comme on l'a vu plus haut dans Gallica, la bibliothèque numérique de la
Bibliothèque nationale de France, qui a inauguré son site en 1997 par des images
et textes du 19e siècle francophone.
D'autres cyberbibliothèques sont consacrées uniquement aux images, comme Corbis,
société créée en 1989 par Bill Gates, patron de Microsoft. Cet ensemble d'images
numériques a été constitué pour fournir des ressources d'information visuelle à
l'échelon international. Parallèlement au développement de ses collections et au
marketing de celles-ci, Corbis est aussi une plate-forme de recherche pour
étudier les décisions à prendre en matière de normes industrielles de
reproduction et de protection de la propriété intellectuelle à l'ère numérique.
Avec 25 millions d'images dont 1,4 million en ligne en décembre 1998, le fonds
de Corbis est constamment enrichi par l'acquisition de droits ou la conclusion
de partenariats avec de grands musées. Chaque image est accompagnée d'une
légende, d'un commentaire et de mots-clés permettant une recherche thématique au
moyen d'un thésaurus de 25.000 mots. La base de données est commercialisée
auprès des professionnels sous forme de licences. Le grand public y a accès par
Internet et par une série de CD-ROM thématiques.
Le problème majeur des bibliothèques d'images sur le Web est le temps nécessaire
au téléchargement, temps proportionnel à la taille de l'image. Après avoir
d'abord proposé des images "pleine page" agréables à l'oeil mais très longues à
apparaître sur l'écran, de nombreux sites optent maintenant pour des images de
format réduit, avec possibilité de cliquer sur ces images pour obtenir un format
plus grand si nécessaire. Ce problème devrait être résolu à l'avenir avec
l'augmentation de la vitesse de transmission des données.
Bien que les cyberbibliothèques anglophones soient encore très largement
majoritaires, l'univers des cyberbibliothèques devient rapidement multilingue.
Le Projekt Gutenberg-DE comprend plus de 200 titres de littérature allemande et
de littérature étrangère en allemand. Débuté en 1992 par LYSATOR, un club
informatique d'étudiants, en collaboration avec la Linköping University Library
(Suède), le Projekt Runeberg regroupe 200 oeuvres de littérature nordique. Liber
Liber, qui s'annonce comme la première et la plus grande bibliothèque
télématique italienne, débute sa page de présentation par une maxime éloquente:
"Nullus amicus magis liber quam liber." Parallèlement, les grandes
cyberbibliothèques introduisent peu à peu dans leurs collections des textes en
d'autres langues que leur langue dominante.
7.4. Un exemple: la toile littéraire francophone
Prise au sens large, la notion de cyberbibliothèque dépasse très largement
l'ensemble des cyberbibliothèques définies comme telles. Un site littéraire est
pratiquement toujours doublé d'une cyberbibliothèque. Il propose souvent le
texte intégral d'oeuvres litéraires ainsi que des liens vers d'autres sites
traitant de la même époque, du même auteur ou du même genre littéraire, et ainsi
de suite.
On ne compte pas le nombre de sites consacrés à la littérature en général, et à
la littérature francophone en particulier. On ne peut pas plus justement parler
de Toile - traduction littérale du terme Web souvent adoptée par les
francophones - que pour la littérature, qui sert de support à l'élaboration
d'une gigantesque toile littéraire. Un passionné de littérature peut passer des
journées entières à aller d'une oeuvre à l'autre et d'un site à l'autre. A
l'heure actuelle, c'est la littérature du 19e et du début du 20e siècle qui est
la plus fortement représentée, puisqu'une grande partie des oeuvres est du
domaine public et n'est donc pas soumise au droit d'auteur et au casse-tête que
la gestion de celui-ci représente encore sur le Web.
Voici quelques exemples.
CyLibris, maison d'édition sur Internet, propose une sélection de sites sur
l'Internet littéraire francophone, les jeux de rôles et les journaux.
Patrick Rebollar, professeur de littérature française et d'applications
informatiques à Tokyo (Japon), mène plusieurs réalisations sur le Web, par
exemple la Chronologie littéraire 1848-1914. Il tient à jour une liste de
signets très complète, notamment dans les domaines suivants : littérature et
recherche (normes et règles, bibliothèques et éditeurs, bibliographies), revues
littéraires, linguistique, dictionnaires, lexiques, recherche littéraire,
documents littéraires par thèmes et par auteurs (Malraux, Sarraute, Camus,
Gracq, Robbe-Grillet, etc.), oeuvres littéraires, poésie, bandes dessinées, etc.
Dans son courrier électronique du 17 juillet 1998, il expliquait:
"Animant des formations d'enseignants à l'Institut franco-japonais de Tokyo, je
voyais d'un mauvais oeil d'imprimer régulièrement des adresses pour demander aux
gens de les recopier. J'ai donc commencé par des petits documents rassemblant
les quelques adresses web à utiliser dans chaque cours (avec Word), puis me suis
dit que cela simplifierait tout si je mettais en ligne mes propres signets, vers
la fin 1996. Quelques mois plus tard, je décidai de créer les sections finales
de nouveaux signets afin de visualiser des adresses qui sinon étaient fondues
dans les catégories. Cahin-caha, je renouvelle chaque mois. Mais les quantités
de travail entraînées par le Salon du livre de Tokyo (et les interviews
d'écrivains), en janvier 98, et le Festival de Yokohama (juin 1998), font qu'il
y a bien longtemps que je n'ai pas fait sérieusement mon travail de veille
techno-culturelle..."
Projet commun du CNRS (Centre national de la recherche scientifique, France) et
de l'Université de Chicago (Illinois, USA), l'ARTFL Project (ARTFL: American and
French Research on the Treasury of the French Language) est une base de données
payante de 2.000 textes du 13e au 20e siècle concernant la littérature, la
philosophie, les arts ou les sciences. Le site propose aussi en accès libre une
intéressante liste de liens avec les serveurs de littérature française lui
paraissant dignes d'intérêt.
Voici aussi quelques exemples pris dans les sites consacrés à la poésie.
Le Club des poètes est un site de poésie francophone qui souhaite la "bienvenue
en territoire de poésie de la France au Chili, de Villon jusqu'à de jeunes
poètes contemporains, en passant par toutes les grandes voix de la poésie de
tous les temps et de tous les pays". Dans son courrier électronique du 8 juin
1998, Blaise Rosnay retraçait l'évolution de son site:
"Le site du Club des Poètes a été créé en 1996, il s'est enrichi de nombreuses
rubriques au cours des années et il est mis à jour deux fois par semaine.
L'Internet nous permet de communiquer rapidement avec les poètes du monde
entier, de nous transmettre des articles et poèmes pour notre revue, ainsi que
de garder un contact constant avec les adhérents de notre association. Par
ailleurs, nous avons organisé des travaux en commun en particulier dans le
domaine de la traduction. [Nos projets pour notre site sont d']y mettre encore
et toujours plus de poésie. Ajouter encore des enregistrements sonores de poésie
dite ainsi que des vidéos de spectacles."
Poésie française propose un choix de poèmes français de la Renaissance au début
du 20e siècle. Dans son courrier du 8 juin 1998, Claire Le Parco, de la société
Webnet, indiquait:
"Nous avons créé ce site lors de la création de notre société, spécialisée dans
la réalisation de sites Internet et Intranet. Nous sommes des informaticiens qui
aimons la poésie, et nous avions envie de montrer que poésie et Internet
pouvaient faire bon ménage!"
Dans Poésie d'hier et d'aujourd'hui, Silvaine Arabo propose de nombreux poèmes,
y compris les siens. Dans son courrier électronique du 8 juin 1998, elle
expliquait:
"Je suis poète, peintre et professeur de lettres (13 recueils de poèmes publiés,
ainsi que deux recueils d'aphorismes et un essai sur le thème: poésie et
transcendance; quant à la peinture, j'ai exposé mes toiles à Paris - deux fois -
et en province ). [...] Pour ce qui est d'Internet, je suis 'autodidacte' ( je
n'ai reçu aucune formation informatique quelle qu'elle soit ) ; j'ai eu l'an
passé l'idée de construire un site littéraire centré sur la poésie: Internet me
semble un moyen privilégié pour faire circuler des idées, pour communiquer ses
passions aussi. Je me suis donc mise au travail, très empiriquement, et ai
finalement abouti à ce site [...] sur lequel j'essaye de mettre en valeur des
poètes contemporains de talent, sans oublier la nécessaire prise de recul
(Réflexions sur la poésie) sur l'objet considéré.
Ma vie professionnelle [en tant que professeur de lettres] n'en a pas été
bouleversée puisqu'elle est indépendante de cette création sur Internet. Disons
que très récemment, dans le cadre de mon activité professionnelle, j'ai fait
avec mes élèves quelques ateliers de poésie et que, devant la pertinence de
leurs productions, j'ai décidé de leur consacrer une page sur mon site (
rubrique Le jardin des jeunes poètes ). Je fais également un 'appel du pied' aux
professeurs de lettres francophones pour qu'ils m'adressent des poèmes - qu'ils
estiment réussis - de leurs élèves. Disons que ce site pourrait servir, entre
autres, de motivation - donc de moteur - à la créativité des jeunes enfants ou
des adolescents."
Voici encore quelques exemples pris dans des genres littéraires différents.
Théâtrales est une collection de textes et d'hypertextes en français sur le
théâtre. Le site a été créé en mai 1995 par André G. Bourassa, professeur à
l'Université de Québec à Montréal, et par Barry Russell, Visiting Fellow de
l'Université Brookes d'Oxford.
Polar Web se présente comme le premier site francophone entièrement consacré au
roman policier, avec des informations sur les manifestations autour du polar,
une rubrique annonçant les nouveaux titres chez différents éditeurs, et la liste
de tous les documents disponibles en texte intégral: livres, pages, articles,
nouvelles et entretiens.
BD Paradisio est consacré à la bande dessinée en ligne avec dossiers,
entretiens, biographies, dessins inédits et forums de discussion à thèmes.
Une Autre Terre est un site consacré à la science-fiction. Dans son courrier
électronique du 9 juin 1998, Fabrice Lhomme, son créateur, expliquait:
"Le serveur a vu le jour fin novembre 1996. J'ai commencé en présentant quelques
bibliographies très incomplètes à l'époque et quelques critiques. Rapidement,
j'ai mis en place les forums à l'aide d'un logiciel "maison" qui sert également
sur d'autres actuellement. [...] Depuis [la page réalisée pour le] premier
anniversaire [du serveur], le phénomène le plus marquant que je puisse noter
c'est la participation de plusieurs personnes au développement du serveur alors
que jusque là j'avais tout fait par moi-même. Le graphisme a été refait par un
généreux contributeur et je reçois régulièrement des critiques réalisées par
d'autres personnes. Pour ce qui est des nouvelles, la rubrique a eu du mal à
démarrer mais une fois qu'il y en a eu un certain nombre, j'ai commencé à en
recevoir régulièrement (effet d'entraînement). Actuellement, j'ai toutes les
raisons d'être satisfait car mon site reçoit plus de 2.000 visiteurs différents
chaque mois et toutes les rubriques ont une bonne audience. Le forum des
visiteurs est très actif, ce qui me ravit. Concernant les perspectives d'avenir,
j'envisage pour très bientôt d'ouvrir une nouvelle rubrique proposant des livres
d'occasion à vendre avec l'ambition de proposer un gros catalogue.
Eventuellement, j'ouvrirai aussi une rubrique présentant des biographies car je
reçois pas mal de demandes des visiteurs en ce sens. [...] Si l'activité de
vente de livres d'occasion se montre prometteuse, il est possible que j'en fasse
une activité professionnelle sous la forme d'une micro-entreprise."
L'actualité littéraire est présentée avec punch et humour dans ZazieWeb, revue
en ligne conçue et réalisée par Isabelle Aveline, avec un graphisme d'Oliver
Cornu. ZazieWeb comprend un édito, une rubrique Au fil du Net, un agenda, une
revue de presse, un annuaire des sites et un self-service multimédia. Sur le
site, Isabelle Aveline explique:
"ZazieWeb est un site World Wide Web professionnel et grand public indépendant,
spécifiquement dédié aux libraires, éditeurs... et grand public de culture
'livre'. Conçu comme une librairie virtuelle, un espace de documentation,
d'orientation et de ressources pour un public de culture 'papier' s'intéressant
à Internet, il se situe aux frontières de l'écrit et de l'édition électronique.
L'originalité du traitement des rubriques par rapport à un média papier étant
évidemment de 'mailler' l'information avec un site sur Internet. C'est donc un
site 'passerelle' vers Internet pour un public curieux et désorienté, avide de
connaître ce qui se passe 'de l'autre côté de l'écran'."
Dans son courrier électronique du 8 juin 1998, elle ajoutait:
"ZazieWeb est né il y a deux ans environ: juin 96. C'était à l'époque un projet
personnel qui entrait dans le cadre d'un master multimédia et que j'ai essayé de
'vendre' aux éditeurs. [...] Découvrir Internet a ouvert d'autres possibilités
et surtout maintenant je ne conçois pas de ne pas travailler 'on the web'!"
On assiste aussi à l'apparition de "la littérature interactive lancée par le
grand écrivain américain John Updike, qui, l'an dernier, balança sur le Web le
premier chapitre d'un roman que les internautes étaient censés poursuivre",
expliquait Emmanuèle Peyret dans le quotidien Libération du 27 février 1998.
Cette première expérience de littérature interactive a été réalisée à
l'initiative de la grande cyberlibrairie Amazon.com.
Lors de la fête d'Internet des 20-21 mars 1998, ATOS et France Loisirs ont à
leur tour lancé le premier roman interactif francophone, dont le premier et le
huitième et dernier chapitres ont été écrits par le romancier Yann Queffélec. Le
thème du roman était le suivant: "Une femme, condamnée à mort aux Etats-Unis,
bénéficie d'un sursis de 30 jours accordé par le gouverneur, avant son
exécution. Que va-t-elle faire de ce répit? A quoi pense-t-elle et quel message
va-t-elle laisser aux partisans et aux opposants de la peine de mort?" Le
premier chapitre était disponible sur le site de France Loisirs très exactement
le 20 mars 1998, premier jour de la fête d'Internet. Les cybernautes disposaient
de deux semaines pour proposer un deuxième chapitre. Le jury du club devait
ensuite sélectionner le meilleur chapitre qui devenait la suite officielle du
roman, et ainsi de suite jusqu'au 27 juillet. France Loisirs devait publier le
roman en septembre 1998.
L'hégémonie de l'anglais sur le Web? Elle était inévitable à l'époque
balbutiante du Web, puisque le réseau était en premier lieu américain et ensuite
essentiellement anglophone, mais ce n'est plus vrai maintenant. Tous les
amoureux de la langue française n'ont plus de souci à se faire, sinon à
continuer le travail entrepris, et peut-être aussi oeuvrer aussi bien pour un
Web francophone que pour un Web multilingue, comme le Club des poètes, qui offre
une présentation de son site en anglais, en espagnol et en portugais.
7.5. L'avenir des cyberbibliothèques
"Qu'il me suffise, pour le moment, de redire la sentence classique: 'La
bibliothèque est une sphère dont le centre véritable est un hexagone quelconque,
et dont la circonférence est inaccessible'."
Cette citation de Jorge Luis Borges pourrait parfaitement convenir aux
cyberbibliothèques.
A court ou à long terme, leur développement rapide va certainement amener à
définir la place de la cyberbibliothèque, toute récente, par rapport à la
bibliothèque multicentenaire, tout comme la bibliothèque traditionnelle doit
maintenant redéfinir ses fonctions du fait de l'existence des
cyberbibliothèques.
La British Library par exemple n'envisage pas une bibliothèque qui devienne
uniquement "cyber", et elle souhaite garder son importance à la communication
physique des imprimés, manuscrits, partitions musicales, bandes sonores, etc.,
tout en ayant conscience de la nécessité du développement parallèle des
documents numériques. Tout comme la British Library, nombreux sont ceux qui
pensent que la bibliothèque réelle ne va pas disparaître parce que la
cyberbibliothèque existe, de même que le livre physique ne va pas disparaître
parce que son équivalent numérique existe.
"On ne peut pas, on ne pourra pas tout numériser. A terme, une bibliothèque
virtuelle ne sera jamais qu'un élément de l'ensemble bibliothèque", soulignait
Jean-Pierre Angremy, président de la Bibliothèque nationale de France, dans un
article du Figaro du 3 juin 1998. Dès 1992, la BnF avait lancé un très important
programme de numérisation, et une partie des collections numérisées est
maintenant disponible sur le serveur Gallica.
Pierre Perroud, fondateur de la cyberbibliothèque Athena, expliquait dans
Informatique-Informations de février 1997 que "les textes électroniques
représentent un encouragement à la lecture et une participation conviviale à la
diffusion de la culture", notamment pour la recherche textuelle et l'étude des
textes. Il pense que ces textes "sont un bon complément au livre imprimé -
celui-ci restant irremplaçable lorsqu'il s'agit de lire". S'il est persuadé de
la nécessité de suivre de près l'évolution technologique et d'y adapter le monde
du livre et celui de l'enseignement, il n'empêche que le livre reste "un
compagnon mystérieusement sacré vers lequel convergent de profonds symboles: on
le serre dans la main, on le porte contre soi, on le regarde avec admiration; sa
petitesse nous rassure autant que son contenu nous impressionne; sa fragilité
renferme une densité qui nous fascine; comme l'homme il craint l'eau et le feu,
mais il a le pouvoir de mettre la pensée de celui-là à l'abri du Temps."
Il est vrai que, outre l'accès direct à de très nombreuses oeuvres du domaine
public, l'existence des cyberbibliothèques facilite grandement la recherche
textuelle sur une ou plusieurs oeuvres à la fois. Par exemple, les bases de
données constituées par l'ARTFL Project permettent une recherche textuelle sur
l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert ou le Dictionnaire de l'Académie
française. Menés par plusieurs organismes, de nombreux autres projets sont en
cours pour l'étude de La Bible, La Divine Comédie de Dante, l'ensemble des
oeuvres de Shakespeare, etc., et ces projets permettront de disposer de bases de
données incluant à la fois les textes et leurs commentaires sur plusieurs
siècles.
La consultation sur écran de livres anciens offre également d'immenses
perspectives. Elle permettra aux chercheurs de les visualiser et de mieux
sélectionner ceux qui les intéressent avant de demander la consultation de
certains originaux. Les perspectives sont grandes aussi pour les bibliothèques
d'images, dans lesquelles enluminures, gravures, affiches, cartes postales,
photos et films sont ou seront disponibles sur écran. Pour le moment, le temps
de déchargement d'une image est encore assez long, mais cet inconvénient devrait
bientôt disparaître avec l'augmentation de la vitesse de transmission des
données.
Le problème majeur auquel se heurte la cyberbibliothèque à l'heure actuelle est
celui du droit d'auteur. Ce problème - qui ne concerne pas seulement le livre,
la revue ou l'image, mais aussi la musique, les arts graphiques, les logiciels,
etc. - est fébrilement étudié par les auteurs, éditeurs, journalistes, etc.
Comment élargir la cyberbibliothèque à toutes les oeuvres et ne plus la limiter
aux oeuvres du domaine public comme c'est le cas maintenant? Comment mettre en
ligne les oeuvres soumises au droit d'auteur tout en respectant la législation
concernant la propriété intellectuelle? Ce problème, qui concerne les
cyberbibliothèques, les librairies, les éditeurs ou la presse en ligne,
sous-tend le développement d'Internet dans le domaine culturel et, toujours dans
le domaine culturel, son utilisation maximale comme outil de connaissance et de
communication.
Un problème plus pratique est celui de l'harmonisation des formats
informatiques, afin de rendre possible la lecture de tout document électronique
quels que soient l'ordinateur ou le logiciel utilisés. Comme nombre de
cyberbibliothèques numérisant en mode texte, le Project Gutenberg conseille
l'utilisation du format ASCII (American standard code for information
interchange).
Cyberbibliothèque francophone gérée par l'Association des bibliophiles
universels, l'ABU donne les neuf conseils suivants aux volontaires souhaitant
dactylographier des textes: 1) pas de mise en page, seulement du texte avec des
lignes d'environ 70 caractères et des sauts de ligne, 2) des sauts de ligne
avant chaque paragraphe, y compris pour les dialogues, 3) la transcription du
tiret long accompagnant les dialogues par deux petits tirets, 4) des majuscules
pour les titres, noms de chapitres et sections, avec un soulignement fait de
petits tirets, 5) la transcription des mots en italique par des blancs
soulignés, 6) pas de tabulation, mais des blancs, 7) la mise des notes de
l'auteur entre crochets et dans le corps du texte, 8) facultativement, la
pagination de l'édition originale entre crochets, 9) l'encodage final en
ISO-Latin-1.
Dans L'édition savante à l'ère de la bibliothèque virtuelle: publication d'un
livre en SGML sur le World Wide Web, mémoire de maîtrise en bibliothéconomie et
sciences de l'information (MBSI) de l'Université de Montréal (Québec) daté de
novembre 1996, Guy Teasdale répertorie tous les formats utilisés pour la
communication d'un texte électronique. Le plus utilisé est le texte en format
ASCII (American standard code for information interchange), pour que celui-ci
puissent être lu par tous les systèmes et sur toutes les machines. On a aussi
des textes formatés à partir d'un traitement de texte tel que WordPerfect ou
Word, des textes en format RTF (rich text format), format créé par Microsoft,
des textes de type PostScript ou PDF (portable document format) créés par Adobe,
des hypertextes formatés en HTML (hypertext markup language), pour lequel
Microsoft ou Netscape proposent des ajouts correspondant à leurs propres
logiciels de navigation. On a enfin des textes en format SGML (standard
generalized markup language), qui correspond à la norme ISO-8879:1986, format
dont l'auteur démontre les avantages par rapport aux autres pour l'édition
électronique de monographies spécialisées.
Guy Teasdale montre également le danger que représente l'édification d'"une tour
de Babel numérisée". L'utilisation de tous ces formats est en effet assez
inquiétante alors qu'un des objectifs du Web est justement de permettre la
circulation de l'information à travers des réseaux hétérogènes, d'où la
nécessité d'adopter un langage qui ne soit pas affecté par les nombreux
changements informatiques à venir.
Etant donné le développement rapide des cyberbibliothèques sur Internet, de
nombreux organismes publics et privés s'y intéressent de très près et mènent des
recherches approfondies souvent disponibles en ligne. Ces organismes sont
notamment la British Library et la Library of Congress, deux bibliothèques
nationales pilotes dans ce domaine, ou encore la Bibliothèque de l'UC Berkeley
(UC: University of California) avec son site SunSITE (financé en partie par Sun
Microsystems), sur lequel elle monte ses collections et services tout en
procurant informations et conseils.