La délibération du jury dura près de deux heures. La déclaration fut

négative sur la première question, et affirmative sur les deux autres.

Pour la dernière question, il n'y eut qu'une majorité de sept voix contre

cinq; mais la Cour se réunit, à l'unanimité, à la majorité du jury.

Alors on fit rentrer Castaing dans la salle d'audience. Sa démarche était

ferme et assurée; il entendit, sans changer de couleur, la lecture de la

déclaration du jury et les conclusions du ministère public tendantes à

l'application des peines portées par la loi. Sur la demande du président

s'il avait quelque chose à dire sur cette application, il répondit d'une

voix forte:

«Non, M. le président; je saurai mourir, quoique je sois bien malheureux,

et quoique des circonstances fatales m'entraînent dans la tombe! J'irai

retrouver mes deux amis. On m'accuse de les avoir assassinés

lâchement..... mais il y a une Providence! S'il y a quelque chose de

divin dans l'être qui vit, ce quelque chose ira vous retrouver, ô mes

amis, Auguste, Hippolyte! Ce ne sont point de vaines déclamations, je

n'implore point votre miséricorde; je n'implore rien de ce qui est humain

(élevant ses mains vers le ciel); mon espérance est maintenant dans la

Divinité. Je marcherai avec délices à l'échafaud..... parce que ma

conscience ne me reproche rien, parce que ma conscience ne m'accusera

pas, lors même que je sentirai..... (Il porta les mains à son cou.)

Hélas! il est des choses qu'on éprouve et qu'on ne peut exprimer.» Il

ajouta d'une voix affaiblie: «Vous avez voulu ma mort; la voilà...»

L'avocat de la partie civile prit, d'une voix altérée, des conclusions

tendantes à la nullité du testament d'Auguste Ballet; et la Cour se

retira de nouveau pour délibérer sur l'application de la peine.

Pendant ce temps, les jurés étaient restés appuyés sur leurs bancs dans

un morne silence. La nuit était fort avancée; les bougies qui

commençaient à pâlir, la sombre lueur des lampes épuisées, tout

concourait à donner à cette scène un aspect lugubre et déchirant. Me

Roussel, l'un des avocats du prévenu, fondait en larmes. Castaing se

pencha vers lui; son accent et ses gestes étaient pleins d'énergie.

«Allons, lui dit-il, rassurez-vous, Roussel; regardez-moi: je ne pleure

pas. Je vous remercie des efforts que vous avez faits pour ma défense;

vous avez cru à mon innocence, je suis innocent en effet... Embrassez mon

père, ma mère, mes frères... (Avec un accent douloureux.) ma fille...

Vous me le promettez, n'est-ce pas?»

Puis, s'adressant aux jeunes avocats placés dans le parquet:

«Et vous, jeunes gens, qui avez assisté à mon jugement, vous, mes

contemporains, assistez aussi à mon exécution. Ma fermeté ne se démentira

pas; une prompte mort est la seule grâce que je demande... Je rougirais

d'implorer la clémence...»

La Cour alors rentra en séance, et le président lut, d'une voix très

basse, l'arrêt qui condamnait Castaing à la peine de mort. Cet arrêt le

condamnait en outre à payer la somme de cent mille francs, à titre de

dommages et intérêts à la partie civile, en raison du préjudice qu'il

devait réparer.

Cette effrayante et mémorable procédure avait duré huit jours entiers,

tant elle demandait d'efforts de la part des magistrats pour les amener à

découvrir la vérité!

Castaing se pourvut en cassation contre l'arrêt de la Cour d'assises, et

la Cour suprême s'occupa de cette affaire, le 4 décembre suivant. Les

trois moyens de nullité sur lesquels se fondait le pourvoi de Castaing,

malgré l'appui que leur prêta Me Odilon-Barrot, ne furent pas jugés

admissibles par la Cour, qui, en conséquence, rejeta le pourvoi.

Le 6 décembre, deux jours après le rejet de son pourvoi, Castaing fut

transféré des prisons de Bicêtre, où il avait été conduit le lendemain de

sa condamnation, à la Conciergerie. Pendant tout le temps qu'il avait

passé à Bicêtre, il avait été l'objet de la surveillance la plus active,

parce que l'on craignait qu'il n'attentât à ses jours. Cette crainte

n'était pas sans fondement, s'il est vrai, comme on l'a dit, que la

boîte d'une montre qu'on chercha à lui faire passer du dehors, et qui fut

saisie, contenait du poison. Quoi qu'il en soit, lorsqu'on vint lui

annoncer sa translation à Paris, il fallut le réveiller d'un sommeil

profond. Il paraît qu'il ne s'abusa pas sur le motif de cette visite, car

il dit aussitôt: «Je vois ce que c'est.»

Arrivé à la Conciergerie, il écrivit à son ancienne maîtresse une longue

lettre, remarquable par un mélange confus d'idées religieuses et

philosophiques. Il se fit ensuite conduire à la chapelle, et s'entretint

avec le prêtre qui devait l'exhorter à la mort. Comme il avait témoigné

le désir de voir encore une fois son père et sa fille, l'autorité

s'empressa de donner la permission nécessaire pour cette entrevue; mais,

par des motifs demeurés inconnus, elle n'eut pas lieu. Castaing demanda

par écrit la bénédiction de son père, qui lui fut envoyée. L'heure de

l'exécution avait été avancée. A cette époque, c'était ordinairement à

quatre heures que l'on exécutait les condamnés. On vint, un peu avant

deux heures, annoncer à Castaing que l'heure fatale était arrivée. A

cette nouvelle, ses forces l'abandonnèrent un instant, et il parut

vivement regretter les deux heures dont, selon lui, sa vie se trouvait

abrégée. A sa sortie du dernier guichet de la Conciergerie, il parut

entendre sans beaucoup d'émotion les murmures de la foule qui de toutes

parts se précipitait dans la cour du Palais-de-Justice. Il s'élança alors

sur le crucifix, l'embrassa avec force et à plusieurs reprises. On fut

obligé de le monter à bras sur la fatale charrette. Pendant qu'on le

liait, il promenait ses regards autour de lui avec un air assez

tranquille; mais, pendant le trajet du Palais à la place de Grève, son

maintien fut loin de conserver la même assurance: il sembla que son

courage l'eût tout-à-coup abandonné. Son visage, jusque-là fortement

coloré, se couvrit d'une pâleur mortelle; sa tête, cédant aux secousses

de la charrette, tombait sur l'épaule du confesseur, avec qui néanmoins

il conversait de temps en temps, et dont il paraissait écouter

attentivement les exhortations.

Arrivé au pied de l'échafaud, il tomba plutôt qu'il ne se mit à genoux,

et demeura dans cette attitude pieuse près de quatre minutes. Il n'eut

pas la force de se relever, et deux aides de l'exécuteur furent obligés

de le soutenir pour monter sur l'échafaud.

Cette condamnation de Castaing, comme empoisonneur, donna lieu, dans le

temps, à des opinions diverses. Les uns, et ce fut le plus grand nombre,

n'hésitaient pas, tout en plaignant une famille si digne d'intérêt et de

compassion, à regarder Castaing comme coupable; les autres, à la tête

desquels se trouvait un grand nombre de médecins, déclarèrent hautement

qu'il mourait innocent. D'après toutes les particularités du procès que

nous avons rapportées, et jugeant sous la seule influence de notre

conscience, nous penchons à croire que cette opinion procédait uniquement

d'un esprit de corps mal entendu. On a vu à peu près la même chose, lors

des crimes du curé Mingrat: comme si une corporation quelconque ne se

nuisait pas plutôt qu'elle ne sert ses vrais intérêts, en protégeant

celui de ses membres qui s'est rendu digne de la vindicte des lois!

Quant à nous, notre opinion sur cette déplorable affaire est exprimée

tout entière par ces paroles de M. Persil, avocat de la partie civile:

«C'était, dit l'accusé, pour faire des expériences qu'il a acheté de

l'acétate de morphine et de l'émétique, qu'il a opéré le mélange de ces

substances. Mais en admettant cela, les expériences n'ont pas été faites;

et si Castaing ne nous montre pas, ne nous indique pas ce qu'est devenu

le poison qu'il a acheté en grande quantité, et qu'on n'a pas trouvé où

il prétend l'avoir jeté, il faudra bien en conclure que c'est ce poison

qui a donné la mort à Auguste Ballet.»

ASSASSINAT

DE LA MÈRE JÉROME.

La procédure à laquelle donna lieu le crime dont nous allons parler, se

fit surtout remarquer par la bizarrerie des faits et par les étranges

révélations, au moyen desquelles la justice, après avoir fait long-temps

d'infructueuses recherches, arriva enfin sur la trace des coupables.

Un assassinat avait été commis, le 20 mai 1823, entre sept et huit heures

du soir, rue du Faubourg du Roule, n. 45, sur la personne d'une femme de

quatre-vingts ans, dite la mère Jérôme. A la suite de cet assassinat, on

avait enlevé toute l'argenterie de la victime; mais on avait oublié une

somme de douze cents francs environ, qui fut retrouvée dans un de ses

tiroirs.

Dans les premiers momens, la connaissance des auteurs de ce forfait

échappa aux investigations judiciaires; mais enfin les soupçons

atteignirent Louis-Marie Lecouffe, âgé de vingt-quatre ans, tailleur

d'habits, et sa mère, la veuve Lecouffe, qui tous deux demeuraient dans

la même maison que la mère Jérôme. La mère et le fils furent arrêtés et

mis en accusation. Le fils était prévenu d'avoir commis le crime, et la

mère d'y avoir excité son fils par menaces et abus d'autorité, le

menaçant, s'il refusait de s'emparer du trésor de la mère Jérôme, de

s'opposer au mariage qu'il projetait, et qui en effet fut célébré trois

jours après l'assassinat.

Lecouffe, du moment qu'il fut détenu, ne cessa de donner des marques de

folie vraie ou simulée. A l'en croire, il n'avait fait ses révélations

que par ordre exprès de l'ombre de son père, mort depuis quatre ans, et

qui s'était présentée à lui dans sa prison, accompagnée de l'ange

Gabriel. Tous ses interrogatoires furent remplis de ses prétendues

conversations avec le spectre, qui lui avait commandé, comme à un autre

Hamlet, de dévoiler et de punir le forfait de sa mère. Lecouffe poussa

même la démence ou la fourberie jusqu'à supplier les geôliers de son

cachot de boucher le trou par lequel il prétendait voir arriver ces

apparitions importunes.

Les accusés furent traduits devant la cour d'assises de la Seine, le 11

décembre 1823. Les dépositions des témoins qui furent entendus établirent

la vérité des faits dans le sens de l'accusation; mais l'accusé Lecouffe

rejeta constamment tout l'odieux du crime sur sa mère.

Ce spectacle d'un fils et d'une mère qui se renvoyaient mutuellement le

poids d'un horrible forfait, et qui, suivant l'expression énergique du

ministère public, se poussaient l'un l'autre vers l'échafaud, avait plus

d'une fois fait frémir l'auditoire.

Enfin, après trois audiences consécutives, le jury prononça la

culpabilité de Lecouffe sur toutes les questions qui lui furent posées;

la mère, acquittée sur la question de complicité d'assassinat, fut

déclarée coupable de recel d'objets volés, avec connaissance que le vol

avait été accompagné d'homicide volontaire, mais sans savoir que

l'homicide avait été commis avec préméditation et guet-à-pens. Tous les

deux furent condamnés à la peine de mort.

La mère et le fils se pourvurent en cassation contre le jugement qui les

condamnait; mais leur pourvoi fut rejeté. Le 24 janvier 1824 fut le jour

fixé pour leur exécution. La mère fut amenée, dès le matin, de sa prison

de Saint-Lazare à la Conciergerie, et le fils arriva de Bicêtre quelques

instans après. Ils furent mis tous deux dans une prison séparée; et après

qu'ils eurent entendu lecture de l'arrêt portant rejet de leur pourvoi,

deux ecclésiastiques vinrent leur apporter les secours de la religion.

Lecouffe, qui s'était préparé à ce fatal dénouement, les reçut avec

reconnaissance et contrition; sa mère montra d'abord moins de résignation

et de fermeté, mais les exhortations du vertueux ecclésiastique

ramenèrent peu à peu l'espoir de la clémence divine dans son âme

coupable. Les deux condamnés passèrent en prières tout le temps qui

précéda l'exécution. A quatre heures précises, ils montèrent dans la

charrette. Arrivée au pied de l'échafaud, la femme Lecouffe descendit la

première, monta les degrés d'un pas mal assuré, et se livra aux

exécuteurs sans avoir jeté un seul regard en arrière pour voir son fils.

Lecouffe embrassa deux fois son confesseur, et se dirigea vers

l'échafaud d'une marche assez ferme. Si quelque chose peut diminuer

l'horreur qu'inspire tout criminel aux âmes honnêtes, c'est le repentir

qu'ils manifestent à leur dernier moment; celui que témoignèrent la mère

Lecouffe et son fils fut un éloquent commentaire du spectacle de leur

exécution, qui avait attiré une foule immense.

HENRI FELDTMANN,

OU

PÈRE INCESTUEUX ET ASSASSIN DE SA FILLE.

Henri Feldtmann, ouvrier tailleur, avait une fille nommée Victoire, qui

était encore en nourrice à l'époque de la mort de sa mère, arrivée en

1801.

Peu de temps après le décès de sa femme, Henri Feldtmann forma une

liaison illégitime avec Madeleine Léger. Il en eut une fille naturelle

nommée Élisabeth-Constance. Au vice près qui avait présidé à cette

nouvelle union, le ménage de Feldtmann avait toutes les apparences de la

régularité: Madeleine Léger remplissait les devoirs de mère, non

seulement à l'égard de sa fille, mais à l'égard de la jeune Victoire.

Feldtmann donna pendant plusieurs années des leçons et des exemples de

vertu à ses deux filles. Professant la religion réformée, il confia ses

deux filles aux soins de M. le pasteur Gœpp. Cet homme respectable fut

frappé des excellentes qualités qui distinguaient Victoire. La modestie

de cette jeune personne, sa candeur, son sincère désir de pratiquer la

vertu, étaient en effet bien dignes de remarque et d'admiration. A

l'époque de la première communion, M. Gœpp promit solennellement à

Victoire de l'entourer de sa bienveillance et de sa protection.

Mais cette intéressante fille, étant parvenue à l'adolescence, eut le

malheur d'inspirer à son père les premiers sentimens d'une passion

incestueuse. Cette horrible passion se développa prodigieusement dans le

cœur de Feldtmann. Nous ne retracerons point les efforts de Victoire

pour cacher à tous les yeux la coupable faiblesse et la turpitude de son

père, sa résistance à toutes ses tentatives criminelles, enfin sa

retraite de la maison paternelle, accompagnée de sa sœur et de Madeleine

Léger, lorsqu'elle eut acquis l'affreuse conviction que la fuite pouvait

seule la soustraire à la brutalité de Feldtmann.

Mais celui-ci, après beaucoup de recherches, parvint à découvrir la

maison où ses filles et Madeleine Léger s'étaient réfugiées. Il se

présenta plusieurs fois à leur nouveau domicile pour les engager à

rentrer avec lui. Elles s'y refusèrent constamment, et principalement

Victoire. Enfin il se rendit chez elles une dernière fois, le lundi 24

mars 1823, et voici en quels termes l'acte d'accusation retrace la

catastrophe qui termina cette fatale entrevue.

Après avoir acheté un couteau de cuisine sur le quai dit de la

_Ferraille_, Feldtmann se rendit chez ses filles. Celles-ci étaient

levées; la fille Léger était encore couchée: elle se leva aussitôt. On

offrit à Feldtmann à déjeûner; il accepta, et prit, comme ses convives,

une tasse de café. Après ce repas, il entama le sujet ordinaire de ses

conversations; il pressa, supplia ses enfans et la fille Léger de rentrer

avec lui. Même refus de la part de chacune d'elles; même opposition

calme, respectueuse, mais invariable de Victoire.

La famille était réunie autour de la cheminée; Victoire était assise d'un

côté, la fille Léger était au coin vis-à-vis, et la jeune Élisabeth se

trouvait au milieu. Feldtmann était debout, le dos appuyé contre la

cheminée. Tous ses regards étaient concentrés sur sa fille aînée.

Après environ deux heures de débats, Victoire déclara avec fermeté à son

père qu'elle aimerait mieux mourir que de retourner avec lui. _Tu seras

cause que je mourrai sur l'échafaud!_ répliqua Feldtmann avec une fureur

concentrée. Cette menace positive d'un assassinat prochain n'ayant point

ébranlé cette jeune et vertueuse fille, Feldtmann reprit: _Tu es

obstinée... tu seras cause de ma perte._ Et aussitôt il tira de sa poche

de côté le couteau de cuisine qu'il y tenait caché, et le plongea tout

entier dans la poitrine de Victoire.

A ce spectacle, Élisabeth reste immobile de stupeur. Feldtmann retire du

sein de sa fille aînée son couteau tout fumant, et se prépare à frapper

sa fille cadette. A cette vue, la mère se jette sur le bras de

l'assassin, dérange la direction du coup et en affaiblit la violence.

Élisabeth est frappée, mais moins dangereusement. Une lutte horrible

s'établit entre Élisabeth et la fille Léger d'une part, et Feldtmann de

l'autre. La fille Léger est frappée à son tour, mais sa blessure est

légère. Des voisins accourent au bruit; on arrête le meurtrier. Celui-ci

laisse échapper son couteau ensanglanté, et proteste qu'il n'a pas envie

de prendre la fuite.

Cependant la malheureuse Victoire, qui perdait son sang à flots, avait eu

encore la force d'ouvrir la porte et de se traîner jusqu'au palier du

premier étage, où elle était tombée à la renverse et sans connaissance.

Peu d'instans après, elle avait cessé d'exister.

En conséquence de ces déplorables faits, Feldtmann fut traduit devant la

cour d'assises de la Seine, et comparut devant ce tribunal, le 23 avril

1823.

Pendant la lecture de l'acte d'accusation, Madeleine Léger, appelée comme

témoin, s'évanouit, vaincue par les émotions qu'elle éprouvait. Quant à

Feldtmann, il conserva un calme imperturbable, et son interrogatoire se

fit remarquer par l'incohérence des explications qu'il donna, et par le

scandale de plusieurs imputations qu'il présenta comme moyens de défense.

Il nia opiniâtrément qu'il eût éprouvé un sentiment coupable pour sa

fille Victoire; il ne craignit pas de lui imputer de graves désordres

dans sa conduite, sous le rapport des mœurs et de la probité; il

accumula également les imputations les plus graves contre Madeleine

Léger.

Entre toutes les dépositions, celle du pasteur Gœpp excita un intérêt

particulier. Il rendit compte de ses rapports avec la famille Feldtmann

dont il avait été le bienfaiteur; il parla des terribles confidences qui

lui avaient été faites, soit par la mère de Feldtmann, soit par Victoire

elle-même, au sujet des tentatives criminelles dont cette dernière avait

été l'objet; il énonça les démarches qu'il avait cru devoir faire à la

préfecture de police pour prévenir les excès que l'on pouvait redouter de

la part de l'accusé. M. Gœpp ajouta qu'à diverses époques, et surtout

lors de la dernière entrevue qu'il avait eue avec Feldtmann (la veille du

crime), cet homme ne lui avait pas semblé jouir de la plénitude de ses

facultés lorsqu'il s'agissait de ses relations avec sa fille; qu'il

l'avait considéré comme un de ces hommes dominés par une idée fixe, et

qui ne sont plus maîtres de leur imagination, lorsqu'elle vient à

s'arrêter sur cette idée.

Après quelques autres dépositions moins importantes, M. l'avocat-général

soutint l'accusation, discutant d'avance le moyen unique qui pouvait être

présenté au nom de l'accusé. Il prouva qu'une passion, une passion

infâme, à quelque degré qu'elle fût portée, ne pouvait servir d'excuse à

un crime. Vainement le défenseur, nommé d'office, fit-il tous ses efforts

pour soustraire Feldtmann à la peine capitale, en écartant les

circonstances de la préméditation, et en cherchant à établir qu'il avait

été entraîné à ce crime par un ascendant irrésistible plutôt que par

l'effet de sa volonté; le jury, après une longue délibération, déclara

Feldtmann coupable sur toutes les questions, tant d'assassinat prémédité,

consommé sur la personne de sa fille Victoire, que de tentatives

d'homicide contre son autre fille, Élisabeth, et Madeleine Léger. Le

résultat de cette réponse fut la condamnation à mort de Feldtmann.

L'inconcevable sang-froid que ce malheureux avait montré dans le cours

des débats ne se démentit point en cet instant fatal.

Feldtmann se pourvut en cassation; mais son pourvoi ayant été rejeté, il

subit son supplice le 21 mai, en place de Grève. Dans cet horrible

moment, toute son impassibilité l'avait abandonné; il fallut que les

exécuteurs l'aidassent à monter les degrés de l'échafaud, et l'on peut

même dire qu'il était mort avant d'être décapité.

ASSASSINAT

DE

MADAME VEUVE AILLET,

ET DE

LA FILLE GOUSSARD, SA DOMESTIQUE,

A CHARTRES.

En 1823, la ville de Chartres fut le théâtre d'un double meurtre, qui

frappa de terreur tous les esprits. La mauvaise conduite, la débauche et

la cupidité, sources ordinaires de tant de désordres, avaient armé les

principaux assassins. Tout portait à croire que plusieurs de leurs

complices n'étaient point sous la main de la justice. Il est donc facile

de s'expliquer l'effroi général, en présence des dangers auxquels chacun

pouvait être exposé. Voici les faits qui ont été révélés par

l'instruction de ce procès.

Chronique du crime et de l'innocence, tome 7/8 Recueil des événements les plus tragiques;... · 第 10 / 21 段