quant ce vint à l’entrée dou mois de may l’année enssuiwant mil trois

cens quarante cinq, que il faisoit bel et bon hostoiier et guerriier,

li comtez Derbi manda lez barons de Gascoingne qui de sen costet se

tenoient, le comte de Pennebrucq ossi, le comte de Kenfort, le baron

de Stanfort, monseigneur Richart de Hebedon, monseigneur Francke de

Hale et tous les autrez qui avoecq lui estoient venus d’Engleterre. Et

leur dist, quant il furent tout enssamble, que il se pourveissent et

ordonnaissent et mandassent leurs compaignons, car il volloit faire une

chevaucie deviers le Riolle et Aguillon et le chemin thoulouzain; car

pour ce estoient il là envoiiet pour gueriier, non pour sejourner. Che

fu bien li acors de tous; si retournèrent chacuns en leurs garnissons.

Et se pourveirent et ordonnèrent si bien dedens le jour qui mis y

estoit, que il n’y eult nulle deffaulte; et s’asamblèrent en deus

lieus, à Bourdiaux et en Bregerach. Environ le Pentecouste, se parti

li comtez Derbi de Bourdiaux à belle compaignie de gens d’armez et

d’archiers, et cevauça le chemin de Bregerach. Quant il fu là venus,

il trouva le comte de Pennebrucq, qui avoit fet sen assamblée belle et

bonne. Si se souratendirent tout en le ville de Bregerach, et y furent

par quatre jours. Quant il s’en partirent, il se trouvèrent sus lez

camps mil hommez d’armes et deux mil archiers, et chevauchièrent en

bon aroy et en grant couvenant deviers une bonne ville que on claimme

Sainte Basille. Quant il furent là venu, il l’asegièrent de tous léz

et fissent un grant apparrant de l’assaillir. Chil de Sainte Basille

veirent lez Englèz tous armés et grant fuison, et lez archiers aroutés

devant leurs murs et leurs fossés: si furent tout effraet, et n’eurent

miez vollenté ne pourpos de yaux tenir. Si tretièrent et se composèrent

au comte Derbi, que il se renderoient, parmy tant que li comtez les

tenist as us et as coustummez de le bonne ville de Bregerach. Li comtez

leur eut en couvent, et prist le feaulté et hoummaige des bourgois, et

entra en Sainte Basille et y reposa troix jours. Au quatrimme il s’en

parti, mès il y laissa une boine cappittainne englès, et archiers pour

garder et deffendre le ville, se mestier faisoit en son nom. Fₒₛ 83 vº

et 84.

--_Ms. de Rome_: Le perte et le damage que les Gascons prissent devant

Auberoce, lor fu moult grande, et ne s’en porent passer ne retourner

en trop grant temps, car en raençons et racas de prisonniers il i ot

bien pour trois cens mille florins, sans les aultres pertes et damages

qui montèrent grant finance. Qant tout fu apointiiet et casquns sceut

quel cose il devoit faire, tout se departirent li un de l’autre. Et

demo[rè]rent mesires Franqes de Halle et si compagnon chapitainne de

Bregerach; et puis se missent au retour li signeur viers la chité de

Bourdiaus. Sus ce cemin fu fais uns escanges dou conte de Pieregorth

et de mesire Rogier son oncle et de auquns chevaliers de lor pais,

à l’encontre dou conte de Qentfort et de quatre chevaliers englois

qui estoient prisonnier au dit conte; et encores avoecques tous ces

escanges, il paiièrent diis mille esqus, et les deubrent envoiier

en la chité de Bourdiaus dedens le jour dou Noel. Point n’oy parler

dou contraire que il ne le fesissent. Or retournèrent chil signeur

d’Engleterre à grant joie et à grant pourfit en la chité de Bourdiaus,

et i furent de toutes gens recheu et requelliet à grant joie. Si s’en

retourna cascuns en sa garnison, ensi que il estoit ordonné, et eurent

consel que il se tenroient là sus le pais, tout quois. Et lor fu avis

que il en avoient assés fait pour celle saison, et que lonc dou temps

il atenderoient lors raençons; et, tantos la Pasqe passée, il se

remeteroient sus les camps et feroient bonne gerre.

Vous devés sçavoir que grandes nouvelles furent en France de celle

bataille d’Auberoce, et trop petite plainte avoient li Gascon des

François. Et disoient li auqun, l’un à l’autre: «Ha Dieus! laissiés

aler. Ces Gascons sont englois à moitié; il ne desirent à avoir aultre

signeur que le roi d’Engleterre.» Qant chil signeur de Gascongne, qui

à la bataille d’Auberoce avoient esté pris, vinrent en France pour

remoustrer au roi et à son consel conment les besongnes de Gascongne

se portoient mal et porteroient, car les Englois tenroient les camps,

qui ne lor iroit au devant, et voloient ossi estre auqunement aidiet

de lors raençons, nuls ne voloit à euls entendre, ne il ne

pooient avoir point d’audiense; mais les faisoit on là croupir et seoir

au palais ou ailleurs, tant que il estoient tout lasset et tout hodet,

et encores, avoecques tous les damages que il avoient eus, despendre

lors deniers et laissier lors gages ou lors gens en crant aval Paris;

ne il ne pooient veoir le roi, ne parler à lui, ne il ne se savoient à

qui traire, pour avoir responses de lors requestes. Et se il faisoient

auqunes supplications, et il les poursievissent à ceuls à qui il les

avoient baillies, on lor disoit: «Retournés demain ou apriès,» et chils

demain ne venoit onques. Tous les jours estoit ce à reconmenchier.

Dont ce venoit et tournoit à ces barons et chevaliers de Gascongne à

trop grande desplaisance, et maudisoient l’orgoel de France, et le

sejour où li rois et si consilleur estoient, et se departoient de Paris

malcontent et plus endebté assés que qant il i estoient venu pour

esploitier.

Qant la douce saison d’esté fu revenue et le mois de mai, que les

blés as camps et les herbes conmencent à monter, et que il fait bon

hostoiier, que on compta en l’an de grasce mil trois cens et quarante

cinq, li contes Derbi, qui un temps s’estoit tenus à Lieborne, s’en

retourna à Bourdiaus, et là fist son mandement de toutes ses gens,

liquel s’estoient ivrenet et passet le temps tout aise de ces racas et

raençons et dou conquès qui lor estoit venus de la bataille d’Auberoce,

et avoech tout ce, ordonné et apparilliet tant d’abis, d’armeures et

de monteures que grant plaisance estoit au veoir et considerer. Tout

vinrent au mandement dou conte Derbi, ce fu raisons, car il estoit

lors souverains chapitains; et charroi et sonmiers furent tout mis

à voiture. Il issirent un jour de Bourdiaus en grande ordenance,

et se trouvèrent douse cens lances et vingt cinq cens archiers, et

les garnisons que conquis avoient la saison devant, assés pourveues

par raison. Et tout estoient as chevaus, archiers et gens d’armes,

et cevauchièrent. La première ville que il trouvèrent, ce fu Sainte

Basille, et n’estoit fremée que de palis. Les honmes de la ville

n’osèrent atendre la venue des Englois, car il n’estoient pas fort

assés, et alèrent au devant de euls tretiier, et se rendirent salves

lors corps et lors biens. Si entrèrent auquns des signeurs dedens, et i

dormirent pour celle nuit. Tout ne s’i porent pas logier, mais il orent

des vins et des biens de la ville assés et largement. Fº 100.

P. 73, l. 30: ressongniés.--_Mss. A 20 à 22_: redoubté. Fº 174 vº.

P. 74, l. 14: trois.--_Mss. A 11 à 14, 20 à 22_: trois ou quatre. Fº

114.

P. 74, l. 15: esmèrent.--_Mss. A 1 à 6, 8 à 17_: esmeurent, esmurent.

Fº 119.--_Mss. A 23 à 29_: nombrèrent. Fº 137 vº.

P. 74, l. 16: et se trouvèrent mil.--_Ms. B 6_: Sy se trouva bien douze

cens lanches et quinze cens archiés et mille pietons. Fº 260.

P. 74, l. 17: deux mil.--_Mss. A 20 à 22_: trois mil. Fº 175.

P. 74, l. 19: Sainte Basille.--_Mss. A 1 à 6_: Basille. Fº 119.--_Mss.

A 11 à 14, 23 à 33_: Saint Basille. Fº 114.--_Mss. A 18, 19_: Saint

Baisille. Fº 121.

P. 74, l. 32: Aiguillon.--_Mss. A 1 à 33_: Aguillon. Fº 119 vº.

P. 75, l. 1 et 2: le Roce Millon.--_Mss. A 1 à 33_: la Roche Millon. Fº

119 vº.

P. 75, l. 7: baus.--_Mss. A 1 à 33_: bans, bancz.

P. 75, l. 8: cauch.--Mss. _A 1 à 33_: chaulx, chauz.

P. 75, l. 11: avancier.--_Mss. A 30 à 33_: avanturer. Fº 172.

§ =224=. P. 75, l. 12: Quant li contes.--_Ms. d’Amiens_: Quant li

comtez Derbi se fu partis de Sainte Basille, il chevaucha le chemin

d’Aguillon; mès ainchois que il y parvenist, il trouva un castel que on

appielle le Roce Millon, qui estoit bien pourveus de bons saudoiiers et

d’artillerie. Nonpourquant li comtez coummanda que li castiaux fuist

assaillis. Donc s’avanchièrent Englès et archiers et le coummenchièrent

à assaillir fortement et durement, et chil dedens à yaux deffendre

vassaument, et jettoient pierrez et baux et grans barriaux de fier:

de quoy il blecièrent grandement chiaux qui montoient contremont,

dont li comtez Derbi estoit mout courouchiéz. En cel estat se tint li

castiaux deux jours; au tierch jour, chil de dedens furent si appresset

dou tret des archiers que il virent bien que longement ne se pooient

tenir; si se rendirent, sauve leurs viez et leurs biens. Li comtez lez

prist enssi et fist partir tous les saudoiiers estraingez qui deffendut

l’avoient, et le regarni et pourvei de nouvelle gent; puis s’en parti

et toutte sen host, sievant le rivierre de Loth. Et chevaucièrent li

Englès tant que il vinrent devant le bonne ville de Montsegur, qui est

grande et grosse; et y a un très fort castiel, et tout seant sour ceste

rivierre de Loth. Quant il furent là venu, li comtez coummanda à logier

touttez gens. Dont se logièrent, et ordonnèrent mancions et habitations

pour yaux et pour leurs chevaux, et l’environnèrent de tous costéz.

Dedens le ville de Montsegur avoit un bon chevalier à cappittainne,

que li comtez de Laille y avoit mis et estaubli, et l’apielloit on

monseigneur Hugon de Batefol. Chilz entendi grandement et bellement à

le ville deffendre et garder, et moult avoient li homme de le ville en

lui grant fiance. Fº 84.

--_Ms. de Rome_: Qant ce vint à l’endemain, apriès messe et boire, les

tronpètes de departement sonnèrent. Si se missent tout au cemin, et

prissent les camps pour aler devant Montsegur, une bonne ville fremée

de murs et de fossés. Et l’avoit li sires, qui se nonmoit Guillaumes,

remparée et fortefiie assés et pourveue d’arbalestriers, qui li

estoient venu de Toulouse à ses coustages. Fº 100 vº.

P. 75, l. 15: villains.--_Les mss. A 15 à 17 ajoutent_: tuffes et

giveliers du pais. Fº 121.

P. 75, l. 16: velourdes.--_Mss. A 1 à 6, 18 à 33_: belourdes. Fº 119 vº.

P. 75, l. 16: estrain.--_Mss. A 23 à 33_: feurre. Fº 137 vº.

§ =225=. P. 76, l. 25: Par devant.--_Ms. d’Amiens_: Par devant

Montsegur sist li comtez Derbi quinze jours. Et sachiés que là en

dedens il n’y eult oncquez jour que il n’y fesist assaillir; et y fist

drechier grans enghiens qui nuit et jour jettoient dedens le ville, et

ce les greva et foulla trop durement. Et bien leur mandoit li comtez

que, se il se volloient rendre bellement, il lez prenderoit à merchy;

mès, se par forche lez concqueroit, il lez metteroit tous à l’espée,

et arderoit toutte le ville et sans deport. Chil de Montsegur, qui

doutoient le leur à perdre et qui ne veoient point d’appairant de nul

secours, car tout li grant baron de Gascoingne estoient prisonniers

ou si espars que il ne se pooient rassambler, si parlèrent à leur

cappittainne et li dissent que, pour tous perilz eschieuwer, il se

renderoient vollentiers. Et quant li chevaliers les oy enssi parler, si

fu durement courouchiéz sour yaux; et leur dist que il se doubtoient de

noient, car il se tenroient encorrez bien demy an et sans nul dammaige.

Touttefois, chil de Montsegur se partirent de leur cappittainne sans

plus parler; mais il ne se veurent mies dou tout asseurer ne tenir;

ainschois tretièrent secretement que il se renderoient au comte. Et

prissent une nuit leur cappittainne et l’enprisonnèrent; et puis

mandèrent le comte Derbi, liquelx y envoya monseigneur Gautier de Mauny

et o lui grant fuisson de gens d’armez. Si emprist le possession de le

ville et dou castiel, et li delivrèrent monseigneur Huge de Batefol;

mès li comtez Derbi li fist grasce et le laissa partir, et se mesnie,

sans dammaige.

Quant li comtez Derbi eut le saisinne de Montsegur et pris le feaulté

et sceurté dez bourgois, et il s’i fu reposés et rafreschis par cinq

jours, il s’en parti; mès il y laissa à son departement un chevalier de

Gascoingne, bon englèz, qui s’appelloit messires Drues dou Sant Lion,

et chevaucha avant o tout son host, gastant et essillant le pays. Et

trouvoient li coureur et li marescal de l’host gros villaiges et villez

baptichez, où il conqueroient de tous biens à grant fuison, car li pays

estoit plains et drus, ne oncques mais n’avoit estéz courus. Fº 84.

--_Ms. de Rome_: Tant esploitièrent les Englois que il vinrent devant

Montsegur, et là s’arestèrent et se logièrent tout à l’environ, et

furent là quinse jours. Et devés sçavoir que tous les jours il i avoit

assaut et escarmuce. Et avoient les Englois fait drechier des enghiens

qui brisoient et confroissoient murs et tours: ce fu la cause qui plus

esbahi ceuls de la ville. Qant li chevaliers, qui dedens estoit, vei

que li Englois ne se departiroient point de là ne se cesseroient de

lors assaus, et que secours ne li apparoit de nul costé, si tretia

deviers le conte Derbi. Trettiés se porta que il se mist, et toute sa

terre, en l’obeisance dou roi d’Engleterre, et jura à demorer homs

et feauls au dit roi; et parmi tant, il vint à paix as Englois, et

demora en sa ville, et fist remparer ce que desemparet estoit. Adonc

se deslogièrent li Englois, et chevauchièrent viers la ville et le

chastiel d’Agillon. Fº 101.

P. 76, l. 26: quinze jours.--_Ms. B 6_: et y fist faire pluiseurs

assauls, ançois que il le peuist avoir, car le chastiel estoit garny de

bonnes gens d’armes de le conté de Fois qui nullement ne se volloient

rendre. Finablement, ly Englès y entrèrent de forche et le conquirent.

Et y furent tous mors ou pris, excepté cinq ou six gentilz hommes qui

furent pris à merchy par le congnoissance de monseigneur Alixandre de

Caumont qui là estoit, par lequel le dit conte usoit par son consail ès

marches de Gascongne. Fº 261.

P. 77, l. 4: manandries.--_Mss. A 1 à 6, 11 à 14, 18, 19_: manantises.

Fº 120.--_Ms. A 7_: manandries. Fº 114 vº.--_Mss. A 8, 15 à 17, 20 à

29_: maisons. Fº 109.--_Mss. A 30 à 33_: grans manoirs. Fº 172.

P. 78, l. 8: se nous nos cloons contre vous.--_Mss. A 1 à 6, 11 à 14,

18 à 22_: se l’en clost les portes contre vous. Fº 120.--_Ms. A 7_: se

nous vous cloons les portes. Fº 114 vº.--_Mss. A 8, 15 à 17_: se nous

nous tenons contre vous. Fº 109 vº.--_Mss. A 23 à 33_: se nous cloons

nos portes contre vous. Fº 137 vº.

§ =226=. P. 79, l. 17: Tant esploita.--_Ms. d’Amiens_: Et

chevauchièrent (li Englès) tant que il vinrent assés priès de Aguillon,

qui est ungs des plus fors castiaux del monde et dez mieux seans pour

estre fors, car il siet entre deux grosses rivierrez qui queurent

d’encoste lui, l’une à destre et l’autre à senestre, et se assamblent à

le pointe dou castiel; et si appell’on l’une Loth, et l’autre Garonne,

qui vient de le chité de Toulouse. Et siet cilx castiaux à sept lieuwes

priès de Thoulouse. Tantost que li castellains vit le comte Derbi

et sen host aprochier Aguillon, et il avoit entendu que lez autrez

bonnez villez et castiel dou pays s’estoient rendut à lui, il se rendi

ossi à peu de parlement; de quoy li comtes et tout li compaignon en

eurent plus grant joie que li roys englès ewist d’autre part gaegnié

cent mille livres. Se le fist li comtez Derbi garnir si bien que pour

avoir son garde corps et son retour, se il besongnoit; et li sambla

que oncquez n’avoit veu si biel, si fort, ne mieux seant. Et y fist

castellain d’un chevalier sage et vaillant en qui mout se fioit, que

on clamoit monseigneur Jehan de Gombri. Apriès concquist li comtes

par force et par assault un très fort castiel que on appielle Sograt.

Et de là endroit il s’en vinrent devant le forte ville de le Riolle,

dont messires Aghos des Baux, uns chevalierz de Prouvenche, estoit

gouvrenère et cappittaine. Fº 84.

--_Ms de Rome_: Tant s’esploitièrent les hoos au conte Derbi que il

vinrent assés priès d’Agillon. Li chastiaus, pour ces jours, estoit en

la garde d’un chastellain, qui n’estoit point trop vaillans homs. Et

bien le moustra, car si tretos conme il senti que les Englois venoient,

il lor vint au devant et lor aporta les clefs de la ville et dou

chastiel, et se mist en l’obeisance dou roi d’Engleterre. Li contes

Derbi reçut le dit chastellain en paix, et se saisi de la garnison

d’Agillon, et i mist gens et gardes de par lui pour estre plus à segur,

car il n’avoit pas trop grant fiance ou chastellain, qui le rendage en

avoit fait; et puis passa oultre et s’en vint de che voiage devant la

Riole, et le assegea de tous costés. Fº 101.

P. 80, l. 5: cent mil.--_Ms. B 6_: deux cens mille. Fº 262.

P. 80, l. 12: Jehans de Gombri.--_Mss. A 18, 19_: Monseigneur de Gombi.

Fº 123.

P. 80, l. 14: Sograt.--_Mss. A 1 à 6_: Sigrat. Fº 120 vº.--_Mss. A 7,

11 à 19_: Segrat. Fº 115 vº.--_Ms. A 8_: Sograt. Fº 110.--_Mss. A 20 à

33_: Segart. Fº 177.

§ =227=. P. 80, l. 18: Or vint.--_Ms. d’Amiens_: Or vint li comtez

Derbi devant le Riolle et l’asega fortement et destroitement, car

nulles pourveanchez ne pooient entrer en le ville; mès elle estoit

assés bien pourveue de bonne gent et de tous vivrez, et bien taillie

de lui tenir ung grant temps. Se le faisoit li comtes Derby tous lez

jours assaillir et escarmucier; mès li chevaliers messires Aghos le

deffendoit avoecquez ses compaignons vassaument, et venoit mout souvent

as barrierrez traire, lanchier et escarmuchier à chiaux de l’ost. Là y

avoit mainte belle apertisse d’armez faittez, et maint homme blechiet

de dedens et ossi de chiaux de dehors, car si grant fait d’armes ne se

puevent mies emprendre ne continuer sans grant dammaige dez uns et dez

autrez. Et se touttez lez aventurez qui avinrent devant le Riolle, le

siège durant, je vous volloie recorder, trop eslongeroie ma matère,

car li comtez et sen host i sissent neuf sepmainnez: de quoy il ne fu

oncquez jours qu’il n’y ewist fait aucuns fais d’armez. Fº 84.

--_Ms. de Rome_: Dedens la Riole avoit un chevalier de Prouvence pour

chapitainne, vaillant honme, qui se nonmoit mesires Agos des Baus, et

avoecques lui pluisseurs bons compagnons. Devant la Riole i furent

pluisseurs escarmuces et envaies as portes et as barrières, et grans

assaus, car chil qui dedens estoient, tant que as deffenses et en

toutes coses, se moustroient à estre droites gens d’armes. Fº 101.

§ =228=. P. 81, l. 20: Li Englès.--_Ms. d’Amiens_: Sus le neuvimme

sepmainne, il y eut un assaut trop dur et trop fort et trop bien

ordonné, car li Englès avoient fait carpenter deus bierefrois de gros

mairiens à troix estagez, et seant chacun bierefroi sus quatre ruoes.

Et estoient chil bierefroit, au léz deviers le ville, tout couvert de

quir boullit pour deffendre dou tret et dou feu, et avoit en chacun

estage cent archiers. Si amenèrent ces deus berrefroix à force de

gens assés priès des murs, et avoient encorrez li Englèz de loing

tamps raempli une grant cantité des fosséz pour faire leur berrefrois

voie. Si coummencièrent chil qui estoient amont, à traire durement à

chiaux de dedens, et yaux moult navrer et mehaygnier, car il n’osoient

pour le tret aprochier lez murs. Et entre ces deus berrefroix avoit

bien trois cens compaignons à tous grans pilx et hauiaux et autres

instrummens pour effondrer le mur, et jà en avoient dez pières ostées

et rompues, car li archier qui estoient hault ens ès estages reparoient

deseure tous les murs, et traioient si fort que nus nosoit aprochier.

Par cel estat et assault et de force ewist esté le ville de le Riolle

prise et conquise sans nul remède, quant li bourgois de le ville, qui

tout effraet estoient, s’en vinrent à l’une dez portez et demandèrent

monseigneur de Mauni ou aucun grant seigneur à qui il pewissent parler.

Ces nouvellez vinrent jusquez au comte Derbi; si y envoya le seigneur

de Mauni et le baron de Stanfort assavoir quel cose il volloient dire

et mettre avant. Si constèrent que li homme de le Riolle se volloient

rendre, sauve leurs corps et leurs biens. «En nom Dieu, seigneur,

respondirent li chevalier, nous ne savons mies se messires li comtes

Derbi vous volra prendre en celle mannière, car vous l’avés trop

durement courouchiet de ce que tant vous vous estez tenus contre lui.

Si irons parler à lui et vous rapporterons quel cose il en vora faire.»

Lors se partirent li chevalier et s’en vinrent devers le comte, qui lez

attendoit tous armés et sus son ceval, assés priès de là, et regardoit

ses archiers qui estoient ens ès berrefroix coumment il besongnoient;

se li dissent ce dont il estoient chargiet. Li comtes les oy

vollentiers, mès à trop grant dur s’acorda à che que il ne les presist

simplement à se vollenté. Finaublement il leur dist: «Biau seigneur,

vous avés vostre sierement ossi bien au roy, mon seigneur, que jou ay,

et sommes compaignon enssamble en ceste chevauchie: ralléz deviers

yaux et faittez tout ce que bon vous samble; je le tenray.» Lors se

partirent li doy baron et vinrent parler à chiaux de le Riolle, et

dissent que nullement on ne leur feroit nulle grasce se il ne paioient

au comte Derbi, avoecq le ville rendue et le feaulté faitte, vingt mil

escus. Touttesfoix, chil florins furent ramoiennet, car chil de le

Riolle doubtèrent plus à perdre et s’obligièrent à paiier treize mil,

et de porter en le cité de Bourdiaux dedens un mois, et de ce livrèrent

il bons plègez qui bien souffirent as chevaliers. Par ensi cessèrent li

assault, et fu li ville respitée de tous perix. Fº 84 vº.

--_Ms. de Rome_: Et qant les Englois veirent que pour asallir et

escarmucier, il n’aueroient point la ville, il fissent faire et ouvrer

par carpentiers deus bierefrois de gros mairiens à trois estages, et

seans casqun bierefroi sus quatre roes. Et estoient chil bierefroit, au

lés deviers la ville, tout couvert de quir boulit, pour deffendre dou

trait et dou feu, et avoit en casqun estage cent archiers. Et amenèrent

li Englois à force d’onmes ces deus bierefrois jusques as murs; car

entrues que on les avoit ouvrés et carpentés, il avoient fait emplir

les fossés si avant que pour conduire tout aise lors bierefrois devant

euls. Et conmenchièrent li archier, qui estoient entré en ces estages,

à traire fortement à ceuls qui se tenoient as deffenses; et traioient

si roit et si ouniement que à painnes ne se osoit nuls amoustrer, se il

n’estoit trop fort paveschiés. Entre ces deus bierefrois qui estoient

arestés devant les murs, avoit deus cens compagnons à tout hauiaus et

grans pils de fier pour effondrer le mur; et jà en avoient des pières

assés ostées et rompues, car li archier qui estoient hault ens ès

estages, les deffendoient de ject et de tret. Fº 101.

P. 81, l. 26: cent.--_Mss. A 20 à 22_: deux cens. Fº 177 vº.

P. 82, l. 7: haviaus.--_Mss. A 15 à 17, 20 à 22_: hoiaux, hoyaux. Fº

123.--_Mss. A 23 à 29_: houyaulx. Fº 139.

P. 82, l. 10: reparoient.--_Mss. A 1 à 7, 11 à 14, 18, 19_:

repairoient. Fº 121.--_Ms. A 8_: rapparoient. Fº 110 vº.--_Mss. A 15 à

17_: apparoient. Fº 123.

P. 82, l. 19: le baron de Stanfort.--_Ms. B 6_: messire Alixandre de

Caumont. Fº 264.

§ =229=. P. 82, l. 27: Quant messires.--_Ms. d’Amiens_: Or vous

diray de monseigneur Agoth des Baux quel cose il fist. Entroes que

on parlementoit et alloit de l’un à l’autre, il se retraist et ses

compaignons dedens le castiel de le Riolle, qui siet à l’un dez léz

de le ville, et y mist grant fuison de pourveanches pour lui tenir un

grant tamps; et quant il fu dedens et chil ossi que il y veut atraire,

il avalla le pont et abaissa le restel et dist bien que il ne se

renderoit mies enssi. Fº 84 vº.

Chroniques de J. Froissart, tome 03/13 · 第 30 / 45 段