C'est pour l'éviter, que le comte de Zeppelin a construit so

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L'A. B. C.

DE

L'AVIATION

Biplans et Monoplans

PAR LOUIS GASTINE

2e mille

Albin MICHEL

_Éditeur_

22. Rue Huyghens

_PARIS_

À Gabriel et Charles VOISIN

_bien cordialement_.

L. GASTINE.

L'A. B. C.

de l'Aviation

DU MÊME AUTEUR

=Lys Amors d'Helain-Pisan avec Iseult de Savoisy= (roman du

quatorzième siècle en vieux français), illustré par Ed. Zier. Quantin,

édit., Paris.

=La Chronique d'Helain-Pisan et d'Iseult de Savoisy= (traduction du

précédent en français moderne), mêmes illustrations d'Ed. Zier. Dentu,

édit., Paris.

=La Chronique des amours d'Iseult= (illustrations d'Ed. Zier).

Per-Lamm, édit., Paris.

=Idylle romantique= (dans un vieux cadre). Choppin, édit., Givet.

=Le Mal du Coeur= (roman parisien). Savine, édit., Paris.

=Apôtre= (étude philosophique), Genonceaux, édit., Paris.

=Patria= (étude philosophique et sociale). Savine, édit., Paris.

=Les Millions de Suzette= (roman populaire illustré). Boulanger,

édit., Paris.

=Seul sur l'Océan.--La Dérive= (roman d'éducation pour la jeunesse),

en collaboration avec Mme Noémie Balleyguier, illustrations d'Ed.

Zier. Charavay-Mantoux, édit., Paris.

=La Fille des Angads= (roman algérien d'éducation pour la jeunesse),

illustré par A. Collombar. Gautier-Blériot, édit., Paris.

=Le Mensonge du sang= (roman populaire), en collaboration avec M.

Roger-Milès. Sabatier, édit., Paris.

=L'Âme errante= (conte philosophique). Boulanger, édit., Paris.

=Nature morte= (conte philosophique). Boulanger, édit., Paris.

=Filles d'Orient= (contes et nouvelles d'Orient), illustré par Ed.

Zier et René Lelong. Flammarion, édit., Paris.

=Une trop riche héritière= (roman pour les jeunes filles). Prat.,

édit., Paris.

=L'Asie en feu= (roman d'aventures militaires), en collaboration avec

M. Féli-Brugière. Delagrave, édit., Paris.

=Défends ta peau contre ton médecin= (étude professionnelle et

sociale), en collaboration avec M. Ch. Soller. J. Roques, édit.,

Paris.

=Lucrèce Borgia et la licence italienne= (roman d'étude historique),

illustré par Ed. Zier. Richardin Per-Lamm, édit., Barcelone.

=La Belle Tallien, Notre-Dame de Septembre= (étude historique), avec

illustrations documentaires. Albin Michel, édit., Paris.

=Reine du Directoire= (La belle Tallien) (étude historique), avec

illustrations documentaires. Albin Michel, édit., Paris.

=Le Pavillon d'or= (roman d'aventures maritimes pour la jeunesse).

May-Mantoux, édit., Paris.

=Dans l'azur= (roman d'aviation), avec une préface de Gabriel Voisin

Édition du «Monde Illustre», Paris.

=Énigme dans l'espace= (roman philosophique). Édition de «La France

Automobile et Aérienne», Paris.

=Les Petits Cahiers révolutionnaires de Jacques Brunoy (1789-1800)= M.

Gautier (Librairie Blériot), édit., Paris.

=Les Jouisseurs de la Révolution= (étude historique avec illustrations

documentaires). Édition des Bibliophiles, Paris.

=Manuel pratique de photographie.= Édition de la Chambre syndicale des

fabricants et négociants de la photographie, Paris.

=Les procédés photo-mécaniques et leurs emplois.= Ch. Mendel, édit.,

Paris.

=La chronophotographie=, en collaboration avec M. E.-J. Marey, de

l'Institut. Collection des aide-mémoire de M. Léauté, de l'Institut.

Masson et Cie, édit., Paris.

L'A. B. C. de l'Aviation

PAR

Louis GASTINE

Ancien collaborateur de M. E.-J. MAREY de l'Institut

PARIS

ALBIN MICHEL, ÉDITEUR

22 RUE HUYGHENS, 22

Tous droits de reproduction, de traduction et d'adaptation réservés

pour tous pays.

Copyright by Louis Gastine, 1911

15e ANNÉE Le Numéro: =50= Cent 2, Rue de la Bourse, Paris

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L'A. B. C. de l'Aviation

I

Les premiers conquérants de l'air

Le Ballon sphérique.--Le Dirigeable

|Conquête de l'air.--Locomotion aérienne.|

Par ses moyens physiques naturels, l'être humain est attaché à la

terre.

Il ne peut pas franchir de grandes étendues d'eau à la nage,--les

nombreuses tentatives de traversée de la Manche par les meilleurs

nageurs l'ont assez démontré,--et ses plongées sont insignifiantes.

Mais, il est arrivé à parcourir artificiellement les vastes espaces

océaniques. Aujourd'hui ses moyens de locomotion sur l'eau sont si

nombreux, si perfectionnés que son domaine s'est en quelque sorte

étalé sur la mer. Il commence même à pénétrer _dans_ l'élément liquide

par le sous-marin et par le secours d'appareils à immersion comme le

scaphandre et les cloches à plongeur.

Plus récente, est sa _pénétration_ dans l'espace aérien. Elle ne date

réellement que de 1783.

Après un début qui fut extrêmement sensationnel[1], l'art de s'élever

_dans_ l'air resta longtemps stationnaire.

[Note 1: L'enthousiasme causé par la première excursion en

«Montgolfière» (ballon gonflé d'air surchauffé), exécutée par

le marquis D'Arlandes et Pilâtre de Rozier, fut

indescriptible. Elle date du 21 novembre 1783.]

Après la guerre de 1870, la renaissance de l'aérostation, d'abord

lente, finit par prendre un essor assez prompt,--notamment par la

fondation de l'Aéro-Club de France,--jusqu'au moment où l'adaptation

aux aérostats des moteurs légers, créés par l'industrie de la

locomotion automobile, fit accomplir un bond considérable à la

«locomotion aérienne» en permettant la réalisation de «_ballons

dirigeables_», réellement dignes de cette qualification.

Mais, plus récemment encore, la naissance presque subite et le

développement des «appareils d'aviation» _plus lourds que l'air_ ont

donné une autre solution provisoire du problème séculaire de la

locomotion aérienne.

Par ce dernier moyen surtout, la conquête du domaine aérien par

l'homme a été si rapide que le public, témoin accidentel mal informé

des étapes de cette conquête, est porté à les confondre.

On ne lui a pas encore indiqué comment il doit comprendre les termes,

mal définis, dont il entend faire usage à propos des engins et des

personnes s'élevant au-dessus du sol pour se déplacer dans

l'atmosphère.

Ainsi, pour presque tout le monde, l'homme, l'animal ou la machine

parcourant un trajet quelconque dans l'air, sans prendre point d'appui

sur la terre, fait de la _navigation aérienne_.

Pourtant, il est tout à fait impropre d'appliquer aux translations

exécutées _dans l'air_ un terme essentiellement maritime, qui exprime

exclusivement un parcours fait _à la surface_ des eaux (mouvements des

navires) ou près de la surface de l'eau (mouvements des sous-marins),

tandis que la locomotion aérienne s'effectue dans un milieu (l'air)

_qui n'a pas de surface déterminée_.

L'homme ne peut s'élever pratiquement dans l'atmosphère au delà de

6.000 mètres,--en ballon,--parce que l'air devient, au delà de cette

limite, trop raréfié pour la respiration. Il manque notamment

d'oxygène et sa température devient trop basse[2].

[Note 2: Les aéronautes allemands Berson et Suering se sont

élevés en ballon, le 31 juillet 1901, à 10.500 mètres, mais

ils risquaient gravement leur vie (asphyxie et froid).]

Mais à cette altitude on est encore bien loin du terme de la couche

atmosphérique du globe. Il résulte, en effet, de constatations

scientifiques aisément renouvelables, que cette couche peut avoir

50.000 à 70.000 mètres d'épaisseur et que ses dernières traces les

plus éparpillées dans l'éther (les moins denses) pourraient s'étendre

jusqu'à 800.000 mètres au-dessus du sol[3].

[Note 3: Cette supposition résulte de l'observation

astronomique des comètes.]

Par rapport à l'épaisseur de la couche d'air enveloppant

notre planète,--si tant est que cette couche ait une limite

appréciable,--l'homme gravitant dans les plus hautes régions de

l'atmosphère où il peut accéder ne se déplace donc pas à la partie

supérieure, _à la surface_ de cette couche, comme le navire vogue à la

surface de l'eau, mais il en parcourt, au contraire, _le fond_ et le

terme _naviguer_ à propos de l'air, doit être proscrit.

Cet exemple, bien caractéristique, montre qu'il faut, avant tout,

préciser le sens des termes employés pour désigner les nouveaux moyens

de déplacement de l'homme dans l'atmosphère. Or, cette précision

découle de l'examen des moyens artificiels mis en usage pour s'élever

au-dessus du sol, et c'est pour cela qu'il importe de considérer

d'abord ces moyens.

Le plus ancien en date _au point de vue des résultats positifs_,--car

cet A. B. C. visant exclusivement la pratique, doit négliger

systématiquement les origines fabuleuses ou légendaires comme celle

d'Icare et les tentatives avortées des précurseurs, comme celles de

Léonard de Vinci, quelque respectables qu'elles soient,--le plus

ancien en date est _le ballon_.

Le Ballon

|Ses moyens.--Son prix.|

Le ballon, qu'il soit simple ou dirigeable, est le type du _plus léger

que l'air_.

Nous ne percevons pas, par nos sens, la pesanteur de l'air. Néanmoins

il a un poids très notable.

À la température de 0° et au niveau de la mer, un mètre cube d'air

pèse près de 1.300 grammes (1.292 à 1.293 gr.)

À mesure que sa température s'élève, il se dilate; les molécules

gazeuses qui le constituent s'écartent les unes des autres, elles

occupent plus d'étendue. Il en faut moins, par conséquent, pour

remplir le même espace. Ainsi, un mètre cube contient une masse d'air

moins dense, moins serrée à 50° qu'à 0°, et cette masse, de volume

égal est, par conséquent, moins lourde.

Chauffé à 200°, l'air atmosphérique, par sa dilatation, occupe un

volume presque double de celui qu'il possède à 0°.

Il en faut donc presque moitié moins pour emplir le même espace, et,

pour le même volume, il est, par conséquent; plus léger de moitié.

Cette légèreté lui permet de s'élever dans l'atmosphère plus lourde

qui l'environne. La vapeur d'eau, les fumées s'élèvent dans l'air

d'une manière analogue.

Cette faculté de s'élever dans l'atmosphère est une force, facile à

mesurer, qu'on nomme en aérostatique: _force ascensionnelle_.

Un mètre cube d'air à 200° possède une force ascensionnelle de près de

500 grammes (493 gr.) et peut soulever, par conséquent, ce poids.

Les gaz plus légers que l'air, tels que l'hydrogène ou le gaz

d'éclairage, ont la même propriété par rapport à l'atmosphère. Elle

est proportionnelle à leur poids.

Un mètre cube de gaz d'éclairage ne pèse que 500 gr. environ. Le mètre

cube d'hydrogène pur, bien moins lourd encore, ne pèse que 89 gr. L'un

et l'autre peuvent donc élever _presque_ la différence qui existe

entre leur poids et celui de l'air atmosphérique au niveau de la mer à

0°, ce que l'on exprime en disant que le gaz d'éclairage possède une

force ascensionnelle de 790 gr. environ et que cette force s'élève,

pour l'hydrogène pur, presque à 1.200 gr.

La force ascensionnelle de ces gaz légers a remplacé, presque dès le

début de l'aérostation, celle de l'air chaud qui se refroidissait trop

vite.

[Illustration: FIG. 1

Dans le ballon sphérique non dirigeable, la _force ascensionnelle_ et

la _pesanteur_, rigoureusement perpendiculaires, sont toujours dans le

prolongement l'une de l'autre.]

En résumé, le ballon s'élève dans l'air avec une force ascensionnelle

qui est proportionnelle à sa légèreté relative, et cette force est

telle que si la _capacité_ d'un ballon est suffisante, il soulève, en

outre de son _enveloppe_ et de ses _agrès_, une _nacelle_ contenant

des personnes, du _lest_[4] et un certain nombre d'instruments dont

l'usage est nécessaire pour la bonne surveillance des déplacements

aériens et des états de l'atmosphère ou du ballon.

[Note 4: Provision de sable en petits sacs que l'on ouvre ou

que l'on éventre en cas de descente trop brusque, ou si l'on

veut faire remonter le ballon.]

_Lâché_ après gonflement par du gaz léger, le ballon ne possède pas

d'autre force que cette _force ascensionnelle_, qui le fait monter ET

QUI DIMINUE À MESURE QU'IL MONTE.

Il ne peut se diriger par lui-même. Il est totalement livré aux

influences atmosphériques et principalement aux déplacements de l'air

dans n'importe quel sens, sauf dans le sens de sa montée.

S'il rencontre un courant de vent allant du Nord au Sud, il est

entraîné du Nord au Sud par ce courant, _avec la même vitesse_; mais

il s'élève en même temps dans ce courant, par sa force ascensionnelle

et, si elle lui permet de le dépasser, il y échappe après l'avoir

franchi.

Des aéronautes entraînés ainsi dans une direction déterminée par un

vent peu élevé dans la couche atmosphérique: _un vent rasant la

terre_, l'ont dépassé et se sont vu entraînés au-dessus de ce courant

inférieur, par un autre courant supérieur dans une autre direction

toute différente. Et l'on conçoit que les mêmes causes peuvent

produire les mêmes effets à la descente qu'à la montée d'un ballon.

Dans tous les cas, le ballon qui monte perd de sa force ascensionnelle

à mesure qu'il s'élève, parce qu'il pénètre dans des couches d'air de

plus en plus _raréfiées_, moins serrées, et par conséquent plus

légères.

Et cette _raréfaction_ de l'air est très accentuée, même pour des

altitudes peu considérables. Ainsi, l'air qui pèse 1.293 grammes à 0°

au niveau de l'Océan, ne pèse plus que 646 grammes--moitié moins--à 5

kil. 500 m. de hauteur.

Un ballon quittant le niveau de la mer à 0° avec une force

ascensionnelle de 500 kilogrammes, n'aurait donc plus que 250 kil. de

force ascensionnelle à 5.500 m. au-dessus du sol.

Théoriquement, ce ballon devrait monter jusqu'au moment où l'air, de

moins en moins lourd, arriverait à être aussi léger que le gaz dont

son enveloppe est gonflée. Mais comme il faut tenir compte du poids de

l'_enveloppe_, des _agrès_, de la _nacelle_, du lest et des personnes,

sans compter les _instruments_, le ballon de l'aéronaute s'arrête, en

pratique courante, bien avant d'arriver à ce _niveau d'équilibre_ du

gaz léger et de l'atmosphère raréfiée.

On arrête, en outre, volontairement sa montée avant qu'il n'arrive

dans les hautes régions où, comme il a été dit précédemment, l'air

respirable fait défaut et le froid devient excessif[5].

[Note 5: En général, l'abaissement de la température est de 5

à 6° par kilomètre d'altitude. Mais les écarts sont parfois

plus accentués: on a constaté--39° à 7.000 mètres

(Arago).--Un ballon-sonde a enregistré--78° à 13.000 mètres

d'altitude et d'autres fois moins; par exemple--68° à 18.000

mètres.]

En tout état de causes, lorsqu'il est arrivé à la limite de sa force

ascensionnelle, ou à la limite que l'aéronaute lui a imposée[6], le

ballon commence invariablement à redescendre pour plusieurs motifs. Le

principal c'est qu'il perd son gaz par les parois de l'enveloppe, les

soupapes, les joints, etc..., car ces organes sont loin d'être

absolument imperméables.

[Note 6: Par exemple en ouvrant la soupape supérieure du

ballon.]

En jetant du lest, l'aéronaute peut retarder sa descente et même faire

remonter le ballon. Mais il épuise alors ce lest; il le perd comme le

ballon perd son gaz et la descente, _inévitable_, par déperdition

constante de force ascensionnelle met un terme forcé à la durée du

voyage aérien.

Soit qu'il s'élève par sa force ascensionnelle initiale ou en jetant

du lest, soit qu'il descende en perdant son gaz naturellement ou par

la volonté de l'aéronaute, le ballon ne cesse donc pas d'osciller dans

le sens de la hauteur et, pendant ces oscillations, les courants d'air

qu'il traverse l'emportent à peu près à leur gré.

En revanche, il est déplacé sans aucune secousse, même par un vent

vif; il monte haut et les sensations extrêmement agréables, variées,

_imprévues_ des ascensions aérostatiques, lorsqu'elles ont lieu dans

des conditions favorables, expliquent fort bien comment un petit

nombre de personnes fortunées se sont adonnées et se livrent encore à

ce sport émouvant.

Un ballon doit avoir une capacité de mille mètres cubes environ pour

enlever deux ou trois personnes, et ce nombre de passagers est

nécessaire pour allier la sécurité à l'agrément.

Sa valeur est à peu près de 3.000 francs. Il devient hors d'usage en

quatre années, par suite des modifications chimiques et physiques

normales du tissu de l'enveloppe[7].

[Note 7: Ce prix est celui d'un ballon en tissu de coton, un

ballon en tissu de soie peut durer le double, mais il coûte

également le double.]

Enfin, chaque ascension entraîne une dépense de gaz de 150 francs

environ si la capacité du ballon est de 1.000 mètres cubes. De telle

sorte que peu d'amateurs peuvent s'offrir le luxe d'un plaisir si

coûteux[8].

[Note 8: Une ascension ordinaire à 2.000 mètres d'altitude

dure quatre à cinq heures ou toute une nuit, car la

déperdition du gaz est moins grande la nuit par les parois de

l'enveloppe et pour diverses autres causes.]

En revanche, le ballon rachète ces désavantages par son utilité au

point de vue de l'étude et de l'exploration scientifique de

l'atmosphère.

Il reste jusqu'à présent le roi des hautes altitudes accessibles à

l'homme.

On peut ajouter que les _ballons-sonde_, qui ne portent pas

d'aéronautes, mais qu'on lance munis d'instruments enregistreurs

spéciaux, réalisent de précieuses explorations des parties élevées de

l'atmosphère et que ces explorations seront encore longtemps

nécessaires pour l'étude du domaine de l'air[9].

[Note 9: L'observatoire d'Uccle (Belgique) a lancé le

_ballon-sonde_ qui est parvenu à la plus haute altitude

enregistrée jusqu'à ce jour: 25.989 mètres. Son ascension

eut lieu le 5 septembre 1907.]

Le Dirigeable

|Ses caractéristiques.--Ses moyens.|

|Son prix de revient.|

L'enlèvement d'un ballon dans l'air, avec des passagers dans une

nacelle, suggère naturellement le désir de _diriger_ l'aérostat. Cette

idée vint, en effet, aux premiers aéronautes dès 1783.

Mais, comme on l'a vu par les considérations précédentes, le _ballon_

est essentiellement indirigeable. Pour concevoir un _plus léger que

l'air_ ayant le pouvoir de se conduire lui-même dans l'atmosphère, il

fallait commencer par résoudre une série de problèmes. Un précurseur:

le lieutenant Meusnier, signalait dès 1784, la majeure partie de ces

problèmes et en donnait les solutions remarquables qui sont, sauf des

perfectionnements dans les détails, celles que la pratique et la

théorie ont fait réaliser dans les dirigeables d'aujourd'hui.

On comprend d'emblée que la forme sphérique du ballon est défavorable

s'il doit déplacer l'air pour avancer dans un sens déterminé, parce

qu'il aborde la résistance de ce fluide, quelque faible qu'elle soit,

avec une surface dont le développement est trop grand.

On conçoit le ballon dirigeable rationnellement allongé dans le sens

de sa marche normale. Les formes de cylindre, de fuseau, de navette et

nombre d'autres furent imaginées. En résumé, la Nature donne, par

analogie, les meilleurs modèles dans les proportions générales des

poissons migrateurs et dans ceux des grandes espèces comme la baleine,

le marsouin, le squale.

Les travaux du professeur Marey, ont démontré les avantages des formes

de ces poissons.

En étudiant, au moyen de la chronophotographie et avec des dispositifs

particuliers, les mouvements des courants liquides et gazeux

rencontrant des obstacles de formes diverses, et aussi les mouvements

que déterminent dans des gaz et des liquides des corps de différentes

formes traversant ces fluides, Marey a démontré que les résistances

des milieux (gaz ou liquides) sont réduites au minimum si le corps

immergé est allongé et se termine en pointe plus effilée à l'arrière

qu'à l'avant.

La figure 2 montre cette forme, très analogue à celle des poissons

précités. Les constructeurs l'ont adoptée, à quelques variantes près,

pour la plupart des ballons dirigeables.

[Illustration: FIG. 2]

En revanche, la direction des «plus légers que l'air» exigeait

l'emploi d'une force à la fois puissante et légère qui fit défaut

pendant plus d'un siècle et empêcha les essais des chercheurs

d'aboutir à des résultats satisfaisants.

Les tentatives avortées apprirent pourtant combien il fallait tenir

compte d'autres éléments primordiaux (d'ailleurs prévus par Meusnier,

dont les travaux enfouis dans les archives du ministère de la guerre

restaient ignorés).

Ni la vapeur, ni l'électricité, ne purent fournir le moteur souhaité.

Sa création fut l'oeuvre de l'industrie automobile et l'on peut dire

que la conquête définitive de l'air est une conséquence directe des

perfectionnements accomplis dans la construction des moteurs à

explosion de cette industrie[10].

[Note 10: Rappelons incidemment que les principaux essais

Turent successivement: 1º le dirigeable d'Henri Giffard

(1852), moteur à vapeur; vitesse obtenue: 3 mètres à la

seconde; 2º le dirigeable de Dupuy de Lôme, à hélice mise en

mouvement par des hommes (1872), vitesse: 2 m. 25 à la

seconde: 3º le dirigeable des frères Tissandier (1883),

moteur électrique (dynamo Siemens), vitesse: 4 mètres par

seconde; 4º Ballon dirigeable _La France_, des capitaines

Renard et Krebs (1884-1885), moteur électrique (dynamo

Gramme), vitesse: 6 m. 50 par seconde (_La France_ fit le

premier voyage aérien à circuit fermé); 5º le dirigeable

_Santos-Dumont_ (1901), moteur à explosion.]

Dotée du moteur qu'il lui fallait, l'aérostation multiplia promptement

ses essais de direction et l'expérience confirma,--parfois

cruellement,--des indications que la théorie donnait. On apprit par

des accidents, dont quelques-uns furent mortels, que _la direction_

d'un _plus léger que l'air_ a des exigences compliquées qui

différencient profondément le dirigeable du ballon sphérique.

Il est indispensable, par exemple, _que le dirigeable ne se déforme

pas, que sa nacelle conserve toujours la même position par rapport à

l'enveloppe qui la supporte et qu'il ait dans le sens de sa longueur

et de sa marche, une stabilité dite_: STABILITÉ DE ROUTE _ou_

STABILITÉ DE DIRECTION.

Si le dirigeable se déforme, il cesse d'être gouvernable et les plus

graves accidents peuvent être, en outre, la conséquence de cette

déformation.

C'est pour l'éviter, que le comte de Zeppelin a construit son

dirigeable avec une carcasse d'aluminium rigide. Mais il convient

d'ajouter que son type d'aéronat est particulièrement fragile à cause

de sa longueur excessive.

Si les dirigeables français n'ont pas la rigidité métallique du

_Zeppelin_, leurs proportions sont, en revanche, beaucoup moins

dangereuses.

On conserve leur forme aux aéronats non métalliques en les maintenant

toujours également gonflés à l'aide d'un ou de plusieurs ballonnets à

air contenus dans l'enveloppe.

Si le dirigeable dont, au départ, l'enveloppe était parfaitement

tendue par le gaz léger, vient à perdre trop de ce gaz pour garder sa

forme, on le voit aux indications d'un instrument qui marque la

pression du gaz dans le ballon (_manomètre_). Il suffit alors

d'introduire dans les ballonnets, avec une pompe à air, actionnée par

le moteur, ou à bras, une quantité d'air suffisante pour rétablir la

pression convenable à l'intérieur de l'enveloppe.

Si cette pression, par suite de la dilatation du gaz léger, devient

ensuite trop forte, il suffit de laisser les ballonnets se dégonfler

de l'air qu'on y a introduit jusqu'au rétablissement de la pression

que le gaz léger doit avoir pour tendre normalement l'enveloppe.

Ces opérations «compensatrices» étaient faites d'abord par les

conducteurs des dirigeables; aujourd'hui elles s'accomplissent

automatiquement et les pilotes n'ont qu'à les surveiller, pour les

produire au moyen d'organes spéciaux dans le cas où, par accident, les

compensations automatiques organisées cesseraient de fonctionner.

L'_équilibre_ du dirigeable,--seconde condition primordiale de sa

direction,--est réalisé par la façon dont sa nacelle est reliée à

l'enveloppe.

Dans le ballon sphérique, les balancements de la nacelle au-dessous du

ballon auraient peu d'inconvénients, parce qu'ils resteraient sans

influence marquée sur l'enveloppe et ses agrès. Ils ne se produisent

d'ailleurs point, puisque le ballon sphérique non dirigeable, ainsi

que les explications précédentes l'ont établi, reste absolument inerte

dans l'atmosphère, sauf les déplacements _verticaux_ incessants qu'il

subit, soit par l'effort de sa «force ascensionnelle», soit par

l'action de la pesanteur.

Dans les deux cas, les directions de ces forces passent rigoureusement

par les centres de la nacelle et du ballon, quelle que soit la

prédominance de l'une d'elles, et l'équilibre de l'aérostat se trouve

ainsi parfaitement assuré (Voir fig. 1, p. 5).

Il n'en est pas de même pour le dirigeable. Sa forme, indispensable

pour sa direction, l'expose à un décentrage des forces précitées

(pesanteur et force ascensionnelle) qui peut avoir les plus graves

inconvénients et même entraîner la perte de l'aéronat.

[Illustration: FIG. 3]

[Illustration: FIG. 4]

Dans la construction du dirigeable, tout est calculé pour que les

éléments qui font sa pesanteur: enveloppe, agrès, nacelle, moteur,

hélice, passagers, lest, etc., exercent cette force de pesanteur dans

le prolongement de la force ascensionnelle du gaz léger, _lorsque

l'aéronat est parfaitement horizontal_, parce que cette position est

celle de sa marche rationnelle.

La figure schématique nº 3 montre cet _équilibre horizontal_ du

dirigeable français, dans lequel la force ascensionnelle et celle de

la pesanteur s'exercent dans le prolongement l'une de l'autre, non pas

au milieu de la longueur, mais un peu plus vers l'avant de

l'enveloppe. On exprime cet antagonisme rectiligne en disant qu'il y a

parfaite coïncidence entre le _centre de gravité_ (pesanteur) et le

_centre de poussée_ (force ascensionnelle) du ballon (p. 13).

[Illustration: FIG. 5]

Mais si, pour une cause quelconque, le dirigeable vient à prendre une

position oblique comme celle qu'indique la figure 4, l'action de la

pesanteur, qui s'exerce toujours perpendiculairement, déplace la

nacelle par rapport à l'enveloppe et déplace les efforts de traction

dus à la pesanteur aussi bien que les efforts de pression du gaz léger

contenu dans le ballon. La figure 4 montre, notamment, que la ligne du

_centre de poussée_ de la force ascensionnelle s'est déplacée. La

position primitive est représentée par des lignes en pointillé, tandis

que les lignes pleines représentent la position nouvelle. De plus,--et

ceci est beaucoup plus grave,--un nouvel équilibre de l'aéronat

s'étant établi _dans la position oblique_ par suite du déplacement de

la nacelle par rapport à l'enveloppe, _il ne tend plus à se

redresser_; la continuation de sa marche ne peut qu'accentuer son

obliquité dangereuse (p. 13).

[Illustration: FIG. 6]

Il est donc indispensable de rendre la position de la nacelle aussi

invariable que possible, par rapport à celle de l'enveloppe, et l'on y

parvient en remplaçant sa suspension au moyen de _câbles parallèles_

par une suspension dans laquelle les câbles, s'entre-croisant, forment

des triangles comme le montre la figure 5, p. 14.

Dans ce cas, en effet, la disposition des câbles de soutènement

empêchant la nacelle de se déplacer par rapport à l'enveloppe, comme

le montre la figure 6, celle-ci se trouve soumise à deux forces

contraires: la force ascensionnelle et la pesanteur, qui tendent

toutes les deux à la fois à redresser l'aéronat, parce qu'elles ne

sont plus dans le prolongement l'une de l'autre, dès que le dirigeable

cesse d'être parfaitement horizontal.

Ainsi le mode de soutènement par câbles entre-croisés en triangles

réalise la stabilisation automatique du dirigeable dans la position

horizontale.

Enfin, pour que le dirigeable garde, dans le sens de sa marche, sans

le secours incessant du gouvernail, une direction rectiligne, on munit

son arrière d'une sorte _d'empennage_ analogue à celui des flèches et

jouant le même rôle mais constitué par des surfaces plates opposées à

angle droit, ou par des ballonnets en forme de cylindres ou de cônes,

comme ceux que montrent les figures 7 à 10.

[Illustration: FIG. 7, 8, 9 et 10]

Les premiers éléments constitutifs du dirigeable sont donc: 1º sa

forme; elle doit se rapprocher de celle des poissons qui peuvent

effectuer de longs parcours;--2º sa rigidité; l'emploi des ballonnets

internes compensateurs, ou la construction métallique, donnent cette

rigidité;--3º la stabilité de la nacelle par rapport à l'enveloppe; la

suspension par câbles à entre-croisements triangulaires la réalise;

elle est naturellement assurée par la rigidité du métal dans la

construction métallique du _Zeppelin_ (fig. 11, 12 et 13);--4º la

rectitude de marche; on l'obtient par les divers empennages de

l'arrière du dirigeable.

[Illustration: FIG. 11

FIG. 12

FIG. 13

FIG. 11.--Coupe longitudinale montrant le cloisonnement du _Zeppelin_.

FIG. 12.--Arrière du _Zeppelin_ vu en dessous.

FIG. 13.--Coupe transversale du _Zeppelin_ à l'arrière.

Le _Zeppelin_ a 130 mètres de longueur et 10 mètres 70 cent. de

diamètre; il cube 12.000 mètres. Deux moteurs de 170 chevaux lui

servent à actionner 4 hélices de 1 mètre 30 cent. de diamètre, qui

font 800 tours à la minute. Un hangar flottant installé sur le lac de

Constance est son abri. Ce type de dirigeable a pu réaliser un

parcours de 1.100 kilomètres en trente-huit heures (29 kilomètres à

l'heure). Mais les nombreux accidents dont il a été victime,

paraissent démontrer qu'il est peu pratique. Son prix est d'ailleurs

excessif: il atteint plusieurs millions de marks.]

Mais ces caractéristiques principales ne suffisent pas: le dirigeable

doit encore satisfaire à d'autres conditions.

Un gouvernail de direction latérale, placé à l'arrière et analogue à

celui des navires, peut le faire tourner à droite ou à gauche.

[Illustration: FIG. 14

_A._ Corps du dirigeable rempli de gaz.--_B._ Ballonnet compensateur

interne ou _b. b. b,_ série de ballonnets compensateurs

internes.--_E._ Empennage.--_G._ Gouvernail de direction

latérale.--_H._ Hélice.--_M._ Mécanicien.--_m._ manche ou conduit de

gonflement du ballonnet compensateur.--_P._ Pilote.--_P. S._

Gouvernail de profondeur.--_R. S._ et _r. b._ lignes des joints

d'attache des câbles de soutènement de la nacelle.--_S. O._ Soupape de

sortie du gaz.]

Comme le ballon sphérique, le dirigeable emporte une certaine quantité

de lest pour retarder sa descente ou pour remonter en s'allégeant. Il

peut aussi retarder sa montée ou provoquer sa descente, en se vidant

de son gaz léger par une soupape d'échappement, placée à l'arrière,

aussi loin que possible du moteur. Mais ces deux moyens, pour monter

et pour descendre, l'épuiseraient trop rapidement (quoique l'emploi

des approvisionnements d'essence et d'huile soit un délestage normal

constant dont l'importance n'est pas négligeable). Afin d'économiser

au maximum son gaz et son lest, on ajoute au dirigeable des plans

_stabilisateurs_, disposés à l'arrière ou à l'avant, qui jouent le

rôle d'un gouvernail de profondeur et, prenant point d'appui sur

l'air, grâce à la marche de l'aéronat, provoquent sa montée ou sa

descente pour des différences d'altitude progressives, modérées. La

figure 14, qui représente schématiquement un dirigeable rationnel,

montre ces divers organes.

[Illustration: FIG. 15

Le Dirigeable _Ville de Paris_ et hangar de ce dirigeable dans le

fond.]

Constitué de cette manière, le dirigeable mérite sa dénomination parce

qu'il est réellement maniable dans l'atmosphère. Néanmoins, il faut

encore tenir compte de deux éléments d'importance capitale dans son

emploi: la puissance relative de sa force motrice et l'étendue de son

_rayon d'action_.

Sauf le cas d'un vent soufflant en tempête et par rafales, le pilote

d'un ballon sphérique non dirigeable n'a pas à se soucier beaucoup du

courant d'air qui l'emporte puisqu'il ne peut rien contre lui. Si ce

courant l'entraîne dans une région où il ne veut pas aller: océan,

contrée montagneuse trop élevée ou pays étranger, sa seule ressource

est d'atterrir le mieux possible... ou de chercher, en s'élevant dans

les régions supérieures de l'atmosphère, s'il peut les atteindre, un

autre courant d'air,--qu'il risque fort d'ailleurs de ne pas

rencontrer.

Au contraire, le pilote du dirigeable, par cela même que son ballon

est dirigeable, est forcé de tenir compte des moindres mouvements de

l'atmosphère et il importe au plus haut point que le moteur de son

aéronat ait une puissance capable de lutter contre celle d'un vent

ordinaire avec plein succès.

Un moteur qui ne donnerait au dirigeable qu'une vitesse inférieure à

celles des brises régnant généralement dans sa région serait

inutilisable pendant la plus grande partie de l'année. L'obligation de

ne manoeuvrer que par des temps calmes équivaudrait à la négation de

son emploi.

Théoriquement, le dirigeable fut réalisé par les frères Tissandier,

par Dupuy de Lôme et même par Henri Giffard dès 1852, puisqu'ils

purent faire mouvoir leurs ballons dans l'air avec les moteurs dont

ils étaient munis. Mais, parce qu'ils ne dépassaient point des

vitesses oscillant entre 2 m. 25 à 4 m. à la seconde, vitesses qui

sont inférieures à celles des vents dominants en France, leurs

aéronats restaient inutilisables pratiquement.

Le dirigeable _La France_, des capitaines Renard et Krebs, qui

exécuta, en 1885, les deux premiers voyages aériens formant un circuit

fermé, c'est-à-dire qui, partant de Meudon, put aller à Paris et

revenir à Meudon, à son point de départ, avait une vitesse de 6 m. 50

à la seconde (environ 23 kil. à l'heure).

Les observations météorologiques poursuivies pendant nombre d'années à

Chalais-Meudon par l'autorité militaire ont permis d'établir que, sur

ce point du territoire, il y a pendant près de 180 jours par an, des

vents dont la vitesse est au moins égale à 26 ou 27 kil. à l'heure (7

m. à 7 m. 50 par seconde).

La vitesse du dirigeable _La France_ était donc inférieure à celle de

la moyenne de vents dominants et cet aéronat n'a réussi les «circuits

fermés» Meudon-Paris-Meudon, les 22 et 23 septembre 1885, qu'à la

faveur de vents d'une vitesse inférieure à celle de ceux qui sont les

plus fréquents.

Les dirigeables: _Ville-de-Paris_, _Bayard-Clément_, _République_,

dont la vitesse atteint 12 m. 50 au minimum par seconde (45 kilomètres

à l'heure) peuvent, au contraire, fonctionner environ 297 jours par

an, suivant le tableau des observations météorologiques militaires

précitées.

Or, ces résultats, qui sont dus à la puissance des moteurs à explosion

employés sur ces dirigeables, n'auraient pas été obtenus sur des

aéronats de faibles dimensions.

On peut construire un dirigeable petit. Le _Santos-Dumont_ nº 1 ne

cubait que 180 m. Le nº 6 avec lequel il gagna le prix Deutsch, le 19

octobre 1901, jaugeait 622 mètres cubes; il n'avait que 33 m. de

longueur et 6 m. de diamètre.

Pour l'_amateur_, on a même créé un type de dirigeable réduit: c'est

le _Zodiac_, dont les caractéristiques sont: une enveloppe contenant

700 mètres cubes de gaz; un moteur de 16 chevaux, une hélice de 2 m.

30 de diamètre, donnant 600 tours à la minute. Ce type d'aéronat

réduit est, en outre, démontable. Emballé, il peut être transporté sur

un camion ou expédié par chemin de fer. Enfin, il ne coûte que 25.000

francs.

Mais gonflé de gaz d'éclairage, il n'enlève qu'une seule personne. Il

faut lui ajouter 100 mètres cubes d'hydrogène pur (gaz fort cher et

que l'on ne se procure pas partout), pour qu'il puisse en enlever

deux. Il ne voyage guère que trois ou quatre heures. Il n'enlève que

75 kilogrammes de lest. Sa vitesse ne dépasse pas 28 kilomètres à

l'heure.

En comparant ces caractéristiques du _Zodiac_ avec celles du

_Bayard-Clément_, par exemple, on comprend comment ce dernier peut

donner des résultats pratiques, qu'un petit dirigeable ne saurait

fournir.

Le _Bayard-Clément_ a 56 m. de longueur, 10 m. 58 de diamètre et cube

3.500 m. Son moteur, qui pèse 352 kilogrammes, a une force de 105

chevaux. Il actionne une hélice de 5 m. de diamètre qui fait 350 tours

à la minute, avec une consommation de 38 à 40 litres d'essence et de 5

litres d'huile à l'heure.

Grâce à ces éléments cet aéronat peut atteindre une vitesse de 50

kilomètres à l'heure.

Avec six passagers, 300 litres d'essence, 20 litres d'huile, 65 litres

d'eau (pour le refroidissement du moteur), et 250 kilogr. de lest, il

a fait en 5 heures, le 1er novembre 1908, un parcours de 250

kilomètres sans escales, «circuit fermé», de Sartrouville à Compiègne

et Pierrefonds par l'Isle-Adam, Creil, Pont-Ste-Maxence, Séry,

Dammartin, Le Bourget, Pantin et rentrer à Sartrouville en passant sur

Paris.

Mais un dirigeable de cette puissance coûte environ 300.000 francs.

La catastrophe du dirigeable _Patrie_ a démontré qu'il est

indispensable de remiser de si grands aéronats dans des hangars

spéciaux, qui sont de construction coûteuse. La figure 15 (p. 19)

montre un hangar de ce genre.

Enfin, la nécessité de ramener le grand dirigeable à son hangar réduit

considérablement son _rayon d'action_ (50%).

Dans de telles conditions, sauf exception, un État semble seul

pouvoir se permettre, pour sa défense militaire, le luxe d'un ou de

plusieurs grands dirigeables d'une série de hangars pour les remiser.

On conçoit néanmoins que, plus tard, l'industrie des transports en

commun utilisera peut-être de grands dirigeables perfectionnés et

modifiés en vue de ce genre d'exploitation.

Mais, pour le moment présent, l'_aviation_ semble mieux répondre au

désir légitime que fit naître chez toute personne la récente conquête

de l'air, et c'est ce mode de locomotion dans l'atmosphère qui sera

presque exclusivement le sujet de cet A. B. C.

[Illustration: FIG. 16]

II

L'Air

Lorsqu'on parle aujourd'hui de la _conquête de l'air_, il faudrait

ajouter qu'il s'agit de _l'air respirable_ pour l'homme, ou que cette

restriction soit sous-entendue, car l'être humain ne peut graviter

pratiquement au delà de la couche atmosphérique, relativement bien

basse, où sa respiration est assurée par une certaine proportion de

divers éléments gazeux.

Au delà de 6.000 mètres, en effet, «quelques précautions que l'on

prenne, la diminution de pression, la moindre quantité d'oxygène

entrant dans les poumons à chaque inspiration force à les précipiter.

On étouffe, des maux de tête et des maux de coeur surviennent», etc.

(BOUQUET DE LA GRYE).

L'oxygène de l'air pénétrant dans les poumons y est absorbé par le

sang. Ce véhicule l'entraîne dans l'organisme où, par une sorte de

combustion lente, il brûle une partie du carbone des matières qui

doivent être éliminées. Son rôle est donc capital dans l'existence

humaine.

L'oxygène n'est d'ailleurs pas moins indispensable au moteur de

l'aéroplane qu'à l'aviateur; sa rareté dans les hautes régions de

l'atmosphère nous en interdit donc doublement l'accès.

Lorsque Berson et Suering atteignirent l'altitude de 10.500 m. en

1901, ils entretenaient artificiellement leur respiration à l'aide

d'une réserve d'oxygène qu'ils avaient emportée, et le ballon

sphérique où ils étaient n'avait pas de moteur à faire fonctionner

pour les soutenir. Si, plus tard, des aéroplanes arrivent à dépasser

l'altitude de 6.000 m. pour monter aussi haut que Berson et Suering,

cela ne pourra être qu'à l'aide de dispositifs spéciaux, ou d'une

carburation spéciale dans les moteurs, permettant d'y introduire les

quantités d'oxygène nécessaires, puisqu'elles ne se trouveraient pas

dans l'air ambiant.

On a déjà vu précédemment que le froid, qui augmente à mesure qu'on

s'élève dans l'air, trace d'autre part aussi une limite aux ascensions

humaines dans l'atmosphère. On peut prévoir que la congélation serait

une gêne et peut-être un obstacle absolu dans le fonctionnement des

moteurs à explosion, aussi bien pour la carburation que pour le

graissage, à partir de certaines altitudes.

Si l'on suppose, en effet, un aéroplane quittant le sol à une

température de + 15° et subissant un abaissement de température de 1°

par 180 m. d'ascension, puisque cette proportion est celle que l'on

tient pour constante, on voit qu'après avoir dépassé une hauteur de

10.500 m. comme Berson et Suering, il devra subir un froid de -44° (à

10.620 mètres exactement).

Le ballon-sonde _Aérophile nº 1_, lancé le 21 mars 1893 de l'usine de

Vaugirard à Paris, enregistra -51° à 15.000 m. d'altitude. En

Allemagne, à Tempelhof, un autre ballon-sonde lancé atteignit 18.450

m. et enregistra -68°.

La décompression qui altère l'organisme humain aux altitudes

supérieures à 8.000 m. aurait peut-être aussi des effets sur la marche

des moteurs à de plus grandes hauteurs.

En résumé, pour l'homme et pour l'aéroplane le domaine de l'air est

extrêmement réduit en hauteur, par rapport à l'épaisseur indéterminée

de l'atmosphère, et il ne faut point imaginer que l'homme y montera un

jour «aussi haut qu'il voudra monter».

Mais cette considération n'a rien d'affligeant, car ce n'est pas en

hauteur que l'espace atmosphérique est une enthousiasmante conquête:

c'est _en étendue_. À partir d'une très faible altitude, l'intérêt

d'un voyage aérien décroît rapidement par suite de la faible portée

visuelle, si l'on continue à s'élever.

Et, d'autre part, si la rapidité d'une traversée dans l'atmosphère

doit devenir une supériorité de ce mode de locomotion grâce aux

vitesses de 200 ou de 300 kilomètres à l'heure que l'on prédit déjà

aux aéroplanes[11], il n'y aura jamais avantage à réduire la

promptitude d'une translation par des ascensions élevées. Ce serait

«s'attarder en route».

[Note 11: Capitaine FERBER. _L'Aviation_, p. 52.]

Pour l'_aviation_, l'étude des hautes régions de l'atmosphère est

néanmoins indispensable parce qu'elles provoquent la plupart des

perturbations qui agitent les couches inférieures.

Les vents, notamment, ces grands obstacles de la gravitation dans

l'air pour les appareils _aviants_ (et à _fortiori_ pour les ballons

dirigeables), viennent surtout de très haut.

À mesure qu'on s'élève dans l'atmosphère, on constate d'ailleurs que

les courants qui la parcourent sont plus forts, plus étendus, plus

rapides et ce régime constant incite encore, une fois de plus,

l'aviateur à ne point viser le zénith.

Les nuages et l'électricité qui les accompagnent si souvent sont, en

outre, des embarras ou des dangers que l'aviateur devra éviter.

Planant au-dessus des nuages, le pilote de l'aéroplane n'aurait plus

de point de repère pour sa route; il serait obligé de se diriger à la

boussole. Tout, dans la Nature, l'engage à se contenter du domaine des

oiseaux.

Il convient d'insister un peu sur ces caractéristiques de l'atmosphère

parce qu'elles gouvernent l'aviation.

C'est parce que l'air n'est pas comme on le croyait jadis: «un

_élément impondérable_, mais homogène dans toute l'étendue d'espaces

sub-terrestres définis», qu'il constitue un milieu où les aéroplanes

d'aujourd'hui peuvent prendre un point d'appui pour se déplacer.

Utilisée par l'homme depuis des siècles, la _force du vent_ est connue

de tout le monde. _La résistance de l'air_ l'est infiniment moins,

quoique nombre de détails, très vulgarisés de nos jours, l'aient mise

en évidence, notamment: la forme des locomotives modernes à grande

vitesse, les courses de bicyclettes et d'automobiles, etc.

Nos sens, en effet, ne perçoivent guère _la résistance de l'air_,

parce que nos mouvements naturels ne sont pas assez rapides pour nous

la faire sentir.

Lorsque nous nous déplaçons _artificiellement_ à une grande vitesse,

au contraire, nous commençons à sentir cette résistance, comme nous

sentons naturellement la force du vent. Or, cette force du vent

n'existe qu'en raison de la densité de l'air; il faut s'habituer à le

concevoir pour comprendre le mécanisme de l'aviation.

Un vent de tempête arrache des toitures, renverse des arbres et des

personnes; on se sent comme près d'être emporté, c'est-à-dire

_soulevé_, par les fortes bourrasques d'un ouragan. Réciproquement,

aborder l'air avec une rapidité d'ouragan produit les mêmes effets, à

cause de la _résistance de l'air_; il faut se pénétrer de la

connaissance de ce fait.

Si nous ne sommes pas positivement _enlevés_ par un vent de tempête,

c'est parce que notre volume est trop faible par rapport à notre

poids; parce que nous avons trop peu de surface par rapport à notre

pesanteur. Mais, présentons-nous au vent en tenant une surface deux ou

trois fois seulement plus grande que la nôtre: planche, toile tendue

sur un châssis, feuille de tôle ou tout autre objet de large surface,

nous serons aussitôt renversés avec violence;--nous serions enlevés

positivement si l'orientation et l'équilibre de cette surface étaient

convenables. Ce fait résume et révèle le principe de l'aviation.

Un cerf-volant d'une surface suffisante enlève un homme. Ce moyen,

préconisé pour des reconnaissances militaires, a été expérimenté avec

succès. Les récents travaux du capitaine Taconnet et du capitaine

Madiot l'ont rendu tout à fait pratique.

Par quelques évaluations fort simples, il est aisé de préciser un peu

les idées à ce sujet:

La théorie et la pratique démontrent que la _résistance de l'air est,

à peu près, proportionnelle au carré de la vitesse_.

Ce qui revient à dire, par exemple, que si un vent ayant une vitesse

de 1 m. par seconde exerce une pression égale à celle d'un poids de

125 grammes sur une surface de 1 m. carré perpendiculaire à sa

direction, cette pression sera quadruplée pour la même surface, si la

vitesse du vent devient double.

La pression étant équivalente au poids de 125 grammes avec la vitesse

de 1 m. par seconde, si le vent a une vitesse de 2 m. par seconde, la

pression sera de 125 × 2 × 2 = 500 grammes.

Si le vent fait 20 m. par seconde, sa pression sur la même surface de

1 m² sera de 125 × 20 × 20 = 78 kilogrammes et 125 grammes, pesanteur

déjà supérieure à celle de bien des personnes.

L'aéroplane obtient les mêmes résultats par les mêmes moyens, mais en

sens inverse: contre l'air, immobile, par exemple, il précipite une

surface déterminée avec une vitesse également déterminée et si les

déterminations sont bonnes, c'est-à-dire si la surface et la vitesse

sont suffisantes, la pression en dépassant le poids de l'engin le

soulève; l'essor de l'aéroplane est obtenu.

L'A. B. C. de l'aviation: Biplans et monoplans · 第 1 / 15 段