Les résultats du Projet Gutenberg ne se mesurent pas seulement à des
chiffres, qui restent assez modestes par rapport au nombre de livres
imprimés appartenant au domaine public. Les résultats se mesurent
également à l’influence du projet, qui est considérable. Premier site
d’information sur l’internet et première bibliothèque numérique, le
Projet Gutenberg a inspiré bien d’autres bibliothèques numériques au
fil des ans, par exemple le Projekt Runeberg pour la littérature
scandinave ou le Projekt Gutenberg-DE pour la littérature allemande,
pour n’en citer que deux.
La structure administrative et financière du Projet Gutenberg se limite
au strict minimum, avec une devise qui tient en trois mots: «Less is
more.» Michael Hart insiste régulièrement sur la nécessité d’un cadre
aussi souple que possible laissant toute initiative aux volontaires, et
la porte grande ouverte aux idées nouvelles. Le but est d’assurer la
pérennité du projet indépendamment des crédits, des coupures de crédits
et des priorités culturelles, financières et politiques du moment. Pas
de pression possible donc par le pouvoir et par l’argent. Et respect à
l’égard des volontaires, qui sont assurés de voir leur travail utilisé
pendant de nombreuses années, si ce n’est pour plusieurs générations,
d’où l’intérêt d’un format numérique qui soit toujours valable dans
quelques siècles. Le suivi régulier du projet est assuré grâce à une
lettre d’information hebdomadaire et mensuelle, des forums de
discussion, des wikis et des blogs.
Les dons servent à financer des ordinateurs et des scanners, et à
envoyer des CD et DVD gratuits à tous ceux qui en font la demande.
Suite au CD Best of Gutenberg disponible en août 2003 avec une
sélection de 600 titres et à un premier DVD disponible en décembre 2003
avec 9.400 titres, un deuxième DVD est disponible en juillet 2006 avec
17.000 titres. A partir de 2005, CD et DVD sont disponibles sous forme
d'images ISO sur le site de BitTorrent, ces images pouvant être
téléchargées pour graver des CD et DVD sur place à titre personnel. En
2007, le Projet Gutenberg envoie 15 millions de livres par voie postale
sous forme de CD et DVD.
Chose souvent passée sous silence, Michael Hart est le véritable
inventeur de l’ebook. Si on considère l’ebook dans son sens
étymologique, à savoir un livre numérisé pour diffusion sous forme de
fichier électronique, celui-ci aurait bientôt quarante ans et serait né
avec le Projet Gutenberg en juillet 1971. Une paternité beaucoup plus
réconfortante que les divers lancements commerciaux dans un format
propriétaire ayant émaillé le début des années 2000. Il n’y a aucune
raison pour que la dénomination «ebook» ne désigne que l’ebook
commercial et soit réservée aux Amazon, Barnes & Noble, 00h00, Gemstar
et autres. L’ebook non commercial est un ebook à part entière - et non
un parent pauvre - tout comme l’édition électronique non commerciale
est une forme d’édition à part entière - et tout aussi valable que
l’édition commerciale. En 2003, les etexts du Projet Gutenberg
deviennent des ebooks, pour coller à la terminologie ambiante.
En juillet 1971, l’envoi d’un fichier de 5 Ko à cent personnes aurait
fait sauter l’embryon de réseau disponible à l’époque. En novembre
2002, le Projet Gutenberg peut mettre en ligne les 75 fichiers du
"Human Genome Project" (à savoir le séquençage du génome humain),
chaque fichier se chiffrant en dizaines sinon en centaines de méga-
octets. Ceci peu de temps après la parution initiale du Human Genome
Project en février 2001, puisqu’il appartient d’emblée au domaine
public.
En 2004, la capacité de stockage des disques durs est telle qu’il
serait possible de faire tenir l’intégralité de la Library of Congress
au format texte sur un support de stockage coûtant 140 dollars US. Et
quelques années seulement nous sépareraient d’une clé USB (universal
serial bus) permettant de stocker l’intégralité du patrimoine écrit de
l’humanité.
Qu’en est-il des documents autres que l’écrit? En septembre 2003, le
Projet Gutenberg se lance dans la diffusion de livres audio. En
décembre 2006, on compte 367 livres lus par une synthèse vocale (Audio
Book, computer-generated) et 132 livres lus par l’être humain (Audio
Book, human-read). Le nombre de ces derniers devrait régulièrement
augmenter. Par contre, les livres lus par une synthèse vocale ne seront
plus être stockés dans une section spécifique, mais réalisés à la
demande à partir des fichiers électroniques existant dans les
collections générales. Les lecteurs aveugles ou malvoyants pourront à
l'avenir utiliser une commande vocale pour demander le fichier de tel
ou tel livre.
Lancée elle aussi en septembre 2003, la section "Sheet Music
Subproject" est consacrée aux partitions musicales numérisées (Music,
Sheet). Elle est complétée par une section d’enregistrements musicaux
(Music, recorded). Des sections sont également disponibles pour les
images fixes (Pictures, still) et animées (Pictures, moving). Ces
collections devraient être développées dans les prochaines années.
Mais la numérisation des livres reste prioritaire. Et la demande est
énorme. En témoigne le nombre de téléchargements, qui se comptent
désormais en dizaines de milliers par jour. A la date du 31 juillet
2005, on compte 37.532 fichiers téléchargés dans la journée, 243.808
fichiers téléchargés dans la semaine et 1.154.765 fichiers téléchargés
dans le mois. A la date du 6 mai 2007, on compte 89.841 fichiers
téléchargés dans la journée, 697.818 fichiers téléchargés dans la
semaine et 2.995.436 fichiers téléchargés dans le mois. Courant mai, ce
nombre atteint les 3 millions. Ceci uniquement pour le principal site
de téléchargement, ibiblio.org (basé à l’Université de Caroline du
Nord, Etats-Unis), qui héberge aussi le site du Projet Gutenberg. Le
deuxième site de téléchargement est l’Internet Archive, qui est le site
de sauvegarde et qui met à la disposition du Projet Gutenberg une
capacité de stockage illimitée.
Un Top 100 recense les cent titres et les cent auteurs les plus
téléchargés dans la journée, dans la semaine et dans le mois.
Le Projet Gutenberg dispose de 40 sites miroirs répartis dans de
nombreux pays, et il en cherche d’autres. La circulation des fichiers
se fait aussi en mode P2P (peer-to-peer), qui permet d’échanger des
fichiers directement d’un utilisateur à l’autre.
Les livres du Projet Gutenberg peuvent aider à combler la fracture
numérique. Ils sont aisément téléchargeables sur PDA. Un ordinateur ou
un PDA d’occasion ne coûte que quelques dollars ou quelques dizaines de
dollars, en fonction du modèle. Certains PDA fonctionnent à l’énergie
solaire, permettant la lecture dans les régions pauvres et reculées.
Plus tard, il sera peut-être possible d'envisager une traduction
simultanée dans une centaine de langues, en utilisant un logiciel de
traduction automatique qui aurait alors un taux de fiabilité de l’ordre
de 99%, un pourcentage dont on est encore loin. Ce logiciel de
traduction automatique serait relayé par des traducteurs (non pas des
machines, mais des êtres humains), sur un modèle comparable à la
technologie OCR relayée par des correcteurs (non pas des logiciels,
mais des êtres humains) pour offrir un contenu de grande qualité.
38 ans après les débuts du Projet Gutenberg, Michael Hart se définit
toujours comme un fou de travail dédiant toute sa vie à son projet,
qu’il voit comme étant à l’origine d’une révolution néo-industrielle.
Il se définit aussi comme altruiste, pragmatique et visionnaire. Après
avoir été traité de toqué pendant de nombreuses années, il force
maintenant le respect.
Au fil des ans, la mission du Projet Gutenberg reste la même, à savoir
changer le monde par le biais de l’ebook gratuit indéfiniment
utilisable et reproductible, et favoriser ainsi la lecture et la
culture pour tous à moindres frais. Cette mission se résume en quelques
mots: «encourager la création et la distribution d’ebooks», par autant
de personnes que possible, et par tous les moyens. Tout en prenant les
virages nécessaires pour intégrer de nouvelles idées, de nouvelles
méthodes et de nouveaux supports.