Il y a fête chez les Égyptiens lorsqu'un fils est admis comme membre
d'une société de marchands ou d'artisans. Parmi les charpentiers, les
tourneurs, les barbiers, les tailleurs, les relieurs et gens d'autres
états, l'admission a lieu de la manière suivante.
Le jeune homme qui doit être admis dans le corps de métier, accompagné
de son pére, se rend chez le cheik et lui donne connaissance de
l'intention qu'il a que son fils son admis comme membre de la
corporation. Alors, le cheik envoie convier les maîtres du métier dont
il est le néophyte et quelques-uns des amis du candidat pour assister
à sa réception. Un officier, appelé _nakib_, porte alors une botte
d'herbes vertes ou de fleurs qu'il distribue à chacune des personnes
invitées en disant: «Répétez le fattah pour le prophète.» A quoi le
nakib ajoute: «Venez à pareil jour et à pareille heure ici pour prendre
une tasse de café. »
Les personnes ainsi invitées se rassemblent soit chez le père, soit
chez le jeune homme, et quelquefois à la campagne où ils sont régalés
de café et où on leur donne à dîner.
Le néophyte est conduit devant le cheik; on récite des vers à la
louange du prophète, puis on lui met autour de la taille un châle noué
par un nœud aux extrémités. On récite des versets du Coran, puis on
fait au châle un second nœud; au troisième nœud, qui se fait après
qu'on a dit encore quelques versets du Coran, on fait une rosette au
châle, et le jeune homme est admis comme membre du corps de métier
auquel il se voue. Alors, il baise la main du cheik et de chacune des
personnes présentes; il donne une légère contribution et fait partie du
corps de métier.
Les Égyptiens, qui vivent habituellement de la manière la plus frugale,
mettent dans leurs festins le plus de variété et de profusion; mais lé
temps consacré au repos est très-court. Dans les réunions de ce genre,
ordinairement on fume, on boit à petits coups du café ou des sorbets,
et on fait la conversation.
Pendant la lecture du Coran, les Turcs s'abstiennent, en général, de
fumer, et les honneurs qu'ils rendent au livre sacré ont fait dire
d'eux que «Dieu a mis la race d'Othman au-dessus des autres musulmans,
parce qu'ils honorent le Coran plus que ne le font les autres! »
Les seuls amusements de ces réunions sont quelques récits ou quelques
contes; mais tous prennent un plaisir extrême aux danses et aux
concerts des musiciens que l'on fait exécuter pendant ces jours de
fêtes.
Il est à remarquer qu'un Égyptien s'amuse à jouer n'importe à quel
jeu, à moins qu'il ne soit en petit comité de deux ou trois personnes
ou dans sa famille. Quoique sociable, l'Égyptien donne rarement de
grandes fêtes, et il faut pour cela des événements extraordinaires,
comme un mariage, une naissance, etc. Ce n'est aussi qu'alors qu'il est
convenable de faire venir des danseuses dans les maisons particulières;
en toute autre circonstance, on considère cela comme blessant les
usages.
Il y a aussi des fêtes à l'occasion des mariages. Le septième jour
(appelé _yom es suboua_) après le mariage, l'épousée reçoit les femmes
ses amies, le matin et l'après-midi. Quelquefois, pendant ce temps,
le mari reçoit ses amis, qu'il amuse le soir au moyen de concerts et
de danses. La coutume établie en Égypte veut que le mari s'abstienne
des droits que lui donne le mariage jusqu'après le septième jour, si
celle qu'il épouse est une jeune vierge. A l'issue de ce temps, il
est d'usage de donner une fête et de réunir des amis. Quarante jours
après le mariage, la jeune mariée se rend au bain avec quelques-unes de
ses amies. En revenant chez elle, la mariée leur donne une collation,
puis elles s'en vont. Pendant ce temps, le mari donne un repas et fait
exécuter des danses et un concert.
Le lendemain de la naissance d'un enfant, deux ou trois danseurs ou
danseuses exécutent des pas devant la maison ou dans la cour. Les fêtes
à la naissance d'un fils sont plus belles qu'à celles d'une fille.
Les Arabes conservent encore en cela le sentiment qui portait leurs
ancêtres à détruire leurs enfants du sexe féminin.
Trois ou quatre jours après la naissance d'un enfant, les femmes de
la maison, si l'accouchée appartient à l'une des classes élevées ou
à l'aise, préparent des mets composés de miel, de beurre clarifié,
d'huile de sésame, d'épices et d'aromates, auxquels on ajoute parfois
des noisettes grillées[1].
L'enfant est ensuite proclamé par des femmes ou des jeunes filles dans
tout le harem; chacune d'elles porte des cierges allumés de couleurs
différentes: ces cierges, coupés en deux, sont placés dans des mottes
d'une certaine pâte formée de henné; on en met plusieurs sur un
plateau. La sage-femme, ou une autre des dames présentes, jette à terre
du sel mêlé avec de la graine de fenouil. Ce mélange, placé la veille
à la tête du berceau de l'enfant, sert à le préserver des maléfices.
La femme qui répand de ce sel dit. «Que ce sel se loge dans l'œil de
celui qui ne bénit pas le prophète!» ou bien: «Que ce sel impur tombe
dans l'œil de l'envieux!» et chacune des personnes présentes répond: «O
Dieu! protège notre seigneur Mahomet! »
Un plateau en argent est présenté à chacune des femmes; elles disent à
haute voix: «O Dieu! protège notre seigneur Mahomet! que Dieu t'accorde
de longues années! etc.» Les femmes donnent ordinairement un mouchoir
brodé, dans l'un des coins duquel se trouve une pièce d'or; ce mouchoir
est le plus souvent placé sur la tête de l'enfant ou à ses côtés. Le
don d'un mouchoir est considéré comme une dette contractée que l'on
acquitte en pareille occasion, ou qui sert à payer une dette contractée
en une semblable occasion. Les pièces de monnaie ainsi recueillies
servent à orner pendant plusieurs années la coiffure de l'enfant. Outre
ces largesses, on donne aussi à la sage-femme. La veille du septième
jour, une carafe remplie d'eau, et dont le goulot est entouré d'un
mouchoir brodé, est placé à la tête du berceau de l'enfant endormi. La
sage-femme prend ensuite une carafe qu'elle place sur un plateau, et
elle offre à chaque femme qui vient visiter la femme en couche un verre
de cette eau, que chacune d'elles paye au moyen d'une gratification.
Pendant un certain temps après l'accouchement, et qui diffère selon la
position ou les doctrines des diverses sectes, mais qui d'ordinaire est
de quarante jours, la femme qui a mis au monde un enfant est considérée
comme impure. Après le temps appelé _nifa_, elle va au bain, et dès
lors elle est purifiée.
[1] Quelques femmes joignent encore à ces mets, s'ils ne sont pas
destinés à des amies, une pâte composée d'escargots qui doit, à ce
qu'elles croient, engraisser les femmes.