«Pourquoi avez-vous été créé et mis au monde? demande le catéchisme
romain.--J'ai été créé et mis au monde pour aimer Dieu, le servir et,
par là, mériter la vie éternelle.»
M. Édouard Rod se pose la même question sous cette forme: «Quel est le
sens de la vie[9]?» Et, si j'ai bien compris, il finit par se faire à
lui-même cette réponse ou à peu près: «Si la vie a un sens, elle a
celui que lui donnent les honnêtes gens et les braves gens, quels que
soient, d'ailleurs, l'espèce et le degré de leur culture.»
[Note 9: _Le Sens de la vie_, par Édouard Rod.--Perrin et
Cie, éditeurs.]
Seulement il a l'air de songer tout le temps: «Peut-être bien que la
vie n'a pas de sens du tout.» Et c'est pourquoi son livre est triste,
aussi triste, en vérité, que la _Course à la mort_.
D'autre part, ce livre lugubre ne nous raconte que des événements
heureux, et c'est par là qu'il est rare et original.
Car il ne s'est pas vu, je pense, de tristesse plus purement
intellectuelle. On est tenté, à première vue, de ne pas plaindre du
tout M. Édouard Rod. Un commerçant, un ouvrier, un paysan ne le
plaindraient point, ne le comprendraient même pas. Un artiste non
plus. Un métaphysicien pas davantage, du moins je le crois. Il y a là,
en effet, je ne sais quoi de contradictoire: la souffrance de M. Rod
implique une distinction d'esprit dont il a sûrement conscience et qui
lui est donc, par elle-même, une consolation. D'ailleurs, l'ignorance
où nous sommes de nos origines et de nos fins ne saurait être une
souffrance positive, puisque cette ignorance est la condition même de
l'activité de l'esprit, laquelle est nécessairement un plaisir. Je ne
fais point là de sophismes, je vous assure. Jamais désolation ne fut
moins motivée, extérieurement, que celle de M. Rod. Jugez plutôt.
Le «sens de la vie», il le cherche de la meilleure manière qui soit:
en vivant. Et, d'abord, il se marie. Cela, c'est affirmer tout au
moins que l'homme est fait pour le mariage et pour l'amour. Et ainsi,
tandis que notre penseur se pose la question, il l'a déjà en partie
résolue. Il doit donc être déjà un peu soulagé.
Mais, au reste, il a toutes les chances: il connaît depuis longtemps
sa femme, qui est une petite amie d'enfance; il l'aime et il est aimé
d'elle. Sans doute il se demande si la vie en commun ne leur ménage
pas des surprises, s'ils ne vont point faire l'un chez l'autre des
découvertes fâcheuses. Mais cette inquiétude est vite dissipée. Non
seulement ils s'adorent, mais ils se comprennent, ils ne s'ennuient
pas un moment ensemble. Ils vont en Italie, puis vivent quelques mois
dans une maisonnette au bord de la Méditerranée. Leur lune de miel est
exquise: il en fait lui-même l'aveu...--Et je me dis, presque avec
colère: «Est-ce qu'il croit qu'un pareil bonheur est chose commune?
Est-ce qu'il croit que tout le monde l'a eu? Est-ce que cela ne le met
pas, du coup, au rang des plus rares privilégiés de la vie? De quoi se
plaint-il? Et comment, après cette divine aubaine, a-t-il eu le front
d'écrire son livre?»
Il est inquiet en songeant que ce bonheur ne sera pas éternel; que,
peut-être, quand il sera de retour à Paris, il regrettera sa vie de
garçon et que la grande ville le disputera à sa femme.
Ils y reviennent, à Paris, et l'épreuve tourne au mieux. Ils habitent
une jolie maison, à Auteuil. Il vit comme un coq en pâte. Il sent
autour de lui une affection fidèle et réchauffante... Un jour, il
rencontre un de ses compagnons d'autrefois; il s'applique à revivre,
tout un soir, sa vie de bohème et de noctambule: mais cela ne lui dit
plus rien, et il rentre avec joie dans son élégant foyer... Notez que
nulle part il n'est question d'embarras ni de soucis d'argent, et que
sa femme et lui ont l'air de se porter comme des charmes.
... Et la description de toutes ces joies sonne comme un glas!
Sa compagne devient grosse... Je connais des gens qui, s'ils avaient
une femme et si cela lui arrivait, auraient la candeur de s'en
réjouir. Mais il est, lui, profondément désolé, parce que cela va le
déranger dans ses habitudes et parce qu'il n'aura plus sa femme à lui
tout seul...
L'enfant vient au monde. Les couches ont été un peu laborieuses, mais
en somme tout a bien marché. Or, quand la vieille bonne lui présente
sa petite fille en lui disant: «Embrassez-la, Monsieur!» il se
détourne avec horreur; et quand la brave femme fait la même tentative
auprès de l'accouchée, celle-ci «répond par un geste de suprême
lassitude et se détourne». Le père souffre parce que cette petite
fille, qui n'avait pas demandé à vivre, est sans doute vouée, comme
lui, à la douleur. Il souffre d'avoir à déclarer l'enfant à la mairie;
il trouve aux employés des airs d'inquisiteurs(!). «Jamais je n'ai
senti plus vivement l'odieux et le ridicule de l'_ordre civil_, etc.»
Enfin, quoi! il souffre parce qu'il veut souffrir. Mais, s'il veut
souffrir, c'est donc que cela l'amuse; et, si cela l'amuse, à qui en
a-t-il?
L'enfant tombe malade. Pendant dix jours le père et la mère sont en
proie à d'horribles angoisses. Voilà donc enfin une vraie souffrance,
la première! Mais l'enfant guérit. (Je vous dis que ces gens-là ont
toutes les veines!) Aux inquiétudes qu'il a senties le père reconnaît
qu'il aime son enfant. (Ce n'est pas trop tôt!) Cependant il continue
à se plaindre...
De quoi? De n'être pas un saint. Il a lu les romans de Tolstoï et de
Dostoiewski, et cela lui a donné un coup,--comme si ces Russes avaient
découvert la charité et comme s'il n'en eût jamais entendu parler
avant. Il se dit: «Vivre pour les autres, oui, c'est là le but de la
vie.» Il nous raconte alors l'histoire d'une vieille demoiselle qu'il
a connue dans son enfance, qui a passé ses jours à se dévouer, et qui,
seule, paralytique, presque pauvre, sans une joie extérieure, a vécu
sereine à force de résignation, de douceur et de charité. (Et tout ce
récit, je dois le reconnaître, est un pur chef-d'oeuvre.) Il veut
donc, lui aussi, essayer de l'«altruisme». Il va dans quelques
réunions anarchistes et en revient totalement découragé par la
brutalité et la stupidité des misérables. Il fait un autre effort: il
prend dans sa maison, comme petite bonne, une orpheline assez mal
élevée, qu'il est bientôt obligé de mettre à la porte. Il découvre
très vite qu'il est incapable de pratiquer pour de bon, et dans la
rigueur réelle de ses obligations, la «religion de la souffrance
humaine», et qu'il n'est, comme tant d'autres, qu'un brave homme assez
pitoyable et pas méchant, mais non pas héroïque... Et il souffre de
cette constatation.
Il souffre enfin de n'avoir point de foi positive. La rencontre d'un
ami, qui de sceptique est devenu croyant, augmente son angoisse et son
désir. Il voudrait croire pour être tranquille, et n'y arrive pas.
Tout ce qu'il peut faire, c'est d'esquisser un système de philosophie,
l'_Illusionisme_, qui voudrait être nouveau et qui ne l'est pas: car,
sauf erreur, il se ramène aux conceptions de Lachelier ou de Secrétan
et, par delà, au kantisme. Un matin, il entre dans l'église de
Saint-Sulpice, pendant la messe. Il est ému par les cérémonies et par
les chants. Il fait une vague prière idéaliste en prose poétique, et
se décide enfin à réciter le _Pater_,--pour voir. Et il est tout à
fait désolé parce qu'il ne peut le réciter que des lèvres...
Le pauvre homme!
J'ai analysé le livre de M. Édouard Rod en affectant un esprit
grossier et superficiel. Mais je vous préviens maintenant que ce
n'était qu'un artifice pour vous faire plus vivement sentir
l'originalité de cette autobiographie morale.
Car, d'abord, comme je l'ai dit, ce livre, où se déroule une vie
humaine si douce, si unie, si exempte de catastrophes et même d'ennuis
matériels, est plus triste que s'il y ruisselait des larmes et du
sang. Mais le pire, c'est que cette mélancolie sans cause n'a pourtant
rien d'affecté. Elle n'est point préméditée. Elle coule de source. Et
l'ironie ou l'irritation que j'ai pu laisser voir tout à l'heure
tournent à la louange de l'écrivain. Ce qui m'irrite, voulez-vous le
savoir? C'est qu'il est trop vrai, ce livre d'un heureux qui ne peut
pas se consoler. C'est que cette tristesse vaine, et pourtant sincère,
je l'ai souvent sentie en moi, et que j'en rougis; c'est que j'ai peur
d'y découvrir un mélange affreux de vanité, d'égoïsme, de
«gendelettrerie», de complaisance pour la beauté et la distinction de
ma propre intelligence; et que, de souffrir uniquement par la pensée
(oh! là là!) et de le dire, et de s'en lamenter en phrases bien faites
et que l'on sent bien faites, cela me paraît lâcheté pure et
prétentieuse impertinence, alors que tant de malheureux souffrent
réellement de la faim, du froid, de la maladie, des infirmités, de la
perte de leurs enfants, des abandons, des trahisons, etc. Au reste, M.
Édouard Rod est bien de mon avis: et, la seule fois où il ait connu
une vraie douleur, il n'a pas craint de confesser la vanité des
autres. Que dis-je? Il s'est aperçu ce jour-là qu'il aimait la vie,
même douloureuse:
«... Et, pour la première fois, il me semble qu'il y a un peu de
«phrases» dans ce que j'ai toujours dit et pensé sur la vie, dans
les colères, les dégoûts, peut-être jusque dans les tristesses
qu'elle m'a inspirés. On a beau la haïr et la mépriser, on l'aime
pourtant; elle a, jusque dans ses pires cruautés, des saveurs qui
la font désirable, et, quand on a senti la mort passer tout près,
quand on a failli voir disparaître une de ces existences qui sont
la vôtre même, on comprend alors que la vie, affreuse, inique,
féroce, vaut encore mieux que le néant.»
À la bonne heure! mais cette page condamne-t-elle et efface-t-elle le
reste du livre? Non pas. Le mal défini par M. Rod n'en existe pas
moins, et il valait la peine de le décrire, ne fût-ce que pour que
nous en sentissions la honte et que nous eussions le désir de le
secouer d'un coup d'épaules, en rentrant des livres dans la vie.
Ce mal, M. Rod le nomme de son vrai nom:
«Ah! trois fois malheur à celui qu'a touché le funeste
dilettantisme!... Sans réflexion, sans calcul, poussé par sa
nature et par l'esprit du temps, il s'est livré à ses séductions,
dont il n'a pas vu le danger: c'est si facile, si doux, si
distingué, de jouer avec les idées, de s'en caresser
l'intelligence, d'en extraire l'essence, et, comme un riche
répand sur ses mouchoirs un parfum dont le prix nourrirait des
familles, d'en saupoudrer élégamment sa vie... Cependant, ces
plaisirs s'émoussent comme toutes les ivresses: le Pharisien se
fatigue à la fin des arcs-en-ciel qu'allument sur toutes choses
les prismes de son esprit. Un chagrin le frappe, la vieillesse
vient, il se sent homme, et voici s'éveiller en lui un immense
besoin d'aller aussi prier obscurément dans les recoins des
églises et d'y déposer sa souffrance, et de savoir qu'il est
écouté... Mais c'est Dieu maintenant qui le traite ironiquement
en égal, qui discute et raisonne et lui renvoie les questions
qu'il lui posait, et le promène en raillant par la chaîne des
cercles vicieux qu'il avait forgée. Alors son orgueil s'écroule
enfin, il sent peser sur lui comme un poids matériel le vide dont
il s'est entouré et qui l'absorbe; il se révolte contre la
tyrannie de son intelligence dont il a fait une inexpugnable
forteresse... En vain ... et _pour s'être complu en lui-même, il
est éternellement isolé en lui seul_.»
Cela est fort bien dit, et c'est cette misère qui a inspiré à M. Rod
ses meilleures pages: par exemple celles où, par un ciel gris de
novembre, serré en vain contre sa compagne, il sent «le je ne sais
quoi d'étranger qui subsiste quand même en eux malgré la fusion de
leurs vies (p. 48-49)», et celles encore où il exprime le navrement de
tout souvenir, quel qu'il soit, et aussi ce sentiment singulier qu'on
est plusieurs êtres successifs qui semblent indépendants les uns des
autres, et que le «moi» coule comme l'eau d'un fleuve ou le sable
d'une clepsydre... (P. 54-55.)
Et pourtant tout bien réfléchi et au risque de me contredire encore
une fois, il m'est extrêmement difficile de m'apitoyer sur le cas de
M. Rod, ni de me persuader que le dilettantisme soit par lui-même
malfaisant, et j'ai presque envie de prendre sa défense. Ce mot de
«dilettantisme», si vague et si commode, je pense que c'est Paul
Bourget qui en a donné la meilleure définition: «C'est, dit-il, une
disposition d'esprit très intelligente à la fois et très voluptueuse,
qui nous incline tour à tour vers les formes diverses de la vie et
nous conduit à nous prêter à toutes ces formes sans nous donner à
aucune.» Eh bien, pourquoi cette disposition d'esprit serait-elle
nécessairement funeste? Elle a souvent pour résultat l'ennui et
l'impossibilité d'échapper à son propre isolement? Mais l'ennui, on y
arrive tout aussi bien par d'autres routes. Bossuet nous parle de
l'ennui qui est naturel à toute âme bien née. «Quelle solitude que ces
corps humains!» dit Musset. «Nous mourons tous inconnus», dit Balzac
dans un sentiment assez semblable. Et ni Bossuet, ni Balzac, ni Musset
ne furent des dilettantes...
Il y a dans le dilettantisme un désir de tout comprendre, et un don de
souple _sympathie_--avec une arrière-pensée de reprise, dans la
crainte d'être dupe. Il est donc fait en même temps d'imagination
sympathique--et de défiance intellectuelle ... et ainsi, il peut être
la pire chose ou la meilleure: tout dépend du dosage des deux éléments
qui le composent, et ce dosage dépend lui-même du tempérament de celui
qui le pratique... Je suis persuadé, pour moi, qu'un dilettante sec
est un homme qui aurait été plus sec encore s'il n'avait pas été
dilettante.
Le dilettantisme commence par être un plaisir et, quand il devient
ensuite une cause de souffrance, il porte en lui-même son remède. Pour
revenir au cas de M. Rod, le dilettantisme ne l'a pas empêché de se
marier par amour, et il lui a sans doute servi à jouir plus
délicatement de cette bonne fortune. Et, si le dilettantisme a d'abord
retardé en lui l'éclosion de l'amour paternel, ce n'a été que pour le
faire ensuite plus réfléchi, plus fort et plus tendre. Car le
dilettantisme (Dieu! que ce mot m'agace!) est comme l'éprouvette de
nos sentiments: il n'y a que les plus profonds et les moins
artificiels qui y résistent. C'est le dilettantisme qui a permis à M.
Rod de s'intéresser à toutes les conceptions de la vie, même les plus
contraires à ce qu'on entend justement par dilettantisme, et d'y
entrer tour à tour. C'est grâce à lui que notre écrivain a pu
s'éprendre à ce point des romans russes, ou, si vous voulez, c'est
l'ennui mortel issu de son dilettantisme qui a finalement déterminé ce
prétendu dilettante à ne plus l'être. Oh! sans doute il traînera
toujours derrière soi des lambeaux du vieil homme; il ne sera jamais
un Vincent de Paul; ses expériences d'«altruisme» ont échoué, et ses
tentatives pour «croire» n'ont point mieux réussi. Mais n'ayez
crainte, il en demeure quelque chose, et l'on peut dire, en un sens,
que c'est le dilettantisme qui a conduit M. Rod à plus de charité et
d'humilité d'esprit, et à une résignation déjà chrétienne.
La vie n'a de sens que pour ceux qui croient et qui aiment: telle est
sa conclusion. Son livre se rattache donc à ce mouvement d'esprit
qu'on pourrait presque appeler évangélique, et qui est si sensible
dans les écrits de Paul Bourget, de Maurice Bouchor, de Paul
Desjardins, et de toute l'élite de la jeune génération. Et je me
figure que l'origine de ce mouvement, c'est, quoi qu'on en dise, cette
curiosité même qui est la marque éminente de notre temps: car on
arrive assez vite à reconnaître que la curiosité intellectuelle et
sentimentale ne suffit pas pour vivre pleinement, et c'est là une
constatation qui a des conséquences.
Ce n'est point que ce _credo_ des âges nouveaux soit facile à
rédiger. Essayerons-nous? En voici un que je vous donne pour ce qu'il
vaut et qui, d'ailleurs, n'est pas original (mais un _credo_ ne doit
pas être original).
--Je crois que l'humanité marche--quoique très lentement, avec des
arrêts et des retours--vers un état meilleur où la justice sera moins
incomplètement réalisée, la souffrance moindre, la vérité mieux
connue, et, si vous le voulez, vers un idéal. Cet idéal, dont
l'accomplissement est la raison d'être de l'univers, je ne sais s'il
réside dans l'intelligence d'un Dieu, ou s'il se forme peu à peu dans
le cerveau des êtres supérieurs. Je crois que tous les hommes sont
réellement solidaires; je crois aussi (ceci est de Pascal) que nous
aimons les autres (ou d'autres que nous) aussi «naturellement» que
nous nous aimons nous-même; et que, de cette vérité sentie et de cet
instinct développé peut découler toute une morale. Je crois que notre
intérêt et notre plaisir, c'est d'aimer autre chose que nous, de
travailler pour ceux que nous aimons et, par delà, en vue de la
communauté tout entière.
Je crois que la morale est tantôt l'amour et tantôt l'acceptation des
liens parfois délicieux et parfois gênants qui nous enchaînent, soit
par le coeur, soit par un intérêt supérieur où le nôtre se confond, à
d'autres que nous et aux groupes de plus en plus larges dont nous
faisons partie. Je crois que cette morale, dans le détail de ses
prescriptions, doit coïncider, sur les points essentiels, avec la
partie durable des morales religieuses et de celle qui est fondée sur
une philosophie spiritualiste.
Je crois aussi qu'on est bon et juste (quand on l'est)
_naturellement_, par un sentiment qui commande et rend le plus souvent
facile le sacrifice à autre chose que soi et, comme on l'a dit, par
une «duperie» profitable à l'ordre universel et qui dès lors n'est
plus duperie: mais pour croire que ce n'en est pas une, il faut faire
effort, et sans doute la morale doit commencer par un acte de foi,
formulé ou non. Le don ou le pouvoir de vivre sur cet acte de foi
implicite, je crois qu'il peut être développé ou diminué par
l'éducation ou par l'expérience, mais que rien ne peut le communiquer
aux créatures manquées qui ne l'apportent pas en naissant ou qui n'en
ont pas, du moins, un petit germe, et qu'ainsi il y aura longtemps
encore, dans le grand oeuvre, un énorme déchet de forces inemployées
ou nuisibles, mais que tout de même le grand oeuvre se fera ...
_Amen_.