qu’ils ignorent du reste à peu près complètement. Ils ne font pas leurs
prières, n’observent pas le jeûne du ramadan, font volontiers usage de
boissons fermentées et s’abstiennent de toute aumône pieuse en dehors
des offrandes qu’ils remettent à leur marabout. En réalité ils ne
connaissent que ce dernier, ne se considèrent comme liés qu’envers lui,
lui obéissent scrupuleusement, attendent de lui seul leur salut ; leur
religion est bien un _islam_, mais leur _islam_ n’est plus l’abandon à
la volonté de Dieu, c’est l’abandon à la volonté de leur marabout. Ils
ont la persuasion absolue que, tant qu’ils n’auront pas démérité vis-à-
vis de lui, personnellement, ils jouiront après leur mort de toutes les
félicités, quels qu’aient été les actes de leur vie.
Les _mourid_ de chaque marabout cherchent à recruter à celui-ci de
nouveaux disciples, afin de mieux mériter les faveurs de leur maître, et
leur propagande, s’exerçant dans tous les milieux, est assez fructueuse.
Il est facile d’envisager les résultats considérables que pourrait
amener dans l’évolution religieuse et sociale du Soudan, et même dans
son évolution économique, cette déformation de l’islamisme, si elle
parvenait à prendre de l’extension. Ces résultats ne pourraient être que
déplorables. Cette opinion n’est pas seulement celle des autorités
françaises chargées de guider les destinées de l’Afrique Occidentale,
c’est aussi celle de tous les musulmans éclairés du pays. On peut
espérer que leurs conseils et leurs enseignements amèneront une réaction
salutaire, ou tout au moins empêcheront le mouvement « maraboutique » de
pénétrer dans les régions qu’il n’a pas gagnées encore.
_4o Son esprit et ses résultats._
L’esprit des musulmans du Haut-Sénégal-Niger — certains Maures mis à
part — est en général peu porté vers le fanatisme ; les Toucouleurs et
les Soninké ont souvent une foi intransigeante, mais ils font
actuellement peu de prosélytisme. D’ailleurs, en dehors des conversions
à main armée opérées autrefois par les Marocains dans la région de
Tombouctou et plus récemment par El-Hadj-Omar, le prosélytisme musulman
ne se manifeste guère au Soudan français que par l’attirance morale
qu’exercent les mahométans, mieux habillés et plus policés, sur les
populations plus frustes qui les entourent.
Quant aux sentiments que professent nos sujets musulmans à notre égard,
ils ne sont, je crois, ni plus bienveillants ni plus malveillants que
ceux qui animent les populations animistes : pour les uns comme pour les
autres, nous sommes l’étranger et le maître, ce qui ne peut entraîner
l’affection. « Rien n’est plus délicat, dit M. E. F. Gautier[82], que
des affirmations ou même des hypothèses sur les sentiments intimes de
nos sujets musulmans. On entend parfois dans leur bouche des
protestations de dévouement et d’admiration pour nos institutions. Ils
les font avec la mesure et la dignité qui leur sont naturelles, et qui
donnent l’illusion de la sincérité. La sagesse est de conclure que le
panégyriste désire les galons de brigadier, un avancement quelconque, ou
plus simplement un pourboire. Au fond du cœur le musulman, sûr du
paradis, garde intact son mépris infini pour le mécréant damné, et le
barbare son aversion pour des hommes dont la langue, la tournure
d’esprit, les habitudes et les vêtements lui sont étrangers. Cela fait
pourtant un complexe de sentiments assez éloigné de ce que nous
appellerions la haine patriotique. »
Pris en bloc, l’état d’esprit des musulmans du Haut-Sénégal-Niger ne
paraît pas opposé à notre civilisation ; si certains partis nous ont
fait de l’opposition, ce n’est pas parce que nous sommes une nation
chrétienne, mais simplement parce que notre action a menacé
l’indépendance jusqu’ici absolue de chefs turbulents ou de tribus
pillardes : que ces chefs ou ceux qui cherchent à soulever ces tribus
mettent en avant la question religieuse et prêchent la guerre sainte
contre les infidèles, rien de plus naturel ; mais la religion est ici un
masque et non une cause, et le sultan du Maroc chercherait à établir sa
domination sur la Mauritanie qu’il rencontrerait tout autant d’hostilité
que la France, sinon plus.
Nul doute que les indigènes musulmans préféreraient le plus souvent leur
indépendance au joug pourtant bénin de l’autorité française, mais les
non musulmans pensent de même ; et des faits récents ont prouvé qu’il
est plus difficile d’obtenir la soumission des animistes de la forêt que
celle des musulmans du Soudan septentrional ; dans le Haut-Sénégal-Niger
même, c’est chez les animistes que nous avons rencontré les résistances
les plus acharnées et les tribus que nous n’avons pu soumettre que tout
récemment, comme celles des Lobi et des Tombo, comptent parmi celles que
l’islamisme n’a jamais entamées.
Quoi qu’en disent ceux pour qui l’islamophobie est un principe
d’administration indigène, la France n’a rien de plus à craindre des
musulmans au Soudan que des non musulmans. Les uns et les autres nous
considèrent comme des maîtres parfois gênants, parfois utiles,
généralement bienveillants, et nous subissent avec plus ou moins de
facilité selon la nature de leur caractère et la diversité de leurs
intérêts. Ceux d’entre eux qui désireraient le plus ardemment nous voir
partir du pays — et il s’en trouve certainement dans la haute classe
sinon dans la plèbe — le désirent, non pas parce que nous ne sommes pas
de leur foi, mais simplement parce que nous ne sommes ni de leur race,
ni de leur mentalité, ni de leur sol, en un mot parce que nous sommes
« l’étranger ».
Les Noirs en particulier ne sont ni des mystiques ni des philosophes
spéculatifs : ce sont des matérialistes superstitieux, qui n’adoptent
telle ou telle religion que parce qu’ils sont persuadés que les
pratiques de cette religion détourneront d’eux des maux tangibles, tels
que la maladie ou la mort, ou que l’abstention de ces pratiques attirera
sur eux les mêmes maux. Quant à la doctrine, elle ne passe qu’au second
plan et il est douteux qu’on puisse rencontrer chez eux beaucoup de
fidèles disposés à subir le martyre plutôt que de renier leur foi.
L’islamophobie n’a donc pas de raison d’être au Soudan, mais, par
contre, l’islamophilie, dans le sens d’une préférence accordée aux
musulmans ou d’un encouragement à la propagation de l’islamisme,
constituerait également une erreur fort grave, en créant un sentiment de
méfiance parmi les populations animistes, qui se trouvent être les plus
nombreuses et qui, à certains égards, sont plus accessibles à nos idées
que les populations musulmanes.
Lorsqu’on envisage l’influence exercée par l’islamisme sur la race
noire, les avis sont très partagés. Il semble que la religion musulmane
ait produit, là où elle s’est implantée, des résultats indéniables en ce
qui concerne la civilisation extérieure et matérielle, mais il ne paraît
pas que la modification de la mentalité indigène ait été bien profonde
et que la moralité des individus ait été sensiblement améliorée ; quant
à l’état social des populations, il n’a, je crois, subi aucun progrès.
Les résultats de l’islamisation des Noirs sont vraisemblablement
supérieurs, au point de vue purement objectif, à ceux obtenus çà et là
par leur christianisation, mais il serait peut-être préférable, pour les
indigènes, que leur civilisation évoluât normalement par suite d’une
modification lente des religions autochtones.
Au point de vue de la capacité intellectuelle, les peuples du Soudan qui
ont adopté l’islamisme n’apparaissent pas sensiblement supérieurs aux
autres : d’une part, ce ne sont pas toujours les mieux doués sous le
rapport de l’intelligence qui se sont convertis à l’islam et, d’autre
part, on ne constate pas de différence appréciable entre les fractions
d’un même peuple demeurées animistes et celles qui ont embrassé
l’islamisme. Si les musulmans sont en général plus affinés que les
autres, cela tient à leur éducation supérieure, à leur groupement en
centres plus considérables et à leurs déplacements plus fréquents et
plus lointains, d’où résultent des frottements qui font souvent défaut
aux populations animistes, plus dispersées et plus casanières.
Au point de vue social, l’islamisme a bien créé entre ses divers adeptes
une sorte de lien de mutualité qui s’étend au delà des limites
provinciales et des distinctions ethniques ; mais ce lien n’a pas
toujours toute la solidité désirable et les grands conquérants
musulmans, tels qu’El-Hadj-Omar et Samori, n’en ont tenu aucun compte,
se contentant de déclarer impies les populations musulmanes auxquelles
ils voulaient faire la guerre et détruisant sans scrupule les mosquées
des pays conquis, sous le simple prétexte qu’elles avaient été
construites par d’autres que par eux-mêmes. Si les peuples musulmans se
solidarisent plus que les autres lorsqu’il s’agit de résister à une
intervention européenne, le principe de la solidarité sociale proprement
dite est moins fortement assis chez eux, du fait de la communauté de la
foi, qu’il ne l’est parmi les nombreuses populations animistes demeurées
fidèles aux institutions indigènes des clans et des associations ; ces
institutions, du reste, ont presque toujours survécu à l’islamisation,
rien d’analogue n’étant apporté en échange par la civilisation
musulmane. Les confréries, nous l’avons vu, sont bien loin d’avoir la
même portée que les associations sociales ou religieuses des animistes.
L’aumône prescrite par le Coran profite surtout aux marabouts et a
plutôt le caractère d’un impôt que celui d’un moyen d’améliorer la
situation des pauvres : la chose est du reste de médiocre importance, le
paupérisme n’existant pas encore dans le pays ou du moins ne s’y
manifestant que sous une forme très bénigne. L’islam a trouvé au Soudan
l’esclavage et la polygamie : il a accru plutôt que diminué le premier
et n’a fait que réglementer la seconde en restreignant à quatre le
nombre des femmes légitimes ; la condition des esclaves et celle de la
femme sont à peu près les mêmes au Soudan chez les musulmans que chez
les animistes, peut-être cependant celle de la femme est-elle légèrement
supérieure chez ces derniers.
Au point de vue administratif, on a souvent vanté le système réellement
remarquable qui régnait dans certains Etats musulmans de l’Afrique
Occidentale et Centrale, mais il convient de ne pas oublier que ce
système est antérieur à l’islamisme, que des Etats non musulmans très
fortement organisés ont existé de toute antiquité au Soudan, que
certains y existent encore et que, la plupart du temps, ils ont eu une
durée supérieure à celle des Etats musulmans et ont été moins troublés
par des révolutions intestines : je me contenterai de citer, à titre
d’exemple, les empires mossi de Ouagadougou et du Yatenga.
Au point de vue moral enfin, l’islamisme n’a eu au Soudan que des
résultats peu appréciables : il n’a pas amélioré la conception indigène
du bien et du mal, sinon en dissimulant parfois sous plus d’hypocrisie
la brutalité primitive. Toutefois, il faut rendre cette justice à la
religion musulmane que, si elle n’a pas réussi, en général, à abolir la
sauvage pratique des meurtres rituels, provoqués par la croyance aux
maléfices et à l’action occulte des génies et des esprits, elle a fait
disparaître la coutume odieuse des sacrifices humains partout où elle
s’est fortement implantée. Il faut aussi lui faire honneur d’avoir
enrayé de façon très appréciable la plaie de l’alcoolisme en
proscrivant, non seulement les alcools proprement dits, mais aussi les
boissons fermentées de fabrication indigène, bière de mil et vin de
palme : à vrai dire, on rencontre au Soudan un certain nombre de soi-
disant musulmans qui ne se font pas scrupule d’user de ces boissons ni
même d’en abuser, on en rencontre aussi qui ne craignent pas d’absorber
du tafia ou de l’absinthe ; mais ceux qui pratiquent ces errements
encourent le mépris non déguisé de la grande majorité de leurs
coreligionnaires et les « marabouts-cognac », comme on les surnomme de
façon pittoresque dans la colonie, sont à classer parmi les gens qui ne
sont musulmans que de nom.
A mon avis, l’islamisme au Soudan ne doit pas être regardé comme un mal,
mais il n’y a pas lieu non plus de le considérer comme un bien : si
j’essayais de résumer mon opinion sur ce sujet, je dirais que, dans
notre intérêt politique, il est parfois préférable, surtout au début de
l’occupation d’un pays, d’avoir affaire à des musulmans plutôt que
d’avoir affaire à des animistes, et que l’islamisation de nos sujets
africains serait en tout cas moins redoutable pour nous que leur
christianisation ; mais j’ajouterais que, si l’on se place dans le
domaine purement objectif, n’ayant en vue que l’intérêt et l’avenir des
races indigènes, bien que là encore l’islamisation soit préférable à la
christianisation, le mieux serait que les populations soudanaises se
bornassent à perfectionner les religions locales. Et peut-être, en fin
de compte, serait-ce là pour tout le monde la meilleure des solutions.
[Note 47 : Je crois inutile de passer en revue les quelques communautés
indigènes soi-disant chrétiennes que l’on rencontre au Soudan. Le nombre
des individus pratiquant la religion chrétienne est extrêmement
restreint dans nos colonies de l’Afrique Occidentale, dans le Haut-
Sénégal-Niger plus encore que dans les autres ; si l’on ne tient pas
compte — et il n’y a vraiment pas lieu d’en tenir compte — des enfants
fréquentant les écoles des missionnaires et enregistrés comme chrétiens
par ces derniers, mais qui, dès qu’ils quittent l’école, retournent à la
religion de leurs pères, on ne rencontre d’indigènes méritant le nom de
chrétiens que dans la population à demi européanisée originaire de
quelques villes du Bas-Sénégal, population qui pratique en général le
catholicisme : le total de ces chrétiens n’atteint certainement pas
mille individus sur une population indigène globale de 4.800.000
habitants. On peut donc les passer sous silence, d’autant plus que le
décret de 1903, qui a spécifié un certain nombre de clauses relatives
aux musulmans, ne s’est pas occupé des indigènes chrétiens : ces
derniers restent soumis aux coutumes locales de leurs congénères
animistes, à moins qu’ils ne demandent à être jugés selon la loi
française, demande qui est toujours recevable dans les causes civiles si
les deux parties sont d’accord sur ce point.]
[Note 48 : On a dit parfois que ces autels coniques et tronconiques
étaient une manifestation du culte phallique : je ne crois pas me
tromper en émettant l’avis qu’il n’en est rien ; si ces autels revêtent
cette forme, c’est qu’elle est la plus naturelle dans un pays où l’on
n’a à sa disposition, pour des constructions de ce genre, que de
l’argile, et où, par suite, on est forcé de donner cette forme à l’autel
pour qu’il ne soit pas détérioré par les pluies ; les autels situés dans
les habitations, pour lesquels la même raison n’existe plus, offrent le
plus souvent l’aspect d’une masse sans forme bien précise et ne
rappelant en rien l’anatomie d’un phallus. Très fréquemment d’ailleurs,
le tronc de cône est remplacé par un simple pieu que termine une fourche
à trois branches et c’est sur cette fourche qu’est placée l’écuelle aux
libations.]
[Note 49 : S’il existe un _dougoutigui_ et un _kountigui_, c’est le
premier qui est chargé du culte.]
[Note 50 : Il est à noter que le culte du _dassiri_ a persisté en
général chez la plupart des musulmans noirs du Soudan.]
[Note 51 : Chez certains peuples, les morts sont enterrés dans les
habitations ; chez d’autres, les tombes sont creusées en dehors du
village ; presque partout, une logette est pratiquée dans l’une des
parois de la tombe et le corps, enveloppé dans une natte, est glissé
dans cette logette couché sur le côté droit, la tête au Sud et la face
regardant vers l’Est. Une calebasse ou marmite trouée est placée sur la
tombe, au-dessus de la tête, pour permettre au mort de participer aux
libations et à son _niâma_ de quitter le cadavre lorsqu’il le désire.]
[Note 52 : Je reparlerai des _soubarha_ à propos des croyances et
pratiques magico-religieuses.]
[Note 53 : Le _niâ_, comme je l’ai dit plus haut, est le génie lui-même
et on donne les noms de _boli_ ou _dio_ à sa représentation matérielle
ou aux objets qui lui sont consacrés et dans lesquels il est censé
résider lors de certaines cérémonies.]
[Note 54 : On fait souvent aujourd’hui coïncider les fêtes animistes
avec les fêtes musulmanes, dans les pays où coexistent les deux
religions ; mais autrefois les fêtes animistes étaient toujours réglées
sur l’année solaire et il en est encore ainsi dans les pays où
l’islamisme n’a pas pénétré.]
[Note 55 : Voir 1er volume, pages 331 et 332.]
[Note 56 : Je ne crois pas inutile de donner ici les termes employés par
les indigènes de langue mandingue pour désigner les principaux concepts
se rapportant à la religion animiste et aux associations religieuses, en
dehors de ceux déjà mentionnés au cours des pages précédentes ; ces
termes sont donnés sous la forme qu’ils revêtent dans le dialecte
banmana : le prêtre d’un génie s’appelle _niâtigui_, le gardien des
objets sacrés _bolitigui_ ; une secte ou société religieuse secrète se
nomme _dian_ — le terme de _to_ ou _ton_ s’appliquant à toute
association réglementée, de quelque nature qu’elle soit —, le chef d’une
société _diantigui_, la formule de reconnaissance des initiés _dianté_,
la cérémonie d’initiation _konio_ (nom donné aussi à la nuit nuptiale),
l’école d’initiation _kiba_ ; un sacrifice rituel se dit _soni_, un
sacrifice ou une offrande propitiatoire _saraka_ (mot dérivé de l’arabe
_sadaqa_) ; on appelle _souba_ (_soubaga_ ou _soubarha_ dans les autres
dialectes) les jeteurs de sorts ou de maléfices, _korté_ les maléfices,
_siri_ des amulettes ayant la vertu de jeter le mauvais sort, _gbassa_
ou _gouassa_ des amulettes ou objets consacrés servant au contraire à
conjurer le mauvais sort, _bassi_ des amulettes ou talismans quelconques
et même de simples remèdes, _sébé_ des talismans écrits, _fla_ ou
_foura_ des talismans ou remèdes composés avec des substances végétales.
— Le génie _Koma_, en dehors du masque porté par celui qui le représente
dans les cérémonies, a pour insigne distinctif une sorte de tube en fer
dans lequel on souffle et qui produit un bruit très spécial, considéré
comme la voix du génie ; le _Nama_, lui, a pour insigne de même ordre
une trompe faite d’une grosse corne d’antilope et une espèce de
clochette.]
[Note 57 : Par contre, je ne crois pas qu’il existe de _tana_ commun à
toute une tribu ou à tout un peuple.]
[Note 58 : Les prohibitions constituant le _tana_ d’un village ne
concernent que les gens qui se trouvent à l’intérieur du village ; elles
cessent d’être en vigueur lorsque les habitants du village sont en
voyage.]
[Note 59 : On rencontre aussi le cas d’une famille ou d’un clan qui est
_tana_ pour une autre famille ou un autre clan : les membres des deux
familles ou clans ne peuvent alors ni manger au même plat, ni coucher
dans la même pièce, ni se marier ensemble ; ce cas paraît d’ailleurs
assez rare.]
[Note 60 : Nous avons vu, dans la partie historique de cet ouvrage, que
Soumangourou, empereur de Sosso, avait comme _tana_ un ergot de coq
blanc : le seul contact de ce _tana_ lui devait être fatal et c’est en
lui décochant une flèche terminée par un ergot de coq blanc que son
ennemi Soundiata eut raison de lui.]
[Note 61 : Il existe beaucoup de villages ayant un ou des animaux
sacrés, qu’on nourrit et qu’on ne tue jamais, auxquels on passe toutes
leurs fantaisies et qui sont considérés comme des porte-bonheur pour le
village qui les possède : je citerai seulement, comme exemple de cette
coutume, les oiseaux appelés _diougo_ qui sont nombreux aux alentours de
Ségou et que les habitants de cette ville regardent comme sacrés. Cette
vénération ne s’étend qu’aux animaux résidant dans le village ou auprès
du village, mais non à tous les animaux de la même espèce répandus
ailleurs. On donne généralement comme raison de ce respect que, lors de
la fondation du village, l’ancêtre ou les ancêtres de ces animaux ont
rendu un service signalé aux ancêtres des habitants actuels : nous
retrouvons là la même idée qui a donné naissance aux _tana_ de clan.]
[Note 62 : Les Sénoufo brûlaient autrefois le corps des _soubarha_ pour
détruire l’esprit malfaisant résidant en eux.]
[Note 63 : La science de la divination est poussée très loin chez les
Gourmantché : elle consiste à faire entrer le devin (_otambépouadou_) en
rapport avec Dieu (_Ounténou_ en gourmantché, _Ouandé_ en mossi) par
l’intermédiaire d’_Oumaro_, génie de la divination ; pour ce faire, le
devin représente sur le sable, par des lignes ou des points, les
descendants d’Oumaro ; ces lignes ou points sont groupés ensemble par
deux ou quatre, de façon à former seize figures différentes dont chacune
porte un nom spécial et représente une catégorie d’êtres ou d’idées
(êtres humains, animaux, vie, mort, etc.) ; en alliant ensemble ou
éliminant certaines parties de ces figures, on en obtient d’autres qui
dictent au devin la réponse à faire à celui qui l’a consulté. M.
l’administrateur Maubert a recueilli la liste de ces figures, avec le
nom et la forme de chacune, le nom et la filiation du génie descendant
d’Oumaro à laquelle elle se rapporte et la catégorie d’êtres ou d’idées
qu’elle représente.]
[Note 64 : Voir la note [56] page 177 du présent volume.]
[Note 65 : Telle est l’opinion de M. Doutté en ce qui concerne les
magiciens du Maroc et de l’Algérie. (Cf. _Magie et religion dans
l’Afrique du Nord_, par Ed. Doutté, 1909.)]
[Note 66 : Les Touareg sont à peine musulmans : ils croient à Dieu et à
Mahomet, mais ils ne pratiquent pas, ont des coutumes datant de la
période pré-islamique et ont conservé des traces de leur ancienne
religion ; ceux de la région de Tombouctou, toutefois, sans doute par
suite de leurs mélanges avec des Arabes, comptent des familles
maraboutiques d’un islamisme plus épuré et plus dévot.]
[Note 67 : Voir la carte 21 indiquant la répartition des religions, page
217.]
[Note 68 : Dans les localités musulmanes importantes, l’imâm, souvent
fort âgé, est assisté d’un _khalifa_ ou vicaire, qui le remplace dans
les circonstances ordinaires et, fréquemment, hérite de son office
lorsque l’imâm vient à mourir.]
[Note 69 : Le prône du vendredi est lu en arabe par le khâtib ou l’imâm
et généralement traduit ensuite par lui dans la langue locale.]
[Note 70 : Dans les villages, on fait la prière soit devant sa maison,
soit sur les places publiques, soit dans de petits oratoires privés ou
_mosalla_ qui consistent en un rectangle de terre battue entouré d’un
petit mur bas.]
[Note 71 : Les Mandé donnent aux musulmans le nom de _mori_ ou _modi_,
qui est peut-être une abréviation de _modibbo_ ou une dérivation du mot
d’où vient le nom des Maures, mais qui peut avoir aussi une tout autre
étymologie.]
[Note 72 : Quand à l’imâm, au khatib et au muezzin, il sont rétribués
par les offrandes des fidèles.]
[Note 73 : Non compris les cercles de Tombouctou, Say, Dori, Hombori,
rattachés récemment à la colonie civile, et la circonscription de Kiffa,
sur lesquels je ne possède pas de renseignements à cet égard.]
[Note 74 : Parmi ces écoles dites supérieures est comprise la _médersa_
qui fonctionne à Dienné sous le contrôle de l’autorité française.]
[Note 75 : Un grand nombre des renseignements que l’on trouvera ici sous
ce titre ont été publiés déjà sous ma signature dans les _Renseignements
coloniaux et documents publiés par le Comité de l’Afrique Française_
(supplément au no de l’_Afrique Française_ d’avril 1911).]
[Note 76 : Il fut fondé à Baghdad, au XIIe siècle, par Abd-el-Kader-el-
Djilâni.]
[Note 77 : Ce cheikh n’a rien de commun que le nom avec Sidi-el-Mokhtar
el-Adrami, grand-père de Saad-Bou et propagateur du kadérisme chez les
Taleb-Mokhtar.]
[Note 78 : Fondé à la fin du XVIIIe siècle par Sidi-Ahmed-et-Tidjani
dans le Sud de la province de Constantine.]
[Note 79 : Fondé vers 1840 dans la Cyrénaïque par Mohammed-es-Senoussi.]
[Note 80 : O. Houdas, _L’islamisme_ ; Paris, 1904, in-12, page 246.]
[Note 81 : Houdas, _op. cit._, page 247.]
[Note 82 : _La conquête du Sahara_, page 161.]
[Illustration : Carte 21. — Répartition des religions.]
BIBLIOGRAPHIE
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