LA MALADIE DE JULES VERNE

Des dépêches d'Amiens annonçaient, au commencement de la semaine, que M.

Jules Verne, âgé de soixante-dix-sept ans, était dans un état de santé

alarmant: la paralysie venait de terrasser cet infatigable travailleur,

de frapper cette claire et robuste intelligence.

La nouvelle a produit aussitôt une vive émotion, non seulement en

France, mais encore à l'étranger, où les oeuvres du fécond écrivain

jouissent, s'il est possible, d'une vogue encore plus grande que chez

nous.

Jules Verne! ce nom d'une réputation universelle, imprimé sur la

couverture de tant de volumes, répété par tant de bouches, devenu en

quelque sorte un terme générique en matière littéraire, n'évoque-t-il

pas à lui seul tout un monde? Jules Verne! l'auteur de _Cinq semaines en

ballon_, du _Capitaine Natteras_, des _Enfants du capitaine Grant_, de

_Vingt mille lieues sous les mers_, de _Michel Strogoff_, de cent autres

livres aux titres célèbres, qui, grâce à une heureuse combinaison de la

science et du roman, ont intéressé, captivé, passionné même toute une

génération de lecteurs.

L'émotion des innombrables amis du créateur d'un genre où aucun de ses

émules ne l'a égalé est donc amplement justifiée. Aussi bien, ce

romancier montra, sur plus d'un point, la perspicacité d'un précurseur:

au cours de sa longue carrière, il a eu la rare fortune de voir maintes

découvertes ou inventions, pressenties ou suggérées par son génie

imaginatif, passer de la fiction dans la réalité.

L'INAUGURATION DE LA PRÉSIDENCE DE M. ROOSEVELT Le 4 mars a eu lieu, à

Washington, l'inauguration de la seconde période présidentielle de M.

Roosevelt. Pour cette cérémonie officielle, le président s'est rendu en

voiture de la Maison-Blanche au Capitale; une estrade avait été dressé

contre la façade occidentale du monument, et c'est là que M. Roosevelt,

après avoir prêté serment sur la Bible, devant le Cbief-Justice, M.

Fuller, a prononcé le discours qualifié de message, où il a exalté en

termes chaleureux la grandeur, la prospérité et la politique

expansionniste de la nation américaine.

L'ensemble de la solennité a, du reste, offert un caractère pompeux

inconnu jusqu'alors dans les fastes de la République.

On y a remarqué surtout l'importance de l'appareil militaire déployé:

escorte de rough-riders, double haie de troupes sur le parcours du

cortège, défilé où figuraient les cadets de West-Point et un régiment de

nègres; exhibition d'uniformes nouveaux, galonnés, soutachés, de

colbacks à chausse retombante surmontés de plumets, de toute une

brillante passementerie jurant quelque peu avec la proverbiale

simplicité républicaine.

L'Illustration, No. 3239, 25 Mars 1905 · 第 27 / 30 题