La _Grande nation (1870-1871)_ par E. Horn; préface de Jules Simon. (E.
Plon et Nourrit, édit.)--La _Grande nation_ est la France. Ce titre
témoigne à lui seul des sympathies de l'auteur pour notre pays; il
pourrait suffire, en retour, à assurer la nôtre à l'écrivain, si le
mérite de l'ouvrage ne s'en chargeait d'autre part. Édouard Horn est
mort en 1875, député au parlement de Pesth. Hongrois de naissance et de
coeur, il était Français d'adoption et avait appartenu de longues
années, sous l'empire, à la rédaction du _Journal des Débats_, où les
idées libérales l'avaient eu pour défenseur. La _Grande nation_ est la
réunion d'articles publiés par lui en 1870-1871, dans le _Heuer-freier
Lloyd_ de Pesth, dont il était directeur, et que son fils a traduits. Si
pénibles que soient toujours les retours vers un passé douloureux, il
n'est pas sans enseignement, après vingt années écoulées, de suivre,
avec autrui, la succession de faits dont la blessure a pu, sur le
moment, dénaturer la valeur; il n'est pas sans réconfort de les voir
juger par un esprit large et de constater la foi que l'Europe a toujours
eue et conserve encore, quoi qu'elle fasse, dans le rôle civilisateur
reconnu à la France. C'est à l'étranger qu'on apprend à connaître son
pays; pour qui ne peut courir le monde, un livre supplée au voyage; il
nous montre, par ce que les autres pensent de nous, ce que nous pouvons
penser d'eux-mêmes, et le fond que nous pouvons faire sur leur amitié.