Un matin, à peine étais-je réveillé que mon domestique entra dans ma
chambre, m'apportant une lettre sur laquelle il y avait _pressé_. Il
ouvrit le rideau; le jour, qui s'était probablement trompé, était
beau, et le soleil entra chez moi splendide comme un conquérant. Je me
frottai les yeux pour voir de qui pouvait venir cette lettre, tout en
m'étonnant de n'en recevoir qu'une. L'écriture m'était complètement
inconnue. Après l'avoir longtemps retournée pour deviner la signature,
je l'ouvris, et voici ce qu'il y avait:
«Monsieur,
»J'ai lu les _Trois Mousquetaires_, car je suis riche et j'ai beaucoup
de temps à moi....»
--Voilà un monsieur bien heureux! me dis-je, et je continuai:
«Je vous avouerai que cela m'a assez amusé; mais j'ai eu la curiosité
de savoir, ayant beaucoup de temps devant moi, si vous les aviez
réellement pris dans les _Mémoires de M. de La Fère_. Comme j'étais à
Carcassonne, j'écrivis à l'un de mes amis demeurant à Paris d'aller à
la Bibliothèque, de demander ces Mémoires, et de m'écrire si réellement
vous leur avez emprunté ces détails. Mon ami, qui est un homme
sérieux, me répondit que vous les aviez copiés mot à mot, et que, vous
autres auteurs, vous n'en faisiez jamais d'autres. Je vous préviens
donc, monsieur, que j'ai dit cela à Carcassonne, et que nous nous
désabonnerons au _Siècle_ si cela continue.
J'ai l'honneur de vous saluer.