MATTHEW ARNOLD.

LUI.--Dites donc à vos jhampanies[18] de ne point tant se presser, chère

amie. Ils oublient que j’arrive des plaines.

[18] Coolies employés au roulage du rickshaw, lequel rickshaw est un

véhicule ressemblant au pousse-pousse et qui, dans l’Inde, est

réservé à l’usage des femmes.

ELLE.--Preuve certaine que pour ma part je ne suis sortie avec personne.

Oui, l’équipe a besoin d’être stylée. Où allons-nous?

LUI.--Comme d’habitude... Au bout du monde! Non. Au Jakko.

ELLE.--Alors, faites-vous suivre par votre poney. C’est un tour assez

long.

LUI.--Et pour la dernière fois, Dieu merci!

ELLE.--Vous y tenez toujours. Je n’ai pas osé vous en parler dans mes

lettres... tous ces derniers mois.

LUI.--Si j’y tiens! Depuis l’automne je ne fais qu’arranger mes affaires

dans ce but. On dirait, à vous entendre parler, que la chose se présente

à votre esprit pour la première fois?

ELLE.--Moi? Oh! je ne sais pas. Ce n’est pas le temps qui m’a manqué

pour réfléchir, en tout cas.

LUI.--Et vous avez changé d’avis?

ELLE.--Non. Vous devez savoir que je suis un prodige de constance. En

quoi consistent vos--arrangements?

LUI.--Les _nôtres_, chérie, s’il vous plaît.

ELLE.--Les nôtres, soit. Mon pauvre ami, comme l’éruption de chaleur

vous a marqué au front! Avez-vous jamais essayé du sulfate de cuivre

dans l’eau?

LUI.--Il n’y paraîtra plus d’ici un jour ou deux. Les arrangements sont

assez simples: Tonga[19] dès le matin--arrivée à Kalka à midi--à Umballa

à sept heures--droit à Bombay par le train de nuit, et alors le paquebot

du 21 pour Rome. Telle est mon idée. Le Continent et la Suède--deux mois

et demi de lune de miel.

[19] Voiture à deux roues attelée de deux poneys.

ELLE.--Chut! N’en parlez pas de cette façon. Cela me fait peur. Guy,

depuis combien de temps vous et moi faisons-nous les fous?

LUI.--Sept mois et quatorze jours. J’oublie le nombre exact des heures

complémentaires, mais j’y réfléchirai.

ELLE.--Je voulais seulement voir si vous vous rappelleriez. Qui sont ces

deux-là sur la route de Blessington?

LUI.--Eabrey et la Penner. Qu’est-ce que vous leur voyez d’intéressant?

Dites-moi tout ce que vous avez fait, dit et pensé.

ELLE.--J’ai fait peu, dit moins encore, et pensé beaucoup. C’est à peine

si je suis sortie.

LUI.--C’est le tort que vous avez eu. Vous n’avez pas broyé du noir?

ELLE.--Pas trop. Pouvez-vous vous étonner que je ne sois guère portée à

m’amuser?

LUI.--Ma foi, oui. Qu’est-ce donc qui n’allait pas?

ELLE.--Tout simplement ceci: plus je connais de monde et plus je suis

connue ici, plus s’étendra le bruit du patatras lorsqu’il se produira.

Je n’aime pas beaucoup cela.

LUI.--Absurde. Nous n’y serons plus.

ELLE.--Vous croyez?

LUI.--J’en suis sûr, si l’on peut compter sur la vapeur ou le cheval

pour nous emporter. Ha! ha!

ELLE.--Et le comique de la situation consiste--en quoi, mon Roméo?

LUI.--En rien, ma Juliette. C’était seulement une idée qui me passait.

ELLE.--On prétend que le sens de l’humour est plus aiguisé chez les

hommes que chez les femmes. Pour le moment, je pensais, moi, au

scandale.

LUI.--Ne pensez donc pas à de si vilaines choses. Nous en serons loin.

ELLE.--Il n’en existera pas moins--dans la bouche des gens de

Simla--télégraphié par toute l’Inde, et l’objet des conversations dans

les dîners.--Et lorsqu’Il sortira, on ouvrira sur Lui les yeux grands

comme des portes cochères pour voir comment Il prend la chose. Et nous

serons morts, mon Guy chéri--_morts et jetés dans les ténèbres de dehors

où il y aura_...

LUI.--L’amour, au moins. Cela ne suffit-il pas?

ELLE.--Je l’ai dit.

LUI.--Et vous le pensez encore?

ELLE.--Et vous, que pensez-vous?

LUI.--Qu’ai-je donc fait? La ruine n’est-elle pas équivalente pour moi

suivant qu’en va le monde--mise au ban de la société, perte de mes

fonctions, travail de ma vie à tout jamais brisé. Je paye mon écot.

ELLE.--Et êtes-vous si fort au-dessus du monde que vous soyez en mesure

de supporter telle dépense? Moi-même, le suis-je?

Le Chat Maltais · 第 17 / 24 题