A l'exception de la capitale et de quelques autres villes, l'Égypte a
peu de belles maisons. La demeure du bas peuple et surtout celle du
paysan est d'une structure misérable; les maisons sont ordinairement
construites en briques non cuites, cimentées avec de la boue, et ce ne
sont souvent que des cabanes. La plupart sont composées de deux pièces,
mais il est rare qu'elles aient deux étages. Dans la basse Égypte, on
voit généralement dans l'une de ces pièces, et vis-à-vis, mais aussi
loin que possible de l'entrée, un four, nommé _fum_, qui occupe toute
la largeur de l'extrémité de la pièce. Ces fours ressemblent à un grand
banc; ils sont voûtés intérieurement, se trouvent à hauteur d'appui,
et leur couverture est plate. Comme il est rare que les habitants de
semblables maisons possèdent des couvertures, l'hiver, après avoir
allumé leur four, ils se couchent dessus. Chez quelques-uns d'entre
eux, il n'y a que le mari et la femme qui jouissent de ce privilège;
les enfants couchent alors à terre. Les chambres ont de petites
ouvertures au haut du mur pour laisser entier le jour et faire circuler
l'air; quelquefois, ces ouvertures sont garnies de grillages en bois.
Les toits sont construits de branches de palmier et de feuilles de cet
arbre, ou bien de tiges de millet, etc., et recouvertes d'un enduit
composé de boue et de paille hachée. L'ameublement se compose d'une
natte et quelquefois de deux nattes en guise de lit, de quelques vases
en terre et d'un moulin à main pour le blé. L'on voit dans beaucoup de
villages de grands pigeonniers carrés placés sur les toits, et dont
les parois, ainsi que cela se pratiquait pour les anciens édifices
égyptiens, sont légèrement inclinées vers l'intérieur; souvent,
on donne à ces pigeonniers la forme d'un pain de suere; ils sont
construits de briques non cuites, de boue et de pots ovales ayant une
large ouverture à l'extérieur et un petit trou à l'autre extrémité.
Chaque couple de pigeons occupe un pot séparé. La plupart des villages
égyptiens sont situés sur des éminences formées de décombres, qui les
mettent à quelques pieds au-dessus de la hauteur des inondations; ils
sont quelquefois entourés de palmiers. Les décombres avec lesquels ils
forment ces éminences proviennent des matériaux d'anciennes cabanes; on
remarque qu'elles semblent s'élever presque au même degré que le niveau
des alluvions et le lit de la rivière.
Il est difficile de constater la population d'un pays où l'on n'inscrit
ni les naissances ni les décès. Il y a quelques années qu'on a voulu
établir un calcul à cet égard, en prenant pour base le nombre de
maisons qui couvrent l'Égypte, et la supposition que, dans la capitale,
chaque maison contient huit personnes, et qu'ailleurs, dans les
provinces, elle n'en contient que six. Ce calcul peut approcher assez
bien de la vérité; cependant le résultat des observations faites ne
donne pour les villes telles que Alexandrie, Boulaq et Masr-al-Kahirah
qu'une moyenne d'au moins cinq personnes; Rashyed (Rosette) est à
moitié déserte.
Quant à la ville de Dimya (Damiette), elle est populeuse et peut bien
contenir six personnes par maison; si l'on n'admettait pas ces calculs,
on n'atteindrait guère au chiffre supposé du nombre des habitants
du pays, et l'addition d'une ou de deux personnes par maison, dans
chacune de ces villes, ne peut avoir une bien grande influence sur
la supputation de toute la population égyptienne, que l'on a estimée
à un peu plus de 2,500,000 âmes. Dans ce nombre, on compte 1,200,000
mâles, dont un tiers ou 400,000 sont propres au service militaire. Les
différentes classes dont se compose principalement celte population
sont à peu près les suivantes: Égyptiens muslims (fellahs ou paysans,
et habitants des villes), 1,750,000; Égyptiens chrétiens (Cophtes),
150,000; Osmanlis ou Turcs, 10,000; Syriens, 5,000; Grecs, 5,000;
Arméniens, 2,000; juifs, 5,000.
La classification du reste, s'élevant à environ 70,000 âmes, et qui
se compose d'Arabes occidentaux, de Nubiens, d'esclaves nègres, de
mamelouks (ou esclaves mâles), de femmes blanches esclaves, de Francs,
est très-difficile. Nous ne comprenons pas ici dans le nombre de la
population égyptienne les Arabes des déserts voisins.
Les Égyptiens muslims, cophtes, syriens et juifs d'Égypte, ne parlent,
à peu d'exceptions près, que la langue arabe, qui est aussi celle que
parlent ordinairement les étrangers établis dans le pays. Les Nubiens,
entre eux, parlent leur propre idiome.
Le Caire contient environ 300,000 âmes. On serait bien trompé, si l'on
voulait juger de la population de cette ville par la foule qui se
porte dans les principales rues et les marchés; car les autres rues et
quartiers sont beaucoup moins fréquentés.