Sur le site du World Wide Web Consortium, consortium industr

DE L'IMPRIME A INTERNET © 2000 by Marie Lebert is licensed under

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https://creativecommons.org/licenses/by-nc-sa/4.0/

DE L'IMPRIME A INTERNET

MARIE LEBERT

Editions 00h00, Paris, 1999 & NEF, University of Toronto, 2001

Comment le monde de l’imprimé accepte-t-il ce nouvel outil d’information et de

communication qu’est Internet? De quelle manière Internet prend-il en compte les

différents secteurs de l’imprimé? Une étude datée de mars 1999 et basée sur de

nombreux entretiens. Avec une version anglaise (différente): From the Print

Media to the Internet. Les versions originales sont disponibles sur le NEF:

http://www.etudes-francaises.net/entretiens/print.htm

TABLE

1. Présentation

2. Internet

3. Les cyberlibrairies

4. Les éditeurs sur le Web

5. La presse en ligne

6. Les bibliothèques sur le Web

7. Les cyberbibliothèques

8. Les catalogues en ligne

9. Perspectives

10. Glossaire

11. Sélection de documents imprimés

12. Sélection de sites web

13. Index des sites et pages web

14. Index des personnes citées

1. PRESENTATION

Si le monde de l'imprimé couvre plus de cinq siècles, celui d'Internet entame

seulement sa cinquième année.

1994 est l'année qui marque les véritables débuts d'Internet à l'échelle

mondiale, avec une restructuration en profondeur des communications à l'échelon

personnel et professionnel, et une restructuration des méthodes de travail à

tous les niveaux. Si Internet existe en fait depuis 1969 en tant que réseau mis

en place par le Pentagone et si l'invention du World Wide Web, beaucoup plus

récente, date de 1989-90, Internet n'a véritablement "explosé" qu'à partir de

novembre 1993, suite à la création de Mosaic, le premier logiciel de navigation

et l'ancêtre de Netscape.

Le monde de l'imprimé et celui d'Internet sont-ils antagonistes ou

complémentaires? Quelle est leur influence l'un sur l'autre? Comment le monde de

l'imprimé accepte-t-il ce nouvel outil d'information et de communication qu'est

Internet? De quelle manière Internet prend-il en compte cet outil

multicentenaire qu'est l'imprimé? Travaillent-ils de concert? Se font-ils

concurrence? Quel est leur avenir commun? Le monde d'Internet va-t-il

complètement avaler l'univers de l'imprimé, ou l'imprimé va-t-il au contraire

domestiquer Internet en tant qu'outil de communication supplémentaire? Sans

compter toutes les interconnexions et transformations dont nous n'avons pas

encore idée puisqu'on nous assure régulièrement qu'Internet est en train de

révolutionner le monde au même titre que l'écriture ou l'imprimerie en d'autres

temps.

Par ailleurs, quelles sont les implications pour tous les professionnels de

l'imprimé: auteurs, bibliothécaires, éditeurs, imprimeurs, journalistes,

libraires, traducteurs, etc.? Comment voient-ils la déferlante qui s'abat sur

eux et l'ouragan qu'amène dans leur vie professionnelle la conquête du monde de

l'imprimé par Internet? Telles sont les questions qui seront abordées dans les

pages qui suivent.

De plus en plus d'ouvrages ont à la fois une édition électronique et une édition

papier pouvant toutes deux être commandées en ligne. Les cyberbibliothèques

permettent de consulter de nombreux textes à l'écran. On a toujours loisir

d'acheter ensuite la version imprimée si on préfère lire cinq cents pages au

coin du feu plutôt que sur son ordinateur. Certains textes ou magazines ne sont

désormais disponibles qu'en version électronique, et les livres électroniques

sont pour bientôt.

De plus en plus de journaux et magazines ont maintenant leur site sur lequel on

trouve le texte intégral ou des extraits du dernier numéro, les archives des

numéros précédents, des dossiers, etc. De plus en plus de catalogues de

bibliothèques sont consultables en ligne. Et pratiquement tous les sites

proposent des liens avec d'autres sites ayant les mêmes centres d'intérêt. En

bref, Internet est devenu indispensable pour se documenter, avoir accès aux

documents et élargir ses connaissances.

On ne traitera pas ici des publications pour la jeunesse qui, ayant connu un

grand essor depuis les années soixante, forment un monde bien spécifique aussi

bien sur papier que sur Internet, et qui mériteraient une étude à part.

Après avoir situé Internet dans un contexte à la fois international, européen et

francophone, on étudiera son interaction avec l'imprimé dans les domaines

suivants: librairies, éditeurs, presse, bibliothèques, cyberbibliothèques et

catalogues. On incluera aussi les réponses des professionnels qui ont participé

à une enquête menée en juin et juillet 1998. Cette enquête portait sur trois

questions: 1) Quel est l'historique de votre site web? 2) Dans quelle mesure

Internet a-t-il changé votre vie professionnelle? 3) Comment voyez-vous votre

avenir professionnel avec Internet?

On exposera ensuite les perspectives concernant la propriété intellectuelle et

le droit du cyberespace, l'édition électronique, la convergence multimédia et la

société de l'information.

L'univers du Web se développe et se transforme à une telle vitesse que certaines

des informations présentes dans ces pages risquent d'être rapidement obsolètes.

Tant pis, ou plutôt tant mieux. Le monde d'Internet est rapide. Cela n'empêche

pas un point de la situation à un moment donné, même si ce point devient très

rapidement historique et passe dans les archives. Datant de mars 1999, cette

étude est la version actualisée d'une thèse de doctorat de l'Ecole pratique des

hautes études (Université de la Sorbonne, Paris) soutenue en janvier 1999.

[Après avoir été documentaliste sous contrat dans plusieurs pays pour monter des

services documentaires et informatiser des catalogues, l'auteure participe

maintenant à la préparation de publications (rédaction, traduction, correction

ou indexation). Depuis 1996, elle travaille essentiellement pour le Bureau

international du Travail (BIT, Genève). Passionnée par les langues, elle

s'intéresse également au multilinguisme sur le Web, objet d'une autre étude.]

2. INTERNET

[Dans ce chapitre:]

[2.1. Chiffres et éléments techniques / 2.2. Concepts de base / 2.3.

"Info-riches" et "info-pauvres" / 2.4. Internet francophone, anglophone et

multilingue]

2.1. Chiffres et éléments techniques

Depuis trois ans environ, Internet fait partie intégrante de notre vie

quotidienne. Fin 1997, le nombre des cybernautes était estimé à 100 millions,

avec un million de nouveaux utilisateurs chaque mois. D'après le Computer

Industry Almanach, document de référence sur l'évolution du cyberespace, les

cybernautes seront plus de 300 millions en l'an 2000.

La France a été raccordée à Internet très exactement le 28 juillet 1988. Dix ans

après, le nombre de cybernautes français est estimé à 3 millions. D'après le

Computer Industry Almanach, il sera de 12,6 millions à la fin de l'an 2000.

Après avoir été un phénomène expérimental qui a enthousiasmé quelques

"branchés", Internet a envahi le monde. Les signes cabalistiques des adresses

Internet fleurissent sur les livres, les magazines, les affiches et les

publicités, sans parler de tous les produits qu'on achète au supermarché. On

nous promet bientôt Internet dans tous les foyers. On parle de mariage de

l'ordinateur et de la télévision avec écrans interchangeables ou intégrés, et

d'accès à Internet par le même biais que la télévision câblée. Depuis le 1er

janvier 1998, pour un abonnement de 260 FF par mois tout compris, les Parisiens

peuvent accéder au réseau Internet par leur prise de câble dans certains

arrondissements, et plusieurs villes de province (Annecy, Nice, Strasbourg,

etc.) disposent des mêmes facilités depuis 1997.

Une autre preuve tangible de l'invasion d'Internet dans notre vie quotidienne

est que sa majuscule tend petit à petit à s'estomper. Internet - qui était

encore une planète à part voici peu de temps - est peu à peu remplacé par

internet, avec un "i" minuscule. Internet deviendra sans doute un nom commun, au

même titre que: téléphone, ordinateur ou télécopieur. En français, on écrit

aussi bien Internet, sans article, que l'Internet, avec article. Dans les pages

qui suivent, on a choisi d'utiliser la forme la plus répandue dans le grand

public, à savoir Internet avec une majuscule et sans article.

En ce qui concerne le vocabulaire d'Internet, on a également choisi autant que

possible l'équivalent français d'un terme anglais quand celui-ci existe. Mais -

que les défenseurs inconditionnels de la langue française nous pardonnent - on

utilise aussi quelques termes résolument anglophones parce que tout simplement

intraduisibles si on veut que le texte reste compréhensible. On a également

tenté d'éviter le ridicule. Par exemple, CD-Rom reste CD-Rom - orthographe

utilisée entre autres par Libération, Le Monde et Télérama - et non cédérom,

comme le préconise l'Académie française. CD-Rom étant l'acronyme de "compact

disc-read only memory", il n'y a aucune raison de le franciser. De même, on

parle par exemple de courrier électronique et non de Mél. (abrégé de: messagerie

électronique), un terme à l'orthographe résolument francophone, mais beaucoup

moins utilisé.

Les paragraphes qui suivent ne se veulent en aucune manière une présentation

complète d'Internet. Les ouvrages abondent dans ce domaine, et on en trouvera

une sélection dans la bibliographie. Le but est seulement de "situer" Internet

pour une meilleure compréhension du sujet. De même, on utilise les termes

techniques uniquement quand c'est indispensable, et ceux-ci sont

systématiquement expliqués dans le corps du texte et dans le glossaire. Etant

assez critique à l'égard des informaticiens employant un language hermétique

compris d'eux seuls alors qu'ils sont censés se faire comprendre du grand

public, on a tenté d'éviter de tomber dans les mêmes travers.

Internet est défini comme un ensemble de réseaux commerciaux, réseaux publics,

réseaux privés, réseaux d'enseignement, réseaux de services, etc., qui opèrent à

l'échelle planétaire. De par ses facilités de connexion d'une part et de par sa

diversité d'autre part, Internet offre d'énormes ressources en information et en

communication, et ces ressources augmentent régulièrement et de façon

spectaculaire.

C'est le World Wide Web qui a rendu Internet très populaire et qui a permis sa

gigantesque progression. Directeur de l'Internet Activities Board (IAB),

Christian Huitema explique que le World Wide Web "repose sur trois idées

principales, la navigation par 'hypertexte' [ensemble de liens permettant

l'accès à d'autres documents], le support du multimédia, et l'intégration des

services préexistants."

Plus communément appelé Web, ou encore WWW ou W3, le World Wide Web a été créé

par Tim Berners-Lee en 1989-1990 au CERN (Laboratoire européen pour la physique

des particules) à Genève, et il a révolutionné la consultation d'Internet en

permettant la publication de documents au moyen du système hypertexte, à savoir

un ensemble de liens hypertextes permettant de passer d'un document textuel ou

visuel à un autre au moyen d'un simple clic de souris. Devenue véritablement

interactive, l'information devenait soudain beaucoup plus attractive.

Le Web est donc très postérieur à Internet, réseau informatique global

connectant gouvernements, sociétés, universités, etc., depuis bientôt trente

ans. Et, même si, improprement, on les considère souvent comme synonymes, le Web

n'est qu'un des aspects d'Internet, qui englobe plusieurs autres services:

courrier électronique, forums de discussion, visioconférence, gopher, FTP (file

transfer protocol), IRC (Internet relay chat), Telnet (terminal network

protocol), etc.

Le Web a logiquement bénéficié de l'infrastructure d'Internet, particulièrement

aux Etats-Unis. C'est la raison pour laquelle ce pays a quelques longueurs

d'avance sur le reste du monde. On se plaint souvent de l'hégémonie américaine

alors que il s'agit surtout d'une avance technique. Comme on le verra plus loin,

malgré tous les efforts des "dynosaures" politiques et commerciaux, il est

difficile à quelque pays ou à quelque communauté que ce soit de "mettre la main"

sur le Web, c'est ce qui fait sa force.

Développé par le National Center for Supercomputing Applications (NSCA) à

l'Université d'Illinois (USA) et distribué gratuitement à partir de novembre

1993, Mosaic fut le premier navigateur sur le Web et il contribua grandement à

son développement rapide. Début 1994, une partie de l'équipe de Mosaic émigra

dans la Netscape Communications Corporation pour commercialiser son logiciel

sous le nom de Nescape Navigator. A ce jour, il est le navigateur le plus

utilisé au monde avec 70% du marché mondial.

En 1995, pour concurrencer Netscape Navigator, Microsoft créa Internet Explorer,

distribué gratuitement dans le pack accompagnant Windows 95 - qui équipe 90% des

ordinateurs dans le monde - ce qui provoqua un véritable tollé. Les concurrents

de Microsoft accusaient la société de vouloir créer une situation de

quasi-monopole, mettant ainsi en péril la libre concurrence alors qu'il existe

une législation anti-trust dans le domaine de la haute technologie. Depuis

plusieurs mois, les médias couvrent abondamment les démêlés de Bill Gates,

patron de Microsoft, avec le ministère américain de la Justice sur la

commercialisation d'Internet Explorer avec ou sans Windows 98 - qui succède à

Windows 95.

Chaque serveur web est accessible au moyen d'une adresse qui lui est propre,

plus précisément appelée URL (uniform resource locator). De par leur complexité,

un grand nombre d'adresses Internet sont difficiles à retenir, si bien que les

navigateurs proposent des favoris, également appelés signets. Ces favoris

permettent à chacun de constituer son propre répertoire de sites web sans devoir

relancer une recherche ou bien retaper complètement une adresse pour chaque

consultation.

Un site web est le plus souvent formé d'un ensemble de pages-écran reliées entre

elles par des liens hypertextes, qui sont en général soulignés et d'une couleur

différente de celle du texte. Grâce à un simple clic, l'utilisateur est renvoyé

soit à une autre partie du document, soit à un autre document du site, soit à un

autre site. Plus récemment, cette interactivité a encore été accrue par la

possibilité de liens hypermédias permettant la connexion de textes et d'images

avec des graphiques, vidéos ou bandes sonores.

La recherche sur le Web est facilitée par des annuaires et des moteurs de

recherche.

Appelés également répertoires par les francophones, les annuaires recensent tous

les sites web et les classent par thèmes afin d'aider l'utilisateur à trouver

l'information qu'il cherche. Ces annuaires permettent aussi bien de trouver

l'adresse d'un site dont on connaît déjà le nom que de faire une recherche par

sujet.

L'annuaire le plus utilisé sur le Web est Yahoo!, acronyme de: Yet Another

Hierarchical Officious Oracle! Créé en 1994 par des étudiants de l'Université de

Stanford (Californie, USA) pour recenser et classer par thèmes les sites web,

Yahoo! est devenu une institution. Le travail est effectué par le cerveau

humain, contrairement aux moteurs de recherche comme AltaVista où tout est

automatisé. Divisé en 63 grandes catégories, Yahoo! comprend notamment des

secteurs sur les bibliothèques, les cyberbibliothèques, les textes

électroniques, etc. Consultable en anglais, allemand, coréen, français,

japonais, norvégien et suédois, Yahoo! travaille de concert avec AltaVista.

Quand une recherche ne donne pas de résultat dans l'un, elle est automatiquement

aiguillée sur l'autre. Depuis la fin décembre 1998, le site de Yahoo! France

permet à chaque utilisateur de créer son propre guide de recherche avec Mon

Yahoo!

Les moteurs de recherche sont de gigantesques bases de données dans lesquelles

le recensement des sites est entièrement automatisé. Le plus utilisé, AltaVista,

est disponible en quatorze langues, dont le français. Il permet aussi la

recherche d'images, et la recherche par sujets grâce à AltaVista Subject Search.

Depuis décembre 1997, il propose AltaVista Translation, un service de traduction

automatisée de l'anglais vers les langues suivantes: allemand, espagnol,

français, italien et portugais, et vice versa. Bien qu'ayant ses limites:

traduction de trois pages maximum, texte traduit très approximatif, etc., ce

service a été immédiatement très apprécié des cybernautes non anglophones.

D'autres instruments de recherche ont été créés à destination du public

francophone, par exemple Nomade ou Ecila.

Le seul véritable point faible du Web, ce sont les connexions parfois difficiles

et les délais d'attente imprévisibles nécessaires pour se connecter à un

fournisseur d'accès à Internet par le biais du réseau téléphonique. Ces délais

mettent les nerfs du cybernaute pressé à rude épreuve et devraient être résolus

à plus ou moins long terme. Pour le moment, le plus souvent, un particulier se

connecte à Internet par le biais d'un modem branché sur sa ligne téléphonique,

appelé un réseau à bande étroite (fils de cuivre). Les réseaux à bande étroite

seront progressivement remplacés par des réseaux à bande moyenne (RNIS et ADSL)

et des réseaux à large bande (fibres optiques), qui éviteront les délais de

connexion et permettront un déchargement rapide des images. D'ores et déjà, la

carte RNIS (réseau numérique à intégration de services) permet une transmission

rapide des données par câble téléphonique, parallèlement à la transmission des

services de téléphonie et de télécopie.

Le procédé ADSL (asymmetric digital subscriber line) permet d'augmenter

considérablement la vitesse de transmission des données par les lignes

téléphoniques classiques tout en préservant lui aussi la circulation de la voix

et de la télécopie. Depuis octobre 1997, France Télécom et Alcatel ont lancé

Turbo Wanadoo, avec une première plate-forme expérimentale à Noisy-le-Grand

(Seine-Saint-Denis, dans la région parisienne), suivie d'une deuxième

plate-forme à Rennes (Bretagne) au printemps 1998. L'abonnement est de 422 FF

par mois.

Aux traditionnels câbles métalliques succèdent les câbles à fibres optiques, de

bien plus gros débit. Ces câbles utilisent la technologie ATM (asnychronous

tranfer mode), un protocole pouvant transmettre tout type d'information, y

compris la voix et la vidéo, par l'acheminement indépendant de cette information

fragmentée en de multiples paquets et reconstituée à l'arrivée pour recomposer

l'information initiale, le tout dans un délai donné.

Dans Cyberplanète : notre vie en temps virtuel, passionnant ouvrage de Philip

Wade et Didier Falkand (Paris, éditions Autrement, 1998), il est indiqué que les

Etats-Unis installent 6.000 kilomètres de fibre optique par jour. A ce rythme,

il leur faudra 890 ans et 700 milliards de dollars d'investissement pour

remplacer tous les fils de cuivre du téléphone. Pour une opération similaire, le

Japon aurait besoin de quinze ans et 500 milliards de dollars.

Afin d'accélérer les échanges de données sur le réseau, on envisage donc

maintenant d'installer des satellites en orbite basse d'ici l'an 2002. Situés à

moins de 2.000 km d'altitude, ces satellites auront un temps de réponse de vingt

millisecondes, correspondant à celui d'un câble à fibre optique. Plusieurs

programmes ont été mis en place pour travailler à ce projet, dont le programme

européen Skybridge et ceux de ses concurrents américains Celestru et Teledesic.

Techniquement parlant, on s'interroge souvent sur la place de l'Europe dans le

développement d'Internet. A la question posée en décembre 1997 par Pierre

Ruetschi, journaliste à la Tribune de Genève: "Pourquoi l'Europe a-t-elle

accumulé un tel retard sur les Etats-Unis en matière de présence et de

développement sur l'Internet? Et peut-elle rattraper ce retard?", Tim

Berners-Lee, président du World Wide Web Consortium, répondait en expliquant

l'avance des Etats-Unis par les importants investissements faits par l'Etat. Il

insistait aussi sur l'avance technologique de l'Europe sur les Etats-Unis dans

plusieurs domaines: Minitel, cartes à puce, téléphones cellulaires, etc.

Il est vrai que la France fut un pays pilote avec l'utilisation intensive du

Minitel par un quart de sa population. Développé par France Télécom, le Minitel

est un terminal permettant la consultation de serveurs à domicile, consultation

qui fut fortement encouragée par l'Etat français puisqu'il distribua

gratuitement des millions de terminaux. L'opération Minitel fut un succès,

contrairement à des opérations similaires menées dans d'autres pays (Prestel en

Angleterre, BX en Allemagne ou Alex au Canada) qui, elles, ne remportèrent pas

le succès escompté. Même s'il est technologiquement limité, le Minitel est "tout

ce qu'Internet doit encore devenir", expliquait Bruno Guissani dans le quotidien

Libération du 5 décembre 1997. "Le coût de l'équipement est proche de zéro. Le

système permet des transactions sûres et légalement fiables. Il garantit un bon

degré de protection personnelle (privacy). Il est simple à utiliser. Et il

génère des revenus tant pour ses opérateurs que pour les marchands qui s'y

aventurent."

La plupart des serveurs disponibles sur Minitel le sont maintenant également sur

le Web, avec les avantages qu'offrent une consultation meilleur marché (le prix

d'une communication téléphonique locale), la facilité de navigation et les

possibilités du multimédia.

Dans les foyers, la consultation du Minitel va bientôt être rempacée par celle

d'Internet. Alcatel, firme française qui fut l'une des bénéficiaires du succès

du Minitel, compte mettre le successeur du Minitel sur le marché en 1999. Muni

d'un écran couleur et fonctionnant en langage Java, ce téléphone permettra de

naviguer en direct sur Internet. Il sera équipé d'un modem de 33,6K (kilobits

par seconde) ou d'une carte RNIS (réseau numérique à intégration de services),

ainsi que d'un lecteur de carte bancaire permettant les paiements sécurisés. Cet

équipement coûtera environ 3.000 FF.

2.2. Concepts de base

Sur le site de l'Internet Society, organisme professionnel international

coordonnant et promouvant le développement d'Internet, The Brief History of

Internet propose d'Internet une triple définition. Internet est : 1) un

instrument de diffusion internationale, 2) un mécanisme de diffusion de

l'information, 3) un moyen de collaboration et d'interaction entre les individus

et les ordinateurs, indépendamment de leur situation géographique.

Selon ce document, bien plus que toute autre invention (télégraphe, téléphone,

radio ou ordinateur), Internet a révolutionné de fond en comble le monde des

communications. Il représente un des exemples les plus réussis d'interaction

entre un investissement soutenu dans la recherche et le développement de

l'infrastructure de l'information, qui ont été l'objet d'un réel partenariat

entre les gouvernements, les industries et les universités.

C'est le 24 octobre 1995 que le Federal Networking Council (FNC) accepte une

résolution visant à proposer une définition développée en consultation avec les

membres des communautés d'Internet et ceux des organismes défendant la propriété

intellectuelle. Internet est donc défini comme un système d'information globale

obéissant aux trois caractéristiques suivantes: 1) des adresses d'un type unique

basées sur le protocope IP (Internet protocol) ou ses extensions, 2) des

communications utilisant le TCP/IP (transmission control protocol / Internet

protocol), ses extensions ou des protocoles compatibles, 3) la mise à

disposition de services publics ou privés à partir de ces infrastructures.

Sur le site du World Wide Web Consortium, consortium industriel international

établissant les protocoles communs nécessaires au Web, Bruce Sterling décrit le

développement spectaculaire d'Internet dans Short History of the Internet.

Internet se développe plus vite que les téléphones cellulaires ou les

télécopieurs. En 1996, sa croissance était de 20% par mois. Le nombre des

machines ayant une connexion directe TCP/IP avait doublé depuis 1988. D'abord

présent dans l'armée et dans les instituts de recherche, Internet a déferlé

comme un raz-de-marée dans les écoles, les universités et les bibliothèques, et

il a également été pris d'assaut par le secteur commercial.

Bruce Sterling s'intéresse aussi aux raisons pour lesquelles on se connecte à

Internet. Une des raisons essentielles lui semble être la liberté. Internet est

un exemple d'"anarchie réelle, moderne et fonctionnelle". Il n'y a pas de

société Internet. Il n'y a pas non plus de censeurs officiels, de patrons, de

comité de direction ou d'actionnaires. Toute personne peut parler d'égale à

égale avec une autre, du moment qu'elle se conforme aux protocoles TCP/IP, des

procotoles qui ne sont pas sociaux ou politiques mais strictement techniques.

Internet est aussi une bonne affaire commerciale. Contrairement à la téléphonie

traditionnelle, il n'y a pas de frais longue distance. Et, contrairement aux

réseaux informatiques commerciaux, il n'y pas de frais d'accès. En fait,

Internet, qui n'existe même pas officiellement en tant qu'entité, n'a pas de

facturation propre. Chaque groupe de personnes ayant accès à Internet est

responsable de ses propres machines et de ses propres connexions.

Plusieurs organismes internationaux travaillent au développement d'Internet. En

voici trois.

Créée en 1992 par Vinton Cerf, souvent appelé le père d'Internet parce qu'il est

l'inventeur du protocole TCP/IP (à la base de tout échange de données),

l'Internet Society (ISOC) est un organisme professionnel international non

gouvernemental regroupant des secteurs ayant des intérêts divers afin d'élaborer

des solutions permettant de promouvoir le développement d'Internet.

Le World Wide Web Consortium (W3C) est un consortium industriel international

fondé en 1994 pour développer les protocoles communs nécessaires à la croissance

du Web et guider ainsi cette croissance en en définissant les standards. Etabli

à Boston dans le MIT Laboratory for Computer Science (MIT: Massachussets

Institute of Technology, USA) et dirigé par Tim Berners-Lee, inventeur du World

Wide Web en 1989-1990, il réunit les entreprises qui comptent dans le monde

d'Internet.

L'Electronic Frontier Foundation (EFF) est un organisme à but non lucratif de

défense des libertés civiles, qui oeuvre dans l'intérêt public pour protéger le

respect de la vie privée, la liberté d'expression, l'accès en ligne de

l'information publique et la responsabilité civile dans les nouveaux médias.

Internet est-il un concurrent direct de la télévision et de la lecture? En 1996,

un cybernaute sur deux passait moins de temps devant la télévision. 18% des

cybernautes lisaient moins de livres, 5% en lisaient plus. 15% lisaient moins de

quotidiens et magazines, 12% en lisaient plus.

Au Québec, où 30,7% de la population est connectée à Internet, un sondage

réalisé en mars 1998 par l'institut Som pour le compte du magazine

Branchez-vous! montre que 28,8% des Québécois connectés regardent moins la

télévision qu'avant. Par contre, seuls 12,1% lisent moins, ce qui, d'après le

cyberquotidien Multimédium, est "plutôt encourageant pour le ministère de la

Culture et des Communications qui a la double tâche de favoriser l'essor de

l'inforoute et celui... de la lecture!"

Lors d'un entretien avec Annick Rivoire publié dans Libération du 16 janvier

1998, Pierre Lévy, philosophe, expliquait qu'Internet va contribuer à la fin des

monopoles:

"Le réseau désenclave, donne plus de chance aux petits. On crie 'ah! le monopole

de Microsoft', mais on oublie de dire que l'Internet sonne la fin du monopole de

la presse, de la radio et de la télévision et de tous les intermédiaires."

Fondateur de l'Internet Society (ISOC), Vinton Cerf insiste régulièrement sur le

fait qu'Internet relie moins des ordinateurs que des personnes et des idées. Il

explique aussi:

"Le réseau fait deux choses [...]: comme les livres, il permet d'accumuler de la

connaissance. Mais surtout, il la présente dans une forme qui la met en relation

avec d'autres informations. Alors que dans un livre, l'information est maintenue

isolée."

C'est ce que Pierre Lévy définit comme l'intelligence collective:

"Les réseaux permettent de mettre en commun nos mémoires, nos compétences, nos

imaginations, nos projets, nos idées, et de faire en sorte que toutes les

différences, les singularités se relancent les unes les autres, entrent en

complémentarité, en synergie."

Philosophe passionné par le cyberespace, Timothy Leary constate dans Chaos et

cyberculture (Paris, éditions du Lézard, 1997):

"Jamais l'individu n'a eu à sa portée un tel pouvoir. Mais, à l'âge de

l'information, il faut saisir les signaux. Populariser signifie 'rendre

accessible au peuple'. Aujourd'hui, le rôle du philosophe est de personnaliser,

de populariser et d'humaniser les concepts informatiques, de façon à ce que

personne ne se sente exclu."

Lors d'une entrevue accordée en automne 1997 à François Lemelin, rédacteur en

chef de L'Album, publication officielle du Club Macintosh de Québec, Jean-Pierre

Cloutier, auteur des Chroniques de Cybérie, expliquait:

"Je crois que le médium (Internet, ndlr) va continuer de s'imposer, puis donner

lieu à des services originaux, précis, spécifiques, quand on aura trouvé un

modèle économique de viabilité. Que ce soit pour les cybermédias d'information

comme les Chroniques de Cybérie, ou pour les info-services, les services

communautaires et publics en ligne, le commerce électronique, l'éducation à

distance, la politique post-moderne qui va changer les rapports élus/commettants

(élus/administrés, ndlr), en fait, tout ça s'en vient (tout cela est pour

bientôt, ndlr). (...) Pour ce qui est des rapports avec les autres médias, je

crois qu'il faut regarder en arrière. Contrairement aux dires des alarmistes de

toutes les époques, la radio n'a pas tué l'industrie de la musique ou du

spectacle, pas plus que le cinéma. La télé n'a pas tué la radio, ni le cinéma.

Le vidéo à domicile non plus. Quand un nouveau médium arrive, il se fait une

place, les autres s'ajustent, il y a une période de transition, puis une

'convergence'.

Ce qui est différent, avec Internet, c'est la dimension interactive du médium et

son impact possible. C'est la donnée sur laquelle on réfléchit encore, on

observe. Aussi, comme médium, le Net fait émerger de nouveaux concepts sur le

plan de la communication, et sur le plan humain, et ce même pour les non

branchés. Je me souviens (eh oui, j'ai cet âge) quand McLuhan est arrivé, fin

des années soixante, avec son concept de 'village global' en se basant sur la

télévision, le téléphone, et qu'il prévoyait les échanges de données entre

ordinateurs. Eh bien il y a eu des gens, en Afrique, sans télévision et sans

téléphone, qui ont lu et qui ont compris McLuhan. Et McLuhan a changé des choses

dans leur conception de voir le monde. L'Internet a ce même effet. Il provoque

une réflexion sur la communication, la vie privée, la liberté d'expression, les

valeurs auxquelles on tient, celles dont on est prêt à se débarrasser, et c'est

ça qui en fait un médium si puissant, si important."

2.3. "Info-riches" et "info-pauvres"

Les enjeux économiques de la société de l'information sont considérables. "Un

chiffre très supérieur aux exportations mondiales de produits agricoles, et une

croissance la plus rapide de toutes les industries avec un taux moyen de 15% par

an depuis 1990 pour l'informatique et de 10% pour les télécommunications. Leur

contribution au PIB (produit intérieur brut) mondial devrait dépasser 10% d'ici

à l'an 2000 et poursuivre son expansion au-delà", précisent Philip Wade et

Didier Falkand dans Cyberplanète: notre vie en temps virtuel (Paris, éditions

Autrement, 1998).

Il existe évidemment une corrélation directe entre le développement économique

et social et l'accès aux télécommunications. L'accès aux nouvelles technologies

de communication progresse beaucoup plus rapidement dans les nations situées au

nord de la planète que dans celles situées au sud, et on trouve beaucoup plus de

serveurs web en Amérique du Nord et en Europe que sur les autres continents.

Deux tiers des cybernautes habitent les Etats-Unis, pays dans lequel 40% des

foyers sont équipés d'un ordinateur, pourcentage que l'on retrouve aussi au

Danemark, en Suisse et aux Pays-Bas. Le pourcentage est de 30% en Allemagne, 25%

au Royaume-Uni, et 20% dans la plupart des pays industrialisés.

Disponibles dans le Computer Industry Almanach, document de référence sur

l'évolution du cyberespace, les statistiques du 19 mars 1998 sur le pourcentage

des connexions par nombre d'habitants montrent que la Finlande est le pays le

plus "branché" du monde avec 25% de cybernautes, suivi par la Norvège (23%) et

l'Islande (22,7%). Les Etats-Unis se trouvent au quatrième rang avec 20% de

cybernautes. Onze pays dans le monde ont une proportion d'usagers d'Internet

dépassant les 10%, et la Suisse est le onzième avec 10,7%.

En ce qui concerne le pourcentage global, les statistiques de fin 1997 du

Computer Industry Almanach - qui tiennent compte des branchements à domicile, au

bureau et dans les établissements d'enseignement - montrent que les Etats-Unis

sont encore largement en tête avec 54,68% du total mondial, suivis par le Japon

(7,97%), la Grande-Bretagne (5,83%) et le Canada (4,33%). Les chiffres montrent

aussi que la place des Etats-Unis ne cesse de diminuer: 80% en 1991, moins de

65% en 1994, moins de 50% courant 1998 et une prévision de moins de 40% en l'an

2000. La France (1,18%) et la Suisse (0,77%) font également partie des quinze

pays les plus "branchés".

A l'échelle mondiale, l'accès universel aux autoroutes de l'information est loin

d'être assuré. En ce qui concerne la téléphonie de base, la télédensité varie de

plus de 60 lignes téléphoniques pour 100 habitants dans les pays riches (par

exemple 68 en Suède, 63 aux Etats-Unis, 61 en Suisse et au Danemark) à moins

d'une dans les pays pauvres. L'Amérique du Nord et l'Europe de l'Ouest disposent

de la moitié des lignes téléphoniques dans le monde, alors que la moitié de la

population mondiale n'a jamais utilisé un téléphone.

Dans les pays en développement, il est fort peu probable que les connexions à

Internet se fassent par le biais des lignes téléphoniques traditionnelles alors

qu'il existe maintenant d'autres solutions technologiques. Les pays en

développement possèdent un taux d'équipement en lignes numériques comparable à

celui des pays industrialisés. En 1995, les statistiques étaient de 77% pour

l'Amérique du Nord, 72% pour l'Asie et le Pacifique, 64% pour l'Europe de

l'Ouest et l'Amérique latine, et 70% pour le Moyen-Orient et l'Afrique.

Le développement de la téléphonie mobile est également spectaculaire, et

l'équipement en téléviseurs est proche de celui des pays industrialisés. Selon

Philip Wade et Didier Falkland, le micro-ordinateur pourrait avoir un

développement similaire, à condition que la fiscalité et les droits de douane ne

soient pas trop élevés. La solution pourrait se trouver dans la radiotéléphonie

cellulaire et la connexion par satellite. Par contre, le contrôle des moyens

d'information, facile pour la télévision, risque de l'être beaucoup moins pour

Internet, même si des pays comme la Chine ou Singapour bloquent pour le moment

l'accès à certains serveurs jugés politiquement ou moralement incorrects.

Lors d'un discours prononcé en octobre 1995 à Genève pendant le septième Forum

international des télécommunications, Nelson Mandela, président de l'Afrique du

Sud, déclarait que "les technologies de communication ne doivent pas être

considérées comme un luxe, intervenant après le développement général du pays,

mais comme l'une des convictions qui déterminent les capacités des pays en

développement à engager la modernisation de leur économie et de leur société".

Les nouveaux réseaux peuvent contribuer au développement économique des pays en

développement. Plusieurs programmes ont été lancés dans ce domaine comme infoDev

(programme de la Banque mondiale) ou WorldTel et, spécifiquement pour l'Afrique,

un programme de l'US Agency for International Development (AID), @frinet

(programme du Canada) ou AfriWeb (programme du Québec).

La démarcation entre "info-riches" et "info-pauvres" ne suit cependant pas

systématiquement la démarcation entre pays développés et pays en développement.

L'accès aux technologies de l'information est lui-même très inégal dans les pays

riches. Quelques pays en développement, par exemple la Malaisie ou les pays

d'Amérique latine, ont une politique très dynamique en matière de

télécommunications. Un document préparatoire de la deuxième Conférence sur le

développement des télécommunications dans le monde - qui s'est déroulée du 23

mars au 1er avril 1998 à Valletta (Malte) - montre que plusieurs pays en

développement, comme le Botswana, la Chine, le Chili, la Thaïlande, la Hongrie,

le Ghana et l'Ile Maurice, ont réussi à étendre la densité et la qualité de

leurs services téléphoniques au cours des trois dernières années. Par contre,

pour les nations les plus pauvres, la situation s'est encore aggravée.

Président de Nation Printers and Publishers (Kenya) (devenue Nation Media Group

le 23 juillet 1998), Wilfred Kiboro déclarait lors du Colloque sur la

convergence multimédia des 27-29 janvier 1997 à Genève:

"Le coût de la technologie de l'information doit être ramené à un niveau

abordable. Je rêve du jour où les villageois africains pourront accéder à

Internet depuis leur village, aujourd'hui privé d'eau et d'électricité." En

effet, dans le domaine des médias particulièrement, il existe un gouffre entre

les "info-riches" et les "info-pauvres". Dans de nombreux pays africains, le

tirage des journaux est extrêmement faible comparé au chiffre de la population,

et chaque exemplaire est lu par une vingtaine de personnes au moins. Selon

Wilfred Kiboro, les coûts de distribution pourraient fortement baisser avec la

mise en service d'un système d'impression par satellite qui éviterait le

transport des journaux par camion dans tout le pays.

Un article du quotidien Le Monde du 30 mars 1998 montre que certains pays en

développement comptent aussi sur le Web pour redorer leur image, comme la

Mauritanie qui, fin mars 1998, présentait son site web officiel au siège de la

Banque mondiale. Vitrine du pays à destination des touristes et des

investisseurs étrangers, ce site a pour but d'améliorer une image passablement

ternie suite au reportage d'une chaîne de télévision sur la persistance de

l'esclavage dans ce pays, alors que celui-ci est officiellement aboli depuis des

années. A l'intérieur du pays, la consultation d'Internet est fortement

réglementée par l'Office des postes et des télécommunications (OPT), qui est

l'opérateur national, et rendue plus difficile encore par des coûts de connexion

prohibitifs, à savoir trois fois ceux d'une communication téléphonique locale.

La Chine elle aussi est en train de découvrir l'information numérique. Elle

dispose d'un Internet national, le China Wide Web, dont le nombre d'abonnés est

passé de 100.000 en 1996 à 600.000 en 1997. Mis en place par la China Internet

Corporation (CIC), une société établie à Hong Kong, il s'agit d'un réseau

d'affaires et d'informations passablement coupé du monde, filtré et surveillé

par les autorités chinoises. Le 27 mars 1998, le cyberquotidien Multimédium

écrivait:

"Tout cela respire la langue de bois, le totalitarisme et l'opportunisme à plein

poumons, bien sûr. Mais qui sait si la logique libertaire du médium ne finira

effectivement pas, un jour, par l'emporter sur l'idéologie? Ce fameux jour où la

Chine se branchera..."

Le goufre entre "info-riches" et "info-pauvres" n'est pas seulement celui qui

sépare les pays développés des pays en développement. C'est aussi, dans

n'importe quel pays, celui qui sépare les riches des pauvres, ceux qui ont du

travail et ceux qui n'en ont pas, ceux qui ont leur place dans la société et

ceux qui en sont exclus. Moyen de communication, Internet peut être une

passerelle au-dessus du goufre, comme le montre un encart de la revue

Psychologies de mai 1998:

"Aux Etats-Unis, un mouvement voit le jour: la confiance en soi... par Internet!

Des milliers de sans-abri ont recours au réseau pour retrouver une place dans la

société. Non seulement le Net fournit une adresse à qui n'en a pas et ôte les

inhibitions de qui redoute d'être jugé sur son apparence, mais c'est aussi une

source d'informations et de contacts incomparable. Bibliothèques et associations

d'aide au quart-monde l'ont bien compris: des salles informatiques, avec accès à

Internet, animées par des formateurs, sont ouvertes un peu partout et les

mairies en publient la liste. A travers le e-mail (courrier électronique), les

homeless (sans-abri) obtiennent les adresses des lieux d'accueil, des banques

alimentaires et des centres de soins gratuits, ainsi qu'une pléthore de sites

pour trouver un emploi. A 50 ans, Matthew B. a passé le quart de sa vie dans la

rue et survit, depuis trois ans, d'une maigre subvention. Il hante la

bibliothèque de San Francisco, les yeux rivés sur l'écran des ordinateurs.

'C'est la première fois, dit-il, que j'ai le sentiment d'appartenir à une

communauté. Il est moins intimidant d'être sur Internet que de rencontrer les

gens face à face.'"

2.4. Internet francophone, anglophone et multilingue

Après avoir été anglophone à pratiquement 100%, Internet l'est encore à plus de

80%, un pourcentage qui s'explique par les trois facteurs suivants : 1) les

premières années ont vu la création d'un grand nombre de sites web émanant des

Etats-Unis, du Canada ou du Royaume-Uni, 2) la proportion de cybernautes est

encore particulièrement forte en Amérique du Nord par rapport au reste du monde,

3) l'anglais est la principale langue d'échange internationale.

Comme Internet s'étend progressivement à tous les continents et à de nombreux

pays non anglophones, ce pourcentage est à la baisse.

Parallèlement, les sites francophones ont enregistré une forte expansion depuis

1996. Au début de 1998, les Québécois attendaient de pied ferme l'arrivée en

masse de sites français, surtout dans le domaine du commerce électronique. Le 10

février 1998 , lors d'un entretien avec le cyberquotidien Multimédium, Louise

Beaudouin, ministre de la Culture et des Communications du Québec, déclarait:

"J'attendais depuis deux ans que la France se réveille. Aujourd'hui, je ne m'en

plaindrai pas. "A cette date, le Québec (6 millions d'habitants) proposait plus

de sites web que la France (60 millions d'habitants). La ministre attribuait le

retard de la France à deux facteurs: d'une part les tarifs élevés du téléphone

et du Minitel, d'autre part les transactions commerciales possibles sur le

Minitel depuis plusieurs années, ce qui avait ralenti l'expansion du commerce

électronique sur Internet.

"En voulant trop en faire une affaire nationale, qui exprimerait aussi par

ailleurs l'antipathie qu'ils ont envers les Anglais, les Français ont tendance à

freiner la propagation de leur culture. Cela est très regrettable", lit-on le 7

novembre 1996 dans Yomiyuri Shimbun, le plus grand quotidien japonais avec ses

dix millions d'exemplaires (cité dans un article de Pierre Perroud, créateur de

la cyberbibliothèque Athena). Ce cliché a-t-il jamais été vrai, si ce n'est

pendant la Guerre de cent ans?

Plus optimiste, Tim Berners-Lee, créateur du Web, déclarait cependant en

décembre 1997 à Pierre Ruetschi dans la Tribune de Genève:

"Pourquoi les francophones ne mettent-ils pas davantage d'informations sur le

Web? Est-ce qu'ils pensent que personne ne veut la lire, que la culture

française n'a rien à offrir? C'est de la folie, l'offre est évidemment énorme."

Ces remarques sont-elles une critique, un encouragement, ou les deux? On aurait

pu les comprendre il y a deux ou trois ans, mais il n'est pas sûr qu'elles

soient encore de mise aujourd'hui. Il suffit de naviguer sur le Web francophone

pour s'en rendre compte.

Un exemple parmi d'autres de la coopération francophone est le beau site de

l'Agence de la francophonie. L'Agence, "instrument de coopération multilatérale

née d'un idéal, celui de créer une communauté qui fasse entendre sa voix dans le

concert des nations, participe aujourd'hui à l'avènement d'un Secrétariat

général de la Francophonie". Créée en 1970 pour regrouper 21 états francophones,

l'Agence de la francophonie en comptait 47 en 1997.

S'il est la langue des pays francophones, le français est aussi la deuxième

langue utilisée dans les organisations internationales. Malgré la pression

anglophone, réelle ou supposée selon les cas, des francophones veillent à ce que

le français, langue officielle de plus de quarante états, ait sa place en Europe

et dans le monde, au même titre que les autres grandes langues de communication

que sont l'anglais, l'arabe, le chinois et l'espagnol. Là aussi, l'optique est

aussi bien la défense d'une langue que le respect du multilinguisme et de la

diversité des peuples.

C'est l'Annuaire de l'UREC (UREC: Unité réseaux du CNRS) qui a été le premier

annuaire de sites web français. Travail de pionnier, il a permis aux cybernautes

francophones d'une part de se familiariser avec le Web sans se noyer dans la

masse d'informations mondiale, d'autre part de connaître les sites qui petit à

petit fleurissaient en France et ailleurs. Créé au début de 1994, il a d'abord

recensé les sites académiques, puis son contenu est devenu plus généraliste.

Comme l'expliquait Claude Gross sur le site à l'automne 1997, la gestion de

l'annuaire est ensuite devenue très difficile du fait de l'accroissement

constant du nombre de sites web, et notamment de sites commerciaux. Par la

suite, d'autres annuaires ont vu le jour, dont certains débutés avec l'aide de

l'UREC. En juillet 1997, considérant que la mission qu'elle s'était donnée était

accomplie, l'UREC a donc arrêté la mise à jour de cet annuaire généraliste. Il

est maintenant remplacé par un annuaire spécialisé consacré à l'enseignement

supérieur et à la recherche.

Nombreux sont ceux qui travaillent à une meilleure représentation du français

sur le Web, en prônant un Web francophone intégré dans un Web international et

multilingue tenant compte de la diversité des langues en Europe et dans le

monde.

La Délégation générale à la langue française (DGLF) s'est donnée plusieurs

missions : veiller à la promotion et à l'emploi du français en France, favoriser

son utilisation comme langue de communication internationale et développer le

plurilinguisme, garant de la diversité culturelle. La rubrique: France langue

propose trois listes de diffusion consacrées à la langue française: France

langue, France langue assistance et France langue technologies. Gérée et modérée

par la DGLF, France langue se veut "un lieu convivial d'échanges d'informations

et d'idées (manifestations, colloques, publications, etc.), ainsi qu'un lieu de

discussion sur les thèmes liés à la langue française, à la diversité

linguistique, à la dynamique des langues, à la politique linguistique", et elle

accueille toutes les questions d'ordre linguistique (grammaire, orthographe,

usage, etc.).

De l'imprimé à Internet · 第 1 / 20 段