«L'importance de la disposition à employer pour la queue d'un

aéroplane, dit V. Tatin, est telle qu'on peut hardiment affirmer que,

de cet organe, dépendent à la fois la sécurité de l'équilibre et la

facilité de toutes les manoeuvres; on peut l'établir de telle façon

qu'on n'ait presque pas à s'en occuper en cours de route; il suffit,

pour cela, que sa distance et son inclinaison par rapport au plan

sustentateur soient bien celles qui conviennent à l'appareil[21].»

[Note 21: V. TATIN. _Éléments d'aviation_, p. 31.]

Les croquis-schémas des figures 65 et 68, pages 68 et 71, montrent,

d'après les dessins de l'auteur, un monoplan construit suivant ces

données.

Un biplan établi sur les mêmes principes aurait l'aspect général des

schémas des figures 66 et 67, pages 70 et 71.

[Illustration: FIG. 69]

On voit que tous deux diffèrent notablement des monoplans et des

biplans de Blériot et de Farman-Voisin, qui sont les plus connus par

les résultats qu'ils ont permis.

Mais cette remarque n'infirme pas les données très rationnelles de V.

Tatin, puisque son type n'a pas été encore l'objet d'expériences

analogues.

L'éminent apôtre de l'aviation ajoute que la queue de stabilisation

longitudinale concourt d'une façon très notable à la stabilisation

latérale. Cette observation est encore parfaitement rationnelle.

Soucieux de cette dernière stabilité, il donne d'ailleurs aux surfaces

portantes de son type et même au plan stabilisateur arrière la forme

d'un V très ouvert, préconisée par le capitaine Ferber (figure 68, p.

71).

|Stabilisation transversale.--Virages.|

En air calme, la stabilité transversale des aéroplanes est

parfaitement assurée soit pour les monoplans, soit pour les biplans, à

cause de la grande envergure des surfaces portantes, même lorsqu'elles

sont parfaitement rectilignes comme dans les aéroplanes des types

Wright ou Blériot, ou si les surfaces portantes sont légèrement en V

très ouvert comme dans les types de biplan Ferber ou Farman et de

monoplan _Antoinette_ ou _Demoiselle_ de Santos-Dumont.

[Illustration: FIG. 70]

Dans sa précieuse étude sur _Le problème de l'aviation_, M. Armengaud

jeune, a exposé scientifiquement et d'une manière très claire, comment

par la disposition en T de leurs divers plans, les aéroplanes sont

difficilement renversables, même s'ils sont pris en travers par un

vent d'une certaine force.

Pour abréger, en n'entrant pas dans les détails de la démonstration de

cet éminent technicien, puisqu'il est facile de se reporter à son

étude, on peut se contenter de signaler le fait matériel qu'il met en

évidence:

«Dans le cas d'un plan _a, b, c, d_ (fig. 69, p. 72), se mouvant dans

le sens de la flèche M, si un vent transversal comme celui qui est

indiqué par la flèche V exerce son action sur ce plan, il basculera

d'autant plus facilement que le bras de levier _c o_ dont il subira

l'effort sera plus long.

[Illustration: FIG. 71]

Dans le plan trigone _a, b, c, d, e_ (figure 70, p. 73), au contraire,

la force c, dit M. Armengaud, aura à se composer avec celle qui agit

en _c_^1 centre de pression développé sur la portion caudale _e f_,

pression d'autant plus considérable que la tranche _e f_ est cinq ou

six fois plus longue que la tranche _a c_...», etc...

«Dans ces circonstances, la force perturbatrice du vent sera sinon

tout à fait neutralisée, du moins fort amoindrie et parviendra

d'autant plus difficilement à déranger l'équilibre qu'elle sera

dérangée par l'influence rectrice engendrée par les deux surfaces du

plan aviateur; influence d'autant plus énergique que la vitesse est

plus grande.»

La pratique confirme fort bien cette théorie. Néanmoins, si les

aviateurs semblent assez rassurés en ce qui concerne la stabilité

latérale des aéroplanes en marche rectiligne, ils ont toujours eu, en

revanche, grand souci des _virages_. Dans tous les types d'avions

qu'ils ont fait construire ou bâtis eux-mêmes, comme les frères Wright

et les frères Voisin, ils ont démontré cette présomption par les

dispositifs qu'ils ont imaginés pour faciliter ces virages et réduire

l'inclinaison latérale des appareils, qui en est la conséquence

normale.

[Illustration: FIG. 72]

[Illustration: FIG. 73]

On se rend fort bien compte de cette conséquence en examinant

l'_inégal travail_ de l'envergure dans l'opération du virage.

Il suffit, en effet, de regarder la fig. 71, p. 74, pour voir qu'en

décrivant, de gauche à droite, le quart de cercle _a b_, l'aéroplane C

D refoule par le côté gauche de sa surface portante C, beaucoup plus

d'air que par le côté droit D. Le côté C subissant ainsi, dans le même

espace de temps, un effet de pression beaucoup plus grand, se relève

en proportion de la vitesse et de la petitesse du rayon de la courbe

décrite.

[Illustration: FIG. 74]

Dans les conditions de la figure 71, pour peu que la vitesse ne soit

pas extrêmement réduite, le mouvement de bascule doit fatalement

tendre à renverser l'appareil.

Ce renversement est évité dans la pratique par les aviateurs lorsqu'ils

opèrent leurs virages sur de très larges espaces, en décrivant des

courbes encore bien moins accentuées que celles de la figure 72. Mais on

peut juger de la grandeur des courbes qu'il leur faut décrire par cela

seul qu'ils se plaignent d'être obligés de virer sans cesse pour évoluer

sur le champ d'expériences d'Issy-les-Moulineaux qui mesure 700 mètres

de largeur dans sa partie la plus étroite[22].

[Note 22: La manoeuvre d'ailerons adaptés même aux biplans et

l'audace d'inclinaisons excessives permettent aujourd'hui à

quelques aviateurs des virages très courts; mais ce sont

prouesses presque acrobatiques très imprudentes.]

Frappés de cet inconvénient du virage, bien plus sensible en aviation

que pour tous les autres moyens de locomotion, les frères Wright, dès

le début de leurs essais, se sont préoccupés d'y remédier, et ils y

sont parvenus dans une très large mesure par une déformation mécanique

des extrémités postérieures souples, des surfaces portantes de leur

biplan.

En gauchissant ces extrémités à volonté lorsqu'ils veulent virer, ils

obtiennent les résistances représentées par la figure 73, p. 75.

Comme dans la figure 71, l'aéroplane Wright décrit, de gauche à

droite, un arc de cercle indiqué d'ailleurs par la flèche V. Le

gauchissement de haut en bas des bords postérieurs du côté droit des

plans de soutènement crée une plus grande résistance qui se traduit

par une poussée de bas en haut sur ce côté droit D; poussée indiquée

par les flèches _d d_; et cette pression tend à remonter le côté droit

de l'aéroplane que le virage abaisse. En même temps, sur le côté

gauche C, le gauchissement réalisé en sens contraire de bas en haut,

crée une résistance en sens contraire, et la pression de cette

résistance, indiquée par les flèches cc, tendant à rabaisser le côté

gauche C, combat l'effet de la pression déterminée par le virage, qui

tendrait à faire remonter ce côté C.

Ainsi se produit une neutralisation plus ou moins complète du

phénomène normal qui, dans le virage, tend à faire basculer tout

aéroplane.

Blériot, dans son monoplan, obtient un effet analogue par la manoeuvre

d'ailerons articulés aux extrémités du plan sustentateur de son

appareil (figure 74, p. 76).

On a proposé et l'on étudie même aujourd'hui d'autres moyens d'obvier

aux inclinaisons latérales résultant des virages.

Les effets du _pendule_ et ceux du _gyroscope_ notamment séduisent

plus d'un chercheur.

Dans la suite de cette esquisse ces diverses solutions seront

examinées avec plus de détails.

En résumé, les stabilités longitudinale et latérale sont dès à présent

obtenues d'une façon déjà fort encourageante dans la pratique, puisque

des évolutions de toute nature ont été accomplies soit sur des

aérodromes, soit en pleine campagne ou sur mer par des aéroplanes

biplan et monoplan, à des altitudes, avec des vitesses et contre des

vents bien accentués.

[Illustration: FIG. 75

MONOPLAN BLÉRIOT.--_G_, gouvernail de direction latérale; _Ps_, plan

stabilisateur arrière; _gp_, gouvernails de profondeur ailerons; _P

S_, plan sustentateur; _H_, hélice.]

|Directions.|

[Illustration: FIG. 76

BIPLAN VOISIN, élévation de profil.--_gp_, gouvernail de profondeur

avant; _P S_, plans sustentateurs; _H_, hélice; _Ps_, plans

stabilisateurs arrière; _G_, gouvernail de direction latérale.]

Sans considérer ici longuement la question de la direction des

aéroplanes, puisqu'il faudra y revenir avec précision dans l'exposé de

la conduite pratique de ces appareils, il faut, néanmoins, pour

compléter les données élémentaires précédentes, signaler les organes

employés pour modifier les sens de marche des «plus lourds que l'air».

[Illustration: FIG. 77

BIPLAN TYPE VOISIN, PLAN SCHÉMATIQUE.--_gp_, gouvernail de profondeur

avant; _P S_, plans sustentateurs; _H_, hélice; _Ps_, plans

stabilisateurs arrière; _G_, gouvernail de direction latérale.]

[Illustration: FIG. 78

BIPLAN TYPE WRIGHT, élévation de profil.--_gp_, gouvernail de

profondeur avant; _P S_, plans sustentateurs; _G_, gouvernail de

direction latérale.]

Un gouvernail analogue à celui des navires et qui agit de la même

manière, réalise dans les aéroplanes comme dans les ballons

dirigeables, les changements d'orientation de marche des monoplans et

des biplans, comme ceux des engins à plus grand nombre de surfaces

portantes.

Ce gouvernail «de direction latérale» est une surface plane disposée

verticalement à l'arrière de l'aéroplane et mobile sur un axe

vertical, comme le gouvernail du bateau (fig. 75, 76, 77, 78 et 79,

pp. 78, 79, 80).

[Illustration: FIG. 79

BIPLAN WRIGHT.--_gp_, gouvernail de profondeur avant; _P S_, plans

sustentateurs; _pg_, partie gauchissable des plans sustentateurs; _H_,

hélices; _G_, gouvernail de direction latérale double.]

On pourrait aussi le placer à l'avant, mais il est moins encombrant à

l'arrière et sur les dispositifs munis d'une queue stabilisatrice, sa

position arrière, loin des plans sustentateurs, lui donne plus

d'efficacité parce qu'elle agit alors avec un plus grand bras de

levier.

Avec cet organe, on conduit l'appareil à droite ou à gauche, on le

fait tourner à volonté, décrire des arcs de cercle ou des

circonférences plus ou moins grandes. Mais, l'air, domaine des

appareils aviants, n'est pas comme la terre ou comme l'eau, «_une

surface_ de locomotion» pour l'aviateur; c'est «_un milieu_», dans

lequel il doit se diriger non seulement suivant l'horizontale, mais

encore suivant la verticale. Il n'a pas qu'à tourner à droite ou à

gauche: il lui faut aussi monter ou descendre, et l'on a vu

précédemment que ses évolutions dans le sens vertical sont commandées

par un «gouvernail de profondeur», placé soit en avant, soit en

arrière (type Blériot-monoplan) et qui sert parfois de plan

stabilisateur (type du biplan américain Wright).

Ce gouvernail de profondeur, complément indépendant du gouvernail de

direction horizontale, se compose, lui aussi, d'une surface plane

(parfois deux); mais elle est placée horizontalement et se meut autour

d'un axe horizontal, ou d'une genouillère qui lui permet de prendre

des inclinaisons encore plus variées par rapport à la ligne de

l'horizon.

Enfin, l'on a encore vu précédemment que l'angle d'attaque des

surfaces portantes d'une part, et la vitesse de la marche d'autre

part, sont des éléments de l'aviation qui ont leur effet sur les

déplacements du plus lourd que l'air dans le sens de la hauteur.

Si la vitesse, ou la grandeur, de l'angle d'attaque augmente,

l'aéroplane s'élève. En cas de diminution pour l'un de ces deux

facteurs, le résultat est inverse.

Enfin, la force du vent est aussi une influence dont il faut tenir

compte, puisqu'elle peut, en augmentant la pression sur les surfaces

portantes, si l'aéroplane marche contre lui, provoquer une ascension

de l'appareil.

Une récapitulation générale de toutes ces données peut se résumer

ainsi:

1º Avec l'angle d'attaque pour lequel il a été construit et avec sa

vitesse normale, l'aéroplane en air calme progresse horizontalement et

en ligne droite. Son gouvernail de direction latérale est alors

perpendiculaire à la ligne de l'horizon et son gouvernail de

profondeur rigoureusement horizontal.

2º Si des ondes de vent modifient accidentellement la stabilité

longitudinale de l'appareil, le plan stabilisateur réduit et corrige

les oscillations longitudinales produites (tangage). À défaut de queue

stabilisatrice agissant automatiquement, le gouvernail de profondeur,

actionné par l'aviateur, produit ces réductions et ces corrections.

3º Abstraction faite des oscillations accidentelles susdites[23], une

augmentation persistante de la vitesse du vent debout, augmente la

résistance rencontrée par l'aéroplane. Elle augmente, par conséquent,

la pression X qu'il exerce par sa progression et qui le soutient,

d'une pression supplémentaire X^1 (celle de la vitesse du vent) qu'il

subit et qui, venant en surcroît de la sienne, élève l'aéroplane.

[Note 23: Le vent n'est pas un souffle _continu d'intensité

constante_ comme le courant d'eau d'une rivière à cours

régulier; c'est une sorte de houle dans laquelle des

alternances d'intensité diverses se succèdent sans relâche.]

En ce cas, pour ne pas s'élever, il faut qu'il réduise son angle

d'attaque en faisant agir le gouvernail de profondeur, ou qu'il

réduise sa vitesse.

Après cette modification compensatrice, si le vent diminue ou cesse

plus tard, il devra faire une modification inverse pour revenir aux

conditions initiales de sa marche.

4º Si l'aviateur veut modifier sa direction horizontale, c'est-à-dire

aller à droite ou à gauche, rebrousser chemin ou décrire un cercle, le

gouvernail de direction latérale suffit pour ces évolutions.

Son action peut, en outre, corriger celle d'un vent latéral faisant

dériver l'avion et l'écartant de son but.

En provoquant un virage trop peu étendu, le gouvernail de direction

latérale détermine une inclinaison latérale de l'appareil qui résulte

de la différence des pressions exercées par les deux côtés des

surfaces portantes. Mais l'aviateur peut atténuer et neutraliser cet

effet par le gauchissement des surfaces portantes (système Wright),

par la manoeuvre d'ailerons mobiles (système adopté par Blériot) ou

par l'emploi d'autres influences compensatrices.

5º Pour monter ou descendre, l'aviateur fait agir le gouvernail de

profondeur qui impose à l'appareil des déplacements verticaux sans

modifier le régime normal de sa marche.

Il peut obtenir aussi les mêmes déplacements verticaux soit par la

modification de l'angle d'attaque, soit par la modification de la

vitesse.

En résumé, les moyens de diriger ne manquent pas. Ils sont plutôt trop

abondants, car ils ne simplifient pas la manoeuvre et l'on a déjà

cherché, avec plus ou moins de succès, comme on le verra dans la

description des principaux types d'aéroplanes, des systèmes de

jonction de commande, ayant pour but de réduire les manoeuvres du

pilote-aviateur au plus petit nombre possible d'actes et de

préoccupations.

|Force motrice.--Moteurs.|

L'oiseau et surtout les insectes qui volent, possèdent une force

prodigieuse par rapport à leur poids. L'observation de la Nature

enseigne ainsi que le rapport entre la force et le poids est une

condition absolue de l'aviation.

Le problème de la sustentation du plus lourd que l'air, même après les

belles études théoriques et pratiques du «vol plané», ne put donc être

résolu qu'à partir du moment où l'industrie de la locomotion

automobile parvint, de progrès en progrès, à fournir des moteurs

extrêmement légers quoique puissants.

Le moteur à pétrole, mieux dénommé: _moteur à explosion_, est

infiniment plus léger que le moteur à vapeur parce qu'il ne comporte

ni foyer, ni chaudière, ni l'énorme approvisionnement d'eau et de

charbon qui encombre nos locomobiles terrestres ou maritimes.

C'est un moteur réduit à l'organe qui produit la poussée du piston:

_le cylindre_, et aux pièces articulées qui transforment le mouvement

de va-et-vient de ce piston en un mouvement rotatif.

Un combustible extrêmement léger par rapport à la puissance qu'il

développe: l'essence de pétrole, est volatilisé dans une quantité

d'air déterminée pour former dans le cylindre un mélange explosif

(carburation)[24]. Une étincelle électrique enflamme ce mélange, comme

la capsule enflamme la poudre dans un fusil. L'explosion se produit et

chasse le piston, comme la déflagration de la poudre chasse la balle

ou l'obus dans le cylindre de la carabine ou du canon.

[Note 24: D'autres carburants tels que l'acétylène, par

exemple, pourraient remplacer l'essence de pétrole, et c'est

pourquoi les moteurs utilisant des mélanges de gaz explosifs

sont mieux dénommés moteurs à explosion que moteur à pétrole,

quoique l'essence de pétrole soit encore exclusivement

employée aujourd'hui comme carburant dans ces moteurs.]

On sait, par les voitures automobiles et par les motocycles, que ces

moteurs à explosion ne tiennent presque pas de place, et possèdent une

force considérable.

Le mouvement rectiligne de leur piston, transformé en mouvement

circulaire par des pièces articulées spéciales (bielles), fait tourner

un axe (arbre) qui est celui des roues dans les appareils roulants

(automobiles, motocycles) ou de l'hélice dans les bateaux et les

aéroplanes ou les dirigeables.

Cet _exposé schématique_ du principe des moteurs à explosion suffit

pour faire comprendre que la machine motrice qu'ils constituent est

réduite à la plus simple expression possible.

[Illustration: FIG. 80.--Moteur en V et hélice métallique.]

Quand l'explosion de l'air carburé (c'est-à-dire du mélange détonant

d'air et d'essence de pétrole volatilisée) a chassé le piston jusqu'à

l'une des extrémités du cylindre, il faut qu'il revienne en arrière

pour refouler et chasser les gaz brûlés par des orifices qui s'ouvrent

automatiquement; il faut encore que le piston reparte pour aspirer

derrière lui l'air et l'essence volatilisée qui fourniront une

nouvelle détonation; il faut enfin qu'il revienne encore une seconde

fois en arrière pour comprimer ce mélange détonant. Alors une seconde

inflammation, une seconde explosion se produisent, et le piston,

chassé une seconde fois avec force, exerce, par l'intermédiaire des

pièces articulées, un second effort de rotation sur l'axe ou arbre

moteur de l'hélice (si celle-ci est _calée_, c'est-à-dire fixée

directement sur cet arbre; ce qui est le cas le plus général).

Ainsi, la force de propulsion ne s'exerce qu'une fois par quatre

mouvements du piston; puisque, sur deux allers et deux retours, le

premier retour est employé à l'expulsion des gaz, le second aller à

l'aspiration du mélange détonant, et le second retour à la compression

de ce mélange avant l'allumage pour l'explosion suivante.

Une partie de l'élan donnée par l'explosion à un volant est utilisée à

produire ces trois mouvements, qui préparent l'explosion suivante. Il

y a donc ainsi une importante déperdition de la force engendrée par

l'explosion, et une suspension relativement très longue entre les

productions de forces, puisqu'elle atteint la proportion énorme de

3/4.

L'industrie automobile a depuis longtemps corrigé ces défauts en

composant des moteurs de deux, puis de plusieurs cylindres exerçant

leurs actions sur le même arbre. (Les groupes de ces cylindres sont

opposés, ou disposés en étoile, ou en V, pour l'aviation, fig. 80, p.

85).

Ces adjonctions augmentaient le poids total, mais elles ont permis, en

revanche, de réduire, puis de supprimer le volant,--pièce fort

lourde,--qui n'a plus été nécessaire lorsque l'arbre, par la

multiplication des détonations produites dans un même espace de temps,

n'a plus cessé d'être actionné un seul instant[25].

[Note 25: L'hélice est d'ailleurs elle-même pour l'aéroplane

une sorte de volant.]

L'augmentation du nombre des cylindres agissant sur un même arbre a

permis d'autres simplifications mécaniques allégeantes.

Le choix des matières métalliques a fait réaliser des économies de

poids non moins grandes. On a remplacé les métaux lourds, comme la

fonte, par de l'aluminium partout où la résistance de ce métal si

léger pouvait être suffisante. On a beaucoup diminué l'épaisseur des

cylindres, sans compromettre leur solidité indispensable, en les

construisant avec des aciers comme ceux, si résistants, qui servent à

la fabrication des armes de guerre et des cuirasses de navires.

En ce sens, d'amélioration en amélioration, on est arrivé à faire des

moteurs ne pesant que 2 kilogrammes, 1 kilog. 500 et même 1 kilogramme

par cheval-force.

L'allègement nécessaire a été de cette façon plutôt dépassé, car il

est démontré aujourd'hui par l'expérience que les moteurs dont le

cheval-force pèse 2 kilogrammes et même 2 kilogrammes 500, sont bien

assez légers pour l'aviation.

Il importe que la solidité, la résistance à l'usage et la régularité

ainsi que la longue durée du fonctionnement ne soient pas sacrifiées à

la légèreté.

En général, grâce au développement de la locomotion automobile, la

construction des moteurs s'est tellement perfectionnée, que presque

tous les moteurs sont excellents. Mais ces engins, véritables bijoux

de mécanique, ont une délicatesse extrême. L'allumage, le graissage,

l'échauffement, qui dilate trop les matières, l'encrassement des

soupapes, ainsi que nombre d'autres causes produisent dans le

fonctionnement de ces merveilles, des arrêts, ou _pannes_, encore trop

fréquents.

On considère l'aéroplane comme une sorte de cerf-volant soutenu en air

calme par la traction de sa corde. L'hélice, dans cette conception,

est la corde qui tire. Si elle cesse de tourner, l'aéroplane se trouve

dans la situation du cerf-volant tiré. Quand la corde casse: il tombe.

Cette appréciation, trop absolue, n'est pas exacte en matière

d'aviation. Bien construit, bien équilibré, l'aéroplane ne tombe pas,

en cas d'arrêt du moteur: _il descend_. Coupant l'allumage, et par

conséquent arrêtant le moteur, on descend aujourd'hui couramment en

vol plané de n'importe quelle hauteur, fût-ce de plus de 2.000 mètres

(Legagneux, Hoxsey, Paulhan, Chavez à Issy-les-Moulineaux, etc.)

Mais si l'arrêt du moteur ne compromet pas la vie du pilote et

l'appareil lui-même, lorsque cet arrêt se produit dans des conditions

favorables à la descente (plaine unie), il est bien évident, en

revanche, que, l'aviation n'ayant point pour but des évolutions

aériennes limitées aux champs d'expériences, il faut prévoir le cas où

l'arrêt mécanique se produirait lorsque l'avion surplombe une grande

étendue où la descente lui serait dangereuse, sinon fatale, telle

qu'une grande ville, une mer, une forêt, un large fleuve, une foule,

etc.

Les pannes, trop fréquentes, des moteurs ultra-légers légitiment les

critiques dont ils sont l'objet à ce point de vue. Néanmoins, il faut

reconnaître qu'elles tendent à se raréfier.

Nous sommes déjà bien loin, comme résultats, de l'époque, si récente

pourtant, où des parcours de quelques kilomètres, des sustentations de

quelques minutes étaient prouesses.

Nos aviateurs ont fait en plein pays des circuits fermés de grande

étendue et de longue durée. Blériot a traversé la Manche. Le comte de

Lambert, partant de Juvisy, est venu planer sur Paris, et tourner à

200 mètres au-dessus de la Tour Eiffel; puis il est reparti sans

escale pour revenir à son point de départ, où il est arrivé sans

aucune difficulté. Farman, à Pau, s'est maintenu 7 heures dans

l'espace couvrant une distance de 486 kilom.; Tabuteau l'a dépassé par

un aviat sans arrêt de 585 kil. 900. Des distances plus grandes ont

été depuis franchies avec escales, et les prouesses du _Circuit de

l'Est_ à cet égard sont encore dans la mémoire de tous. Ces exploits

ne sont pas exceptionnels, puisqu'ils ont été «approchés» nombre de

fois par d'autres aviateurs. Il est donc permis d'affirmer qu'avant

peu la question des _pannes_ de moteur, sera tout à fait résolue par

l'accouplement de deux moteurs se remplaçant automatiquement en cas

d'arrêt de l'un d'eux... ou même d'autre manière.

L'A. B. C. de l'aviation: Biplans et monoplans · 第 4 / 15 段