VIII--POPULATION DE L'ÉGYPTE

A l'exception de la capitale et de quelques autres villes, l'Égypte a

peu de belles maisons. La demeure du bas peuple et surtout celle du

paysan est d'une structure misérable; les maisons sont ordinairement

construites en briques non cuites, cimentées avec de la boue, et ce ne

sont souvent que des cabanes. La plupart sont composées de deux pièces,

mais il est rare qu'elles aient deux étages. Dans la basse Égypte, on

voit généralement dans l'une de ces pièces, et vis-à-vis, mais aussi

loin que possible de l'entrée, un four, nommé _fum_, qui occupe toute

la largeur de l'extrémité de la pièce. Ces fours ressemblent à un grand

banc; ils sont voûtés intérieurement, se trouvent à hauteur d'appui,

et leur couverture est plate. Comme il est rare que les habitants de

semblables maisons possèdent des couvertures, l'hiver, après avoir

allumé leur four, ils se couchent dessus. Chez quelques-uns d'entre

eux, il n'y a que le mari et la femme qui jouissent de ce privilège;

les enfants couchent alors à terre. Les chambres ont de petites

ouvertures au haut du mur pour laisser entier le jour et faire circuler

l'air; quelquefois, ces ouvertures sont garnies de grillages en bois.

Les toits sont construits de branches de palmier et de feuilles de cet

arbre, ou bien de tiges de millet, etc., et recouvertes d'un enduit

composé de boue et de paille hachée. L'ameublement se compose d'une

natte et quelquefois de deux nattes en guise de lit, de quelques vases

en terre et d'un moulin à main pour le blé. L'on voit dans beaucoup de

villages de grands pigeonniers carrés placés sur les toits, et dont

les parois, ainsi que cela se pratiquait pour les anciens édifices

égyptiens, sont légèrement inclinées vers l'intérieur; souvent,

on donne à ces pigeonniers la forme d'un pain de suere; ils sont

construits de briques non cuites, de boue et de pots ovales ayant une

large ouverture à l'extérieur et un petit trou à l'autre extrémité.

Chaque couple de pigeons occupe un pot séparé. La plupart des villages

égyptiens sont situés sur des éminences formées de décombres, qui les

mettent à quelques pieds au-dessus de la hauteur des inondations; ils

sont quelquefois entourés de palmiers. Les décombres avec lesquels ils

forment ces éminences proviennent des matériaux d'anciennes cabanes; on

remarque qu'elles semblent s'élever presque au même degré que le niveau

des alluvions et le lit de la rivière.

Il est difficile de constater la population d'un pays où l'on n'inscrit

ni les naissances ni les décès. Il y a quelques années qu'on a voulu

établir un calcul à cet égard, en prenant pour base le nombre de

maisons qui couvrent l'Égypte, et la supposition que, dans la capitale,

chaque maison contient huit personnes, et qu'ailleurs, dans les

provinces, elle n'en contient que six. Ce calcul peut approcher assez

bien de la vérité; cependant le résultat des observations faites ne

donne pour les villes telles que Alexandrie, Boulaq et Masr-al-Kahirah

qu'une moyenne d'au moins cinq personnes; Rashyed (Rosette) est à

moitié déserte.

Quant à la ville de Dimya (Damiette), elle est populeuse et peut bien

contenir six personnes par maison; si l'on n'admettait pas ces calculs,

on n'atteindrait guère au chiffre supposé du nombre des habitants

du pays, et l'addition d'une ou de deux personnes par maison, dans

chacune de ces villes, ne peut avoir une bien grande influence sur

la supputation de toute la population égyptienne, que l'on a estimée

à un peu plus de 2,500,000 âmes. Dans ce nombre, on compte 1,200,000

mâles, dont un tiers ou 400,000 sont propres au service militaire. Les

différentes classes dont se compose principalement celte population

sont à peu près les suivantes: Égyptiens muslims (fellahs ou paysans,

et habitants des villes), 1,750,000; Égyptiens chrétiens (Cophtes),

150,000; Osmanlis ou Turcs, 10,000; Syriens, 5,000; Grecs, 5,000;

Arméniens, 2,000; juifs, 5,000.

La classification du reste, s'élevant à environ 70,000 âmes, et qui

se compose d'Arabes occidentaux, de Nubiens, d'esclaves nègres, de

mamelouks (ou esclaves mâles), de femmes blanches esclaves, de Francs,

est très-difficile. Nous ne comprenons pas ici dans le nombre de la

population égyptienne les Arabes des déserts voisins.

Les Égyptiens muslims, cophtes, syriens et juifs d'Égypte, ne parlent,

à peu d'exceptions près, que la langue arabe, qui est aussi celle que

parlent ordinairement les étrangers établis dans le pays. Les Nubiens,

entre eux, parlent leur propre idiome.

Le Caire contient environ 300,000 âmes. On serait bien trompé, si l'on

voulait juger de la population de cette ville par la foule qui se

porte dans les principales rues et les marchés; car les autres rues et

quartiers sont beaucoup moins fréquentés.

Voyage en Orient, Volume 2: Les nuits du Ramazan; De Paris à Cythère; Lorely · 第 62 / 136 题