Notre Code civil dont on célébrait naguère le centenaire, est un
monument respectable, de belle ordonnance, de construction solide; mais
il en va des monuments législatifs comme des autres: quels que soient
leur force de résistance aux injures du temps et leur état de
conservation, ils vieillissent, ils se démodent peu ou prou, et, si les
fondements tiennent bon, si le gros oeuvre, les dispositions générales
de l'édifice demeurent appropriés à sa destination, il arrive un moment
où certaines parties, certains aménagements ne s'adaptent plus
suffisamment aux idées, aux moeurs, aux nécessités d'une époque.
Donc, le Code civil a besoin de modifications; c'est un fait de toute
évidence, sur quoi l'opinion de jurisconsultes éclairés est d'accord
avec le voeu public. Récemment, un ministre se décidait enfin à
entreprendre cette réforme, réclamée depuis assez longtemps déjà: M.
Vallé, garde des sceaux dans le précédent cabinet, se déclarait prêt à
«marcher». Le premier acte de l'initiative ministérielle fut
l'institution d'une grande commission d'étude et de révision de soixante
membres. L'annonce officielle de cette sage et prudente mesure
préparatoire ne remua pas extraordinairement, il faut l'avouer, ce que
feu M. Floquet, en son verbe sonore, appelait les masses profondes du
suffrage universel et, quant aux couches superficielles du pays, elle
n'y excita qu'un enthousiasme tempéré. Un scepticisme trop justifié par
l'expérience nous porte à nous méfier des commissions, surtout des
grandes, fussent-elles, comme celle-ci, divisées en six
sous-commissions, afin de se partager la tâche; trop souvent elles ont
encouru le reproche d'avoir étouffé dans leur sein les projets
embryonnaires qu'elles étaient censées couver pour en faciliter
l'éclosion, aussi leur mauvaise réputation a-t-elle inspiré la verve
satirique de je ne sais plus quel Juvénal fantaisiste, en une «blague»
amusante dont chaque couplet amène invariablement ce refrain: «Alors, on
nomma une commission, et... on n'entendit plus parler de rien.»
La malice n'épargna pas ce trait cruel au nouveau comité consultatif;
l'éclectisme même qui avait présidé à sa composition contribuait à faire
douter de l'efficacité de sa besogne. Pensez donc! Aux obligatoires
politiciens du Parlement, aux juristes professionnels, naturellement
indiqués, un garde des sceaux, novateur audacieux, n'avait pas craint
d'adjoindre des littérateurs; M. Paul Hervieu, de l'Académie française;
M. Marcel Prévost, président de la Société des gens de lettres; M.
Brieux, un des maîtres du théâtre contemporain.
[Illustration: L'hôtel «Aurore», à Fiesole, où réside la comtesse de
Montignoso, (autrefois princesse Louise de Saxe).]
[Illustration: La promenade de l'ex-princesse royale de Saxe et de sa
fille, la petite Anna-Monica.]