D. Comment appelle-t-on les musulmans?--R. La descente (_el tanzil_).

D. Et les chrétiens?--R. L'explication (_el taaouil_). Ces deux

dénominations signifient, pour ceux-ci, qu'ils ont expliqué la parole

de l'Évangile; pour ceux-là, le bruit répandu que le Coran est descendu

du ciel.

D. Quelle a pu être la volonté de Dieu en créant les génies et les

anges qui sont désignés dans le livre de la sagesse de Hamza?--R. Les

génies, les esprits et les démons sont comme ceux d'entre les hommes

qui n'ont pas obéi à l'invitation de Notre-Seigneur le hakem. Les

diables sont des esprits devant ceux qui ont des corps. Quant aux

anges, il faut y voir une représentation des vrais adorateurs de Dieu,

qui ont obéi à l'invitation du hakem, qui est le Seigneur adoré dans

toutes les révolutions d'âge.

D. Qu'est-ce que les révolutions d'âge?--R. Ce sont les justices des

prophètes qui ont paru tour à tour, et que les gens du siècle où ils

vivaient ont déclarés tels, comme Adam, Noé, Abraham, Moïse, Jésus,

Mahomet, Sayd. Tous ces prophètes ne sont qu'une seule et même âme

qui a passé d'un corps dans un autre, et cette âme, qui est le démon

maudit, gardien d'Ebn-Termahh, est aussi Adam le désobéissant, que Dieu

chassa de son paradis, c'est-à-dire à qui Dieu ôta la connaissance de

son unité.

D. Quel était l'emploi du démon chez Notre-Seigneur?--R. Il lui était

cher; mais il conçut de l'orgueil et refusa d'obéir au vizir Hamza;

alors, Dieu le maudit et le précipita du paradis.

D. Quels sont les anges en chef qui portent le trône de

Notre-Seigneur?--R. Ce sont les cinq primats qu'on appelle:

Gabriel qui est Hamza, Michel qui est le second frère,

Esrafil-Salamé-ebn-abd-el-ouahab, Esmaïl, Beha-Eddin,

Métatroun-Ali-ebn-Achmet. Ce sont là les cinq vizirs qu'on nomme

El-Sabek (le précédent), El-Cani (le second), El-Djassad (le corps),

El-Rathh (l'ouverture), et Fhial (le cavalier).

D. Qu'est-ce que les quatre femmes?--R. Elles se nomment Ismaël,

Mahomet, Salamé, Ali, et elles sont: El-Kelmé (la parole), El-Nafs

(l'âme), Beha-Eddin (beauté de la religion), Omm-el-Rheir (la mère du

bien).

D. Qu'est-ce que l'Évangile qu'ont les chrétiens, et qu'en

disons-nous?--R. L'Évangile est bien réellement sorti de la bouche

du Seigneur le Messie, qui était Salman-el-Farsi dans le siècle de

Mahomet, lequel Messie est Hamza, fils d'Ali. Le faux Messie est celui

qui est né de Marie, car celui-là est fils de Joseph.

D. Où était le vrai Messie, quand le faux était avec ses disciples?

--R. Il se trouvait dans le nombre de ces derniers. Il professait

l'Évangile; il donnait des instructions au Messie, fils de Joseph,

et lui disait: «Faites cela et cela,» conformément à la religion

chrétienne, et le fils de Joseph lui obéissait. Cependant, les Juifs

conçurent de la haine contre le faux Messie, et le crucifièrent.

D. Qu'arriva-t-il après qu'il eut été crucifié?--R. On le mit dans

un tombeau. Le vrai Messie arriva, déroba le corps du tombeau, et

l'enterra dans le jardin; puis il répandit le bruit que le Messie avait

ressuscité.

D. Pourquoi le vrai Messie se conduisit-il ainsi?--R. Pour faire durer

la religion chrétienne et lui donner plus de force.

D. Et pourquoi favorisa-t-il aussi l'hérésie?--R. Afin que les Druses

pussent se couvrir comme d'un voile de la religion du Messie, et que

personne ne les connût pour Druses.

D. Qui est celui qui sortit du tombeau et qui entra chez les disciples

les portes fermées?--R. Le Messie vivant qui ne meurt point, et qui est

Hamza.

D. Comment les chrétiens ne se sont-ils pas faits Druses?--R. Parce que

Dieu l'a voulu ainsi.

D. Mais comment Dieu souffre-t-il le mal et l'hérésie?--R. Parce que

son constant usage est de tromper les uns et d'éclairer les autres,

comme il est dit dans le Coran: «Il a donné la sagesse aux uns, et il

en a privé les autres. »

D. Et pourquoi Hamza, fils d'Ali, nous a-t-il ordonné de cacher la

sagesse et de ne pas la découvrir?--R. Parce qu'elle contient les

secrets et les quittances de Notre-Seigneur, et il ne convient pas

de découvrir à personne de choses où le salut des âmes et la vie des

esprits se trouvent renfermés.

D. Nous sommes donc égoïstes, si nous ne voulons pas que tout le monde

se sauve?--R. Il n'y a point là d'égoïsme; car l'invitation est ôtée;

la porte est fermée; est hérétique qui est hérétique, et croyant qui

est croyant, et tout est comme il doit être.

Le carême qui était ordonné anciennement est aboli aujourd'hui; mais,

quand un homme fait carême hors du temps prescrit, et se mortifie par

le jeûne, cela est louable; car cela nous rapproche de la Divinité.

D. Pourquoi a-t-on supprimé l'aumône?--R. Chez nous, l'aumône envers

nos frères les Druses est légitime; mais elle est un crime à l'égard de

tout autre, et il ne convient pas de la faire.

D. Quel but se proposent les solitaires qui se mortifient?--R. C'est de

mériter, quand le hakem viendra, qu'il nous donne à chacun, selon nos

œuvres, des vizirats, des pachaliks et des gouvernements.

L'auteur d'un ouvrage sur la Turquie, M. Ubicini, remarque avec

raison que, malgré la navigation à la vapeur, malgré les progrès de

la statistique moderne, l'Orient n'est guère plus connu aujourd'hui

qu'il ne l'était durant les deux derniers siècles. Il est certain

que, si le nombre des voyageurs a augmenté, les rapports de commerce

établis autrefois entre nos provinces du Midi et les cités du Levant

ont diminué de beaucoup. Les touristes ordinaires ne séjournent pas

assez longtemps pour pénétrer les secrets d'une société dont les

mœurs se dérobent si soigneusement à l'observation superficielle. Le

mécanisme des institutions turques est, du reste, entièrement changé

depuis l'organisation nouvelle que l'on appelle _tanzimat_, et qui

devient la réalisation longtemps désirée du hatti-chérif de Gul-Hanè.

Aujourd'hui, la Turquie est assurée d'un gouvernement régulier et fondé

sur l'égalité complète des sujets divers de l'empire[2].

Les lettres et les souvenirs de voyage réunis dans ce livre étant de

simples récits d'aventures réelles, ne peuvent offrir cette régularité

d'action, ce nœud et ce dénoûment que comporterait la forme romanesque.

Le vrai est ce qu'il peut. La première partie de cet ouvrage semble

avoir dû principalement son succès à l'intérêt qu'inspirait l'esclave

indienne achetée au Caire, chez le djellab Abd-el-Kérim. L'Orient

est moins éloigné de nous qu'on ne pense, et, comme cette personne

existe, son nom a dû être changé dans le récit imprimé. Des détails

authentiques et circonstanciés nous ont appris qu'elle est aujourd'hui

mariée dans une ville de Syrie, et son sort paraît être heureusement

fixé. Le voyageur qui, sans y trop songer, s'est vu conduit à déplacer

pour toujours l'existence de cette personne, ne s'est rassuré, touchant

son avenir, qu'en apprenant que sa situation actuelle était entièrement

de son choix. Elle est restée dans la foi musulmane, bien que des

efforts eussent été faits pour l'amener aux idées chrétiennes. Les

Français ne peuvent plus, désormais, acheter d'esclaves en Égypte;

en sorte que personne ne risquera aujourd'hui de se jeter dans des

embarras qui entraînent, d'ailleurs, une certaine responsabilité morale.

[1] Liban, dans les provinces de Tripoli et de Saida.

[2] Voici les chiffres les plus récents applicables à la situation de

l'empire turc: La race ottomane est de 11,700,000 âmes.

Les autres peuples des diverses parties de l'empire, Grecs, Slaves,

Arabes, Arméniens, etc., complètent le nombre des sujets de tout

l'empire, qui est de 35,350,000 âmes.--La population de Constantinople

est de 797,000 âmes, dont 400,000 musulmans, le reste se composant

d'Arméniens, de Grecs, etc.

Le budget et de 168 millions.

L'armée régulière, de 138,680 hommes, peut être portée, avec sa réserve

et ses contingents, à plus de 400,000 hommes.

Voyage en Orient, Volume 2: Les nuits du Ramazan; De Paris à Cythère; Lorely · 第 73 / 136 题