[Footnote 88: D'après _Troud_, 21 mars 1922.]
Voici, d'après le journal _Troud_, le compte rendu d'un procès devant le
tribunal d'arbitrage près le syndicat des métallurgistes:
Le syndicat des métallurgistes propose d'adopter pour une durée de trois
mois les tarifs déjà acceptés par vingt-deux entreprises affermées. Les
entrepreneurs ne consentent pas et proposent de prendre comme norme des
tarifs de salaires l'arrêté du Conseil central panrusse des syndicats,
publié par _Troud_ dans son numéro du 3 mars 1922; ils allèguent comme
motif qu'ils ont assumé l'obligation vis-à-vis du Conseil suprême de
l'économie nationale de faire travailler toute l'usine; or les salaires
de février, comparativement à ceux de janvier, ont augmenté de 500 %,
tandis que la production de l'usine ne s'est accrue que de 30 %; ils se
voient donc dans l'impossibilité de remplir leurs obligations.
Le président du tribunal réussit à convaincre les entrepreneurs
d'abandonner les tarifs acceptés par le Conseil central des syndicats,
vu qu'ils ne correspondent même pas à la ration «minima de famine» d'un
ouvrier.
Les entrepreneurs proposent ensuite de prendre comme base, pour établir
le salaire d'un ouvrier de la première catégorie, non pas la ration
alimentaire proposée par le syndicat des métallurgistes, mais quelque
autre unité. Ils motivent cette proposition en invoquant la dépréciation
continuelle de l'argent et l'augmentation constante des objets de
première nécessité.
«Il peut arriver un moment, disent-ils, où il faudra fermer l'usine, ou
bien dire aux ouvriers: ne mangez que la moitié de ce dont vous avez
besoin, car il n'y a pas de vivres.»
Le représentant du syndicat se déclare tout à fait adversaire de cette
proposition. En réponse aux questions du président du tribunal les
entrepreneurs affirment qu'avant la guerre un ouvrier de la 1re
catégorie recevait 20 roubles par mois, ce qui est inférieur aux tarifs
proposés par le syndicat.
Finalement, les entrepreneurs acceptent d'introduire pour les ouvriers
de la 1e catégorie la ration proposée par le syndicat, mais ils refusent
nettement d'augmenter les tarifs des autres catégories d'ouvriers,
d'après l'échelle des tarifs existants.
Le représentant du syndicat explique que les entrepreneurs, en refusant
l'augmentation pour les autres catégories, introduisent une échelle de
salaires que le syndicat ne peut admettre, car elle est un facteur de
désorganisation des forces ouvrières.
Les entrepreneurs déclarent que «l'estomac est le même chez tous les
ouvriers, quelle que soit leur catégorie».
Ils ne protestent pas contre une certaine augmentation des salaires des
catégories supérieures, mais celle proposée par le syndicat n'est
admissible en aucun cas; son application ruinerait l'entreprise.
Les représentants du syndicat exigent le maintien de l'échelle des
salaires. Les entrepreneurs promettent d'élever la production et
d'engager de nouveaux ouvriers (par conséquent, de donner de
l'occupation aux chômeurs), si le syndicat les autorise à diminuer
quelque peu les tarifs proposés par lui.
En définitive, le tribunal rend le jugement suivant:
Comme base des tarifs pour un ouvrier de la 1e catégorie, il y a
lieu d'adopter la ration alimentaire proposée par le syndicat.
Les salaires des ouvriers des catégories supérieures doivent être
augmentés d'après l'échelle des tarifs.
Considérant que l'entreprise est en train de s'étendre, tous les
tarifs proposés par le syndicat doivent être diminués de 20 %.
L'accord est conclu pour la période de février à mars.
Quant aux normes de production, les parties les fixeront d'un
commun accord en s'instruisant des leçons de l'expérience.