Nous avons donné, dans notre numéro du 17 janvier de cette année, une
vue panoramique des bâtiments affectés à l'Exposition française de
Moscou. Cette exposition réunit dans ses diverses classes des
échantillons assez nombreux et choisis avec goût de tous les produits
que le travail français a intérêt à exporter: tissus, denrées
alimentaires, vins, liqueurs, parfumerie, jouets, bibelots, tous plus
ingénieux les uns que les autres.
Nos principales industries d'art, céramique, bronze, orfèvrerie,
joaillerie, ont tenu à honneur d'y exposer des modules nouveaux qui
seront remarqués même après ceux qu'on a admirés en 1889 au
Champ-de-Mars. Enfin 500 peintres et sculpteurs se sont joints aux 1,500
exposants des sections industrielles et ont envoyé à Moscou le meilleur
de leurs oeuvres, déjà connues ou inédites.
On sait que l'empereur de Russie a accordé très gracieusement à
l'entreprise française la libre disposition de l'édifice dans lequel a
été installée l'Exposition nationale russe de 1882. A l'exemple du
souverain, les autorités russes de tout ordre ont aidé de leur mieux nos
compatriotes dans le difficile travail d'une organisation si lointaine,
souvent entravée et un peu retard et par un hiver dur et prolongé. Il
n'est que juste de remercier l'administration russe de ses prévenances.
Samedi 9 mai (date française), a eu lieu l'ouverture. La cérémonie a été
à la fois officielle et religieuse, suivant le désir exprimé par les
autorités russes et le voeu de la population. Pour les Russes, une
bénédiction est le prologue obligé de toute inauguration, qu'il s'agisse
de l'entreprise la plus profane, même d'un théâtre. On avait donc
transporté en équipage dans le pavillon d'honneur l'image sainte de la
vierge d'Iverski, l'_icône_ le plus renommé de la Russie, qui garde,
pour ainsi dire, dans sa petite chapelle, la porte du Kremlin.
Devant cette image, un des membres du haut clergé de Moscou, qui a le
rang d'évêque, plusieurs popes en riches ornements sacerdotaux et un
choeur religieux ont coopéré à la bénédiction Après un _Te Deum_,
l'évêque a prononcé une longue allocution, puis il a fait le tour de
l'assistance en jetant de l'eau bénite sur les installations de la
galerie d'honneur. La partie religieuse de la cérémonie s'est terminée
par des prières et une espèce de _Magnificat_. Notre dessin représente
le moment où le cortège ecclésiastique va quitter l'estrade pour faire
le tour de la galerie. L'évêque tient le goupillon; il est coiffé d'une
magnifique mitre de filigrane d'or serti de pierreries et d'images
saintes peintes sur émail. A gauche se tiennent les chantres; à droite
sont les principaux personnages de la Commission française et des
autorités russes; M. Dietz-Monnin, vice-président de la Commission de
l'Exposition, remplaçant le président Teisserenc de Bort, retenu à
Paris; à côté de lui M. Flourens, ancien ministre des affaires
étrangères. La principale figure militaire est celle de S. E. le général
Kostanda, gouverneur intérimaire de Moscou, qui, après la bénédiction, a
déclaré l'Exposition ouverte et ajouté dans un bref discours que
«Moscou, coeur de la Russie, accueillait avec une chaude sympathie
l'oeuvre française de l'Exposition.»