LA MORT LA PLUS DOUCE POUR LES CRIMINELS.

On a cru longtemps que c'était la mort instantanée. On s'est trompé.

Voici qui le prouvera.

Un homme qui naguère avait rendu de grands services à sa patrie, et qui,

par conséquent, était bien noté près du prince, eut le malheur, dans un

moment d'égarement et de passion, de commettre un crime par suite duquel

il fut jugé et condamné à mort. Prières et supplications n'y purent

rien: on décida qu'il subirait son arrêt. Toutefois, eu égard à ses

bons antécédents le prince lui laissa le choix de son genre de mort. En

conséquence, l'huissier criminel alla le trouver dans sa prison et lui

dit:

--Le prince qui se souvient de vos anciens services, veut vous accorder

une faveur: il a donc décidé qu'on vous laisserait le choix de votre

genre de mort. Souvenez-vous seulement d'une chose, c'est qu'il faut que

vous mouriez.

Notre homme répondit:

--Puisqu'il est entendu que je dois mourir, tout en déplorant la rigueur

d'un destin cruel, je vous avouerai franchement que mourir de vieillesse

m'a toujours paru la mort la plus douce; aussi est-ce pour cette mort-là

que je me décide, puisque le prince a la bonté de me permettre de

choisir.

On eut beau lui faire tous les raisonnements du monde, rien n'ébranla

son opinion; comme le prince avait donné sa parole, et qu'il n'était

pas homme à y manquer, on se vit donc forcé de rendre la liberté au

condamné, et d'attendre que la vieillesse se chargeât de mettre à

exécution l'arrêt porté contre lui.

Contes choisis de la famille · 第 22 / 28 题