Vu d'où venait ce Jeanne Grey,
Fille d'oun beaucoup haut lignaige
Puisqu'il descendait de Mary,
Soeur du fameux Henri Huitième
Et femme, pour oun court moment,
Du roi français Louis Douzième.
_Well! Well!_ Poursuivons maintenant!
Jeanne était mignon et gentille,
A peine âgée de dix-sept ans,
Et, quoique de royal famille,
Fuyait la trône tout le temps.
Mais tant fit Dudley, son beau-père,
Avec Guilford, son jeune époux[32],
Qu'elle consentit, pour leur plaire,
A régner. C'était, entre nous,
De la part des deux imbéciles,
Faire faire à cet jeune enfant
Oun pas non des moins difficiles
Et sûr d'avoir mauvais tournant.
Pauvre Jeanne! Bien éphémère
Fut sa règne. Sans hésiter
Mary Tudor, affreux mégère,
La fit vite décapiter.
[32] Voir note à l'appendice.
[Illustration]
MARY TUDOR LA SANGLANTE
(1553-1558)
Mary Tudor était le fille
D'Henri Huit par le premier lit.
Elle était laide en vrai gorille,
Avec oun teint de pissenlit.
De son père la fanatisme
Barbare, étroit, hautain et fol,
Joint au dangereux royalisme
De la parentaige espagnol,
Fut, je crois, le pur héritaige
Du virago Mary Tudor,
Si tant il avait l'apanaige
De tout ce qui fait la butor.
Oun jour, Philippe Deux d'Espaigne[33]
Il vint pour réclamer son main.
Il l'obtint, mais sans son compaigne
Voulut partir le lendemain.
En apercevant cet visaige
L'hidalgo, surpris, s'était dit:
--_Caramba!_ vite la veuvaige,
Autrement je suis déconfit.--
Et, depuis lors, le pauvre reine
Dut viver loin de son époux,
Et, pour mieux consoler son peine,
Fit éclater oun grand courroux.
D'abord, elle voulut le tête
De la pauvrette Jeanne Grey,
Et puis, pour compléter le fête,
Celle du jeune époux Dudley.
Northumberland perdit le sienne,
Ainsi que le fameux Cranmer[34];
Suffolk subit le même peine
Avec l'évêque Latimer.
Puis partout se multiplièrent
Les échafauds et les bûchers,
Et les flots de sang qui coulèrent
Auraient attendri les rochers.
Enfin.... elle mourut--ô chance!--
Sans avoir eu le moindre enfant,
Et c'est là que le Providence
Pour l'humanité fut clément.
[33] Voir note à l'appendice.
[34] Voir note à l'appendice.
[Illustration]
ELISABETH[35]
(1558-1603)
Lisbeth il fut oun très beau reine
Avec oun grande nez pointu.
Son mère était Anne Boleyne
Qui lui légua tout son vertu.
Bien! à propos du damoiselle,
On eut d'abord difficulté
Pour établir oun peu sur elle
La point de légitimité;
Car des femmes en mariaige,
C'est comme du sel sur oun rôt:
Point n'en faut faire oun gaspillaige,
Mais éviter d'en mettre trop.
Or, chose non controversée,
Henri Huit pensait autrement
Et toujiours plus qu'à la pincée
Il usa de la condiment.
Si tant que de Lisbeth la titre
Il fut presque aussi débattu
Et mis sur transparente vitre
Que, plus tard, le fut son vertu.
N'importe! Il monta sur la trône,
Et je vous dirai certement
Que jamais femme, homme ou personne
Ne fut reine plus joliment.
C'été pendant sa règne illustre
Que la peuple anglais, jour et nuit,
Commença de prendre la lustre
Dont il reluit tant aujourd'hui;
C'est dans cet règne que Shakspeare
Il écrivit si trèsment bien
Que pas oun autre n'a fait pire
De si longtemps qu'il n'écrit rien.
Mais parlons de Lisbeth lui-même,
De qualités si bien nourri
Que c'est oun curiouse problême
De voir qu'il n'eut point de mari.
Oh! oh! si d'oun chef de ménaige
Il n'eut pour se faire oun portrait
Que le seul pitoyable imaige
D'Henri, son père, on comprendrait;
Car, vraiment, la coeur la plus tendre
Devient vite ratatiné
Lorsque tout il lui fait entendre
Qu'il est au billot destiné.
Et n'allez pas vous faire idée
Que Lisbeth manqua d'aspirants!
Elle en fut même incommodée,
Et parfois de très écoeurants.
Nommons: Philippe, sa beau-frère,
Féroce espagnol carcajou,
Et cet gringalet légendaire
Qui s'appelait la duc d'Anjou.
Mais, si grand que fut la beau moine
Qui cherchait à la contourner,
Chacun dut manger son avoine
Et bredouille s'en retourner.
Et voilà! Des amis fidèles,
En eut-elle? _Why! certainly_,
Et pas des petits citronnelles;
Songez donc: Essex et Dudley,
Les deux _boys_ les plus maggnifiques
Et plus adroitement docteurs
Possédant toutes empiriques
Pour soigner les grands maux de coeurs!
Ce reine était d'humeur changeante,
--C'est connu,--bonne à certain jour,
Puis tout à coup si tant méchante
Qu'on n'en pouvait faire le tour
Ni même y venir assez proche
Sans risquer d'accomplir oun saut
Qui vous jetait comme oun vrai poche
Tout en travers sur oun billot.
Et souvent après que son ordre
Il fut suivi jusqu'à la fin,
Lisbeth tombait tout en désordre
Si tant qu'il avait du chagrin.
Oh! l'on vit fort bien cet prodige,
Curieuse et beaucoup triste aussi,
Lorsqu'Essex, perdant sa prestige,
Sur la billot fut raccourci;
Car, sitôt que la coup fut faite,
--Ou, plutôt, qu'elle fut coupé,--
Le reine, au fond de son retraite,
A pleurer fut très occupé,
Faisant oun si grande vacarme
Avec si brûlante soupir
Qu'on pensa de sonner l'alarme
A tous les pompiers pour venir.
Et puis, le façon très indigne
Dont il traita Mary Stuart
Fait qu'aujourd'hui chacun trépigne
A cet _infamous_ traquenard.
Non pas que le reine d'Ecosse
Il fut l'ange que quelqu'un dit;
Non, je crois que cet-ci fut rosse
Oun peu trop fort pour sa crédit.
Par exemple, sa ton hautaine...
Sa manque de discrétion...
Rizzio... hum!... Puis son grand haine
Pour Darnley... oh!... Bothwell, hon! hon!...
Ses menaces à le sourdine...
Mais ce n'était pas suffisant
Pour que Lisbeth à son cousine
Fît subir pareil traitement.
Aussi, dedans cette occurrence
Lisbeth perdit de sa grand nom
Et de sa plus noble héritance,
Si tant qu'il fut là polisson.
Et puis la monde avec tristesse
Se dit, devant tels faits flagrants:
Trop souvent que de petitesse
Ne trouve-t-on pas chez les grands!...
Oh! mais Lisbeth fut oun monarque,
Malgré tout, très fort et savant,
Et sous son oeil l'anglaise barque
Il en fit, des bonds en avant!
[35] Voir note à l'appendice.
Maison des Stuarts
[Illustration]
JACQUES I
(1566-1625)
Lisbeth, pas n'est besoin de dire,
Il était morte sans enfants.
Et c'est, pour oun trône, oun sort pire
Que la trop plein de prétendants.
Car, s'ils sont plusieurs à le file,
On peut choisir et c'est très bien;
Mais cet choix devient difficile
Quand dessous le main on n'a rien.
Donc, de princes le pénurie
Il causait beaucoup des douleurs
A la peuple tout ahurie
De devoir en chercher ailleurs.
Jadis des rois issus de France
Sur la trône s'étaient assis;
Mais ce n'était par complaisance,
Car cet trône ils l'avaient conquis.
Alors on chercha dans l'Irlande
Parmi les grands du nation,
Mais il paraît que dans le bande
On ne put trouver rien de bon.
Bien! Tout à coup la peuple anglaise
Se dit: Oh! mais, que j'ai donc tort
De tant chercher, quand à mon aise
J'en puis trouver oun sans effort!
Il se souvenait qu'en Ecosse
Autrefois oun princesse anglais
Etait allée en bel carrosse
Pour devenir reine écossais.
Et ce princesse il fut, de même,
Grand'mère de Mary Stuart,
Duquel la fils, Jacques Sixième,
D'Ecosse il devint roi plus tard.
Pour lors se dit la peuple anglaise:
_Heavens!_ c'est cet-là qu'il nous faut.
Qu'il vienne, et, pour le mettre à l'aise,
Nos soins ne feront pas défaut.
Il vint. Mais comme, en Angleterre,
On croit toujours tout inventer,
La nom de Jacques la première
Au lieu de l'autre il dut porter.
Bien! paraît-il, dans tout l'Histoire
Il est malaisé de trouver
Oun règne moins rempli de gloire,
Mais, en même temps, d'en rêver
Oun qui fût plus vraiment honnête.
Quant à Jacques, nul autre roi
Jamais ne reçut par le tête
Tant d'éloges de bonne foi
Ni tant de coups de la critique,
De grands saluts, malins discours
Ou fleurs de gai panégyrique.
Sur lui le griffe et la velours,
Alternant d'oun façon constante
Dans leur flatterie ou courroux,
Jamais l'oun ne fut plus cuisante,
Ni l'autre d'oun contact plus doux.
En somme, cet règne il fut bonne,
Avec certains succès complets
Et, comme toujiours, le couronne
Eut de plus ou moins gais reflets.
Doué de beaucoup d'énergie,
Jacques bientôt sous ses efforts
Il vit sa pouvoir élargie
Dans la dedans comme au dehors.
Il établit, comme oun bon père,
Parmi ses soujets l'union,
Et de l'Ecosse et l'Angleterre
Il compléta le fusion.
Il était oun prince savante
Et souvent poussait la travers,
Pour paraître encor plus charmante,
Jusqu'à vouloir... faire des vers.
Pourtant certains goûts despotiques
Lui firent commettre des torts;
Si tant que des rangs politiques
Oun jour il fut presque dehors[36].
C'est ainsi que--fait regrettable!--
Il prépara la grand malheur
Qui fit la sort si misérable
De son fils et son successeur.
N'importe! Il fut oun grand monarque,
_Oh! yes_, et beaucoup très pouissant,
Et sous son oeil l'anglaise barque
Il fit tioujours voile en avant.
[36] Voir note à l'appendice.
[Illustration]
CHARLES I
(1625-1649)
La fils de Jacques la Première,
Bien! il fut Charles la Premier[37].
C'est oun chose beaucoup trop claire
Pour que l'on prouvé le nier.
Et puis, qu'il fit grand gaucherie
En déplaisant à ses soujets,
Ce n'est pas, non plus, menterie,
Mais oun vérité des plus vrais.
Oh! c'était oun charmant garçonne,
On le dit et je le crois bien.
Mais lorsqu'il monta sur la trône
Savait-il quelque chose ou rien?...
Ignorait-il que, pour oun prince,
Gouverner bien c'est maîtriser,
Et qu'avec oun pouvoir trop mince
On se fait vite mépriser?
Pourquoi, d'abord, contre l'Espaigne
Et le France tout à le fois
Fit-il le très vilain campaigne
Où, _Hell!_ il se brûla les doigts?
Pourquoi devint-il orgueilleuse
Au point qu'il osa refuser
Ce que sa peuple souffreteuse
Il voulait tant lui proposer?
Pourquoi fit-il, à droite, à gauche,
Si grandes tas de mécontents
Que c'était comme oune débauche
De pleurs et de gémissements?
Son Parlement il lui demande
Quelque chose pour amoindrir
Le misère qui se fait grande;
Se rendra-t-il à cet désir?
Oh! non. D'oun ton brusque et hautaine
Il répond à la Parlement
Que son demande il est trop vaine
Pour qu'il s'en occupe oun moment[38].
Qu'arriva-t-il?... On le devine.
La Parlement, fâché très fort,
Saisit la roi si tant mutine
Et vite il vous le mit à mort[39].
Pauvre Charles! Ton destinée
Il fut bien amère, ma foi,
Et ta règne mal terminée...
Mais... est-ce de mon faute, à moi?
[37] Voir note à l'appendice.
[38] Voir notes à l'appendice.
[39] Voir notes à l'appendice.
République
[Illustration]
OLIVIER CROMWELL, Protecteur
(1649-1658)
De Charles la bras tyrannique
Avait forcé beaucoup d'Anglais
A s'en aller dans l'Amérique
Chercher la bonheur et le paix.
Bravant les rigueurs de le houle
Ils s'en allaient, l'esprit bien noir,
Et de ces émigrés le foule
Il était pitoyaible à voir.
Oun jour, l'ordre vint du monarque,
Qu'oun tel exode inquiétait,
D'arrêter tout navire ou barque
En partance pour cet objet.
C'est ainsi que fut empêchée
La départ d'Olivier Cromwell,
Oun Puritaine tout crachée.
Les Puritaines?... Qu'est-ce?... _Well!_
C'est oun drôle espèce d'apôtres
Qui croient pouvoir se rendre purs
En purifiant surtout les autres
Envers lesquels ils sont très durs.
Pauvre Charles! Comme il fut bête
De vouloir garder cet garçon!
Cromwell resta; mais dans son tête
Eclata le rébellion.
Alors comme représentante
Au Parlement il fut porté
Et, là, pour sa travail constante,
Comme oun grand homme il fut compté.
Bientôt son oeuvre il fut complète:
La Parlement il conduisait
Si tant qu'oun jour du roi le tête
Sur oun échafaud il roulait.
Cromwell triompha, maggnifique,
Comme oun grande libérateur,
Et de la nouveau république
Il fut nommé la Protecteur.
Pour neuf ans il garda cet titre
Et, faut le dire à sa crédit,
Oh! point il ne fut oun bélître,
Mais grand homme, sans contredit.
Sous lui notre chère Angleterre,
Depuis longtemps très indigent,
Il devint si beaucoup prospère
Qu'on... ne peut pas dire comment.
Cromwell ne fut pas oun monarque
Dans la sens brutal de cet mot;
Mais sous son oeil... l'anglaise barque
Il marcha beaucoup comme il faut.
[Illustration]
RICHARD CROMWELL
(1658-....)
Il est la fils du précédente,
Et fut deuxième Protecteur;
Mais des talents de sa parente
Il avait bien peu le couleur.
Le père il était très active,
Brave soldat, parleur brillant;
Mais la fils, loin d'être aussi vive,
Il passait la temps en bâillant.
Des ennemis du république
Parfois il avait si tant peur
Qu'il lui prenait comme oun colique
Dont il sentait oun grand douleur.
Aussi sa règne fut bien courte;
Après six mois, triste, abattu,
Il s'enfuyait comme oune tourte
Ou comme oun chien qu'on a battu.
La fils de Charles la Première,
Tournant de sa pays autour,
Il était près de le frontière
Attendant l'heure du retour.
Restauration des Stuarts
[Illustration]
CHARLES II
(1660-1685)
Bon! Voilà ces rois excellentes
Qui nous reviennent de nouveau!
Devant leurs plumaiges brillantes
Cromwell avait fui comme oun veau,
Et la prince Charles Deuxième
Dans sa pays s'étant rendu
Avait repris la diadème
Que son père il avait perdu.
Je voudrais bien dessus sa règne
Pouvoir écrire oun compliment;
Mais ma coeur de poète il saigne
Pour rimer sur oun tel manant.
Charles Deux fut la prototype
Du roi sensuel et viveur,
Cherchant partout le maggnifique
Même à le prix de son honneur.
Chez lui c'était comme oun rafale
De freluquets et polissons,
Et jamais dans le cour royale
On n'avait vu tant de guenons.
C'étaient tioujours fêtes brillantes,
Promenades et bals masqués,
Danses des plus mirobolantes
Comme proupos des plus risqués.
Les vins coulaient en vrais déluges
Dans des festins de fins ragoûts,
Où l'on mangeait comme des juges
Et l'on buvait comme des trous.
Les damoiselles mouchetées,
Tout couverts de colifichets,
Avec au col des brochetées
De parures les plus coquets,
Traînaient leurs riches mousselines
Sur les parquets doux et luisants,
Maintes galantes mascoulines
Leur débitant des compliments.
Puis, au son des clarionnettes,
Violons, flûtes, tambourins,
On se faisait mille courbettes
A s'en donner des tours de reins,
Tourbillonnant en rondes folles
Dans oun frelassement joli,
Le bouche plein de mots frivoles,
La nez bourré de patchouli.
Pardonnez à mon innocence
De ne vous en dire plus long!...
Qu'oun coeur bien né tioujours s'offense
De tels discours, oh! c'est très bon.
Encor si les torts de son père
Charles Deux avait évités;
Si des habitants d'Angleterre
Les droits il avait respectés!...
Mais, par oun acte impolitique
S'aliénant la Parlement,
Il voulut d'oun bras tyrannique
Gouverner seul et violemment.
Alors les cris et les murmures
Ils s'élevèrent de partout[40],
Et plusieurs cruelles mesures
La roi prit pour les mettre à bout.
Oh! oh! c'été vraiment oun chance,
Pour la pauvre roi criminel,
Que la peuple, en cette occurrence,
N'eût plus son Olivier Cromwell!
Il vécut. Mais ses torts nombreuses
Tombèrent sur la roi suivant
Qui, lors de ses jours malheureuses
Avait assez des siens, pourtant.
[40] Voir note à l'appendice.
[Illustration]
JACQUES II
(1685-1689)
Jacques Deux il était la frère
De Charles Deux qu'on vient de voir;
Et c'est affreux tout le misère
Qu'il prit pour le couronne avoir.
Par malheur, à le politique
Il mêla le religion,
Si tant que partout le critique
Il s'attacha dessus son nom.
Erreur difficile à comprendre,
Qui de nos jours soubsiste encor
Parmi cet-là qui veulent prendre
«La sanctuaire pour décor...»
Jacques d'abord, brave et tenace,
Dans sa succès trop confiant,
Pensa qu'au peuple en faisant face
Il devrait rester triomphant.
Aux premiers clameurs de le foule
Il répondit par le rigueur;
Mais, comme oun tonnerre qui roule,
Les cris prirent plus de vigueur[41].
Bientôt Jacques put reconnaître
Que, même jusqu'en son maison,
Contre sa trône et sa bien-être
Se préparait le trahison.
En effet, son fille Marie
Avec Guillaume, son époux,
Aux biens de le royauterie
Ils faisaient déjà les yeux doux.
Guillaume était prince d'Orange
Et de Hollande oun stathouder,
Ce qui ne veut pas dire oun ange,
Mais oun garçon bougrement fier.
Les Jacobites ou Papistes
Etaient de Jacques les suivants;
Et cet-là nommés Orangistes
Etaient de Guillaume les gens.
Bien! cet dernier à sa beau-père,
D'auprès duquel il avait fui,
Il fit oune terrible guerre
Pour avoir le couronne à lui.
A le rivière de le Boyne
Leurs soldats s'étant rencontrés,
Ils se chauffèrent tant le couenne
Que beaucoup en furent grillés.
Jacques s'y vit, l'excellent homme,
Dépouillé de ce qu'il avait;
Et sa gendre, la bon Guillaume,
Eut la trône qu'il convoitait.
Noble et caressante famille!
De voir son père détrôné,
Mary, dit-on,--excellent fille!--
De rire était ratatiné.
[41] Voir note à l'appendice.
Orange et Stuart
[Illustration]
GUILLAUME III ET MARIE II
(1689-1702)
Très peu de chose il reste à dire
De ces deux tourtereaux charmants.
Ni l'oun ni l'autre ne fut pire
Que rois et reines précédents.
Guillaume il eut beaucoup à faire,
En commençant, pour conserver
La trône qu'à son cher beau-père
On l'a vu tantôt enlever.
Cet-ci dans la pays de France
Avec ses gens s'étant rendu,
Y cherchait encore oune chance
De ravoir sa trône perdu.
Mais cet espoir il était vaine.
Guillaume avait beaucoup d'amis
Dont pour Jacques le grande haine
Jamais depouis ne s'est remis;
Et lorsque Louis, Roi-Lumière,
Signa la traité de Ryswick[42],
De pauvre Jacques le prière
Il fut oublié... _pretty quick_.
Enfin, du pouvoir souveraine
Guillaume jouit avec douceur;
Mais bientôt il perdit son reine[43],
Et ce lui fut oun grand douleur.
Lui-même, si brave et si forte,
Oun jour il tomba de cheval;
Puisque de cet coup il est morte,
C'est qu'il s'était fait oun grand mal.
N'importe! il fut pouissant monarque,
Très tendre et beaucoup complaisant;
Et sous son oeil l'anglaise barque
Il fit oun grand saut en avant.
[42] Voir note à l'appendice.
[43] Voir note à l'appendice.
[Illustration]
ANNE
(1702-1714)
Anne elle était soeur de Marie,
Et sur la trône fut douze ans.
Elle était douce et bien jolie,
Mais fanatique en même temps.
Pour rendre son gloire immortelle
Elle fit tout en sa pouvoir;
Mais sa lustre la plus réelle
Vint, je crois, comme l'on va voir.
En effet, c'été sous ce reine
Que vivé la fameux guerrier
Mossieu Malbrouck, grand capitaine,
D'oun appétit si carnassier.
Malbrouck il fit le guerre en France
Dont les soldats il écrasa;
Et, pour vaincre, son diligence
Bien rarement on surpassa[44].
Bien! ce n'est pas tant sa couraige
Qui lui valut sa grand renom,
Mais de son gloire l'apanaige
Il lui vint d'oun fameux chanson:
«Mossieu Malbrouck s'en va-t-en guerre...»
«Paige, quel nouvelle apportez?...»
«Oh! mais... je l'ai vu mettre en terre...»
«Par quatre biaux sous-officiers...»
Et puis: «Madame à son tour monte
«Bien plus haut qu'il peut pas monter...»
Chanson que les Français, sans honte,
Toujours ils ne font que chanter.
Si tant que du grand capitaine
Il ne reste plus aujourd'hui
Que cet scandalouse refraine
Qu'on a fait pour rire de lui.
_Well! well!_ quant au reine lui-même,
S'il ne fut pas de les plus grands,
Il eut l'avantaige suprême
De se faire aimer tout la temps,
Dirigeant toute son pouissance
A rendre heureux tous ses soujets.
Si tant qu'après la long distance
De deux siècles, la peuple anglais
Ne parle pas de «_good queen Anne_»
Sans beaucoup grand le bouche ouvrir
Pour aussitôt oun vrai boucane
De compliments laisser sortir.
_Well, then!_ Anne fut oun monarque
Dont on ne peut médire en rien;
Car sous son oeil l'anglaise barque
Il marcha tioujours... oh!... très bien.
[44] Voir note à l'appendice.
Maison de Hanovre
[Illustration]
GEORGE I
(1714-1727)
De la fameux Jacques Première
Cet nouvel prince il descendait,
Et seul protestant héritière
De l'anglais trône il se trouvait.
Il fut, dit-on, oun roi très saige,
Cherchant la bien de ses soujets,
Mais, fort malheureux en ménaige,
Avalant beaucoup des regrets.
D'oune intrigue basse et méchante
Son femme oun jour il accusa[45],
Et dans oun prison effrayante
Trente deux ans il la laissa.
Tout de même... il fut oun monarque
Beaucoup très tendre et complaisant,
Et sous son oeil l'anglaise barque
Il fila tioujours en avant.
[45] Voir note à l'appendice.
[Illustration]
GEORGE II
(1727-1760)
Cet George il était fils de l'autre,
Et c'était oun si bon enfant
Qu'on en aurait fait oun apôtre
Pour... tant qu'il était complaisant.
Il guerroya contre le France
Et plusieurs batailles perdit[46];
Mais aussi, par bienheureux chance,
Il en gagna,... sans contredit.
Ainsi fit-il le grand conquête
De la pays de Canada,
Malgré qu'elle ne fut complète
Que sous la roi qui succéda.
Oh! ce fut oun pouissant monarque,
Comme on voit, très entreprenant,
Et sous son oeil l'anglaise barque
Il marcha très loin en avant.
[46] Voir note à l'appendice.
[Illustration]
GEORGE III
(1760-1820)
Petit-fils de George Deuxième,
Cet-ci n'avait que vingt deux ans
Lorsqu'il coiffa la diadème
Qu'il devait garder si longtemps.
Oh! ce fut oun très chanceux homme
Qui faisait tout ce qu'il voulait;
Et l'on peut ajouter, en somme,
Qu'il en... voulait tant qu'il pouvait.
Mais il ne faut pas que l'on pense
Que tous ses voeux furent bénis,
A moins qu'il ne songeât d'avance
A... perdre les Etats-Unis.
Car c'est alors que ce contrée,
Au bruit de la canon grondant,
Malgré l'Anglais fit son entrée
Dans la régime indépendant.
George ensouite eut oun règne heureuse,
Ni trop sévère ni trop mou;
Mais son tête un jour devint creuse
Et, pour dix ans, il fut très fou...
N'importe!... il fut un grand monarque,
Fort bon et très... intelligent,
Et sous son oeil l'anglaise barque
Il marcha beaucoup en avant.
[Illustration]
GEORGE IV
(1820-1830)
De la monarque précédente
George Quatre il était la fils,
Et pour longtemps il fut Régente,
Son père étant fol comme dix.
Enfin il monta sur la trône
Et le garda deux fois cinq ans;
Mais sur son tête le couronne
N'éclata pas de feux brillants.
Il fut adversaire implacable
De l'empereur Napoléon,
Et d'oun façon peu charitable
Il traita cet _clever_ garçon.
Contre le liberté d'écrire[47]
Il avait de drôles travers;
Et, s'il vivait, au lieu d'en rire,
Il se choquerait de mes vers.
Mais tout marche de telle sorte
Que sans peur mes goûts je poursuis:
Aujourd'hui George Quatre est morte,
Tandis que, _by Jingo!_ je vis...
N'importe! Qu'il fût malheureuse
En formulant certains décrets,
Et que d'oun main trop rigoureuse
Il ait traité quelques soujets,
N'empêche qu'il fut grand monarque,
Et sous son oeil si tant chrétien
Comment marcha l'anglaise barque...
Oh! oh! vous le devinez bien.
[47] Voir note à l'appendice.
[Illustration]
GUILLAUME IV
(1830-1837)
De George Quatre il était frère
Et, comme on vous l'a dit tantôt,
George Trois il était son père
Qui même avait plus d'oun marmot.
Des deux bords de le politique
Il fut comme oun explorateur:
Tantôt libéral très pratique,
Et tantôt franc conservateur.
C'est ainsi que, chez nous encore,
Certaines gars ont la talent
De suiver constamment l'aurore
De la prochain soleil levant.
Mais... Guillaume il fut oun monarque
Pour oun bâtiment bien lester,
Et sous son oeil l'anglaise barque
Il ne pouvait pas s'arrêter.
[Illustration]
VICTORIA I
(1837-1901)